Strasbourg, 15/12/2004 (Agence Europe) - La Commission Barroso reprend-elle à son compte toutes les propositions sur les perspectives financières de l'UE pour la période 2007-2013 énoncées par la Commission Prodi ? N'estime-t-elle pas qu'un cadre financier de cinq ans plutôt que sept serait préférable, car il correspondrait à la durée du mandat de la Commission européenne ? Le président du Parlement européen Josep Borrell¸ qui préside la commission temporaire du PE sur « les défis politiques et les moyens budgétaires de l'Union élargie 2007-2013 », a posé mardi soir ces questions à la Commissaire européenne au budget Dalia Grybauskaite, alors que le rapporteur de la commission temporaire, le démocrate-chrétien allemand Reimer Böge (dont l'ambition est que son rapport soit adopté par la plénière de mai 2005), a insisté sur la demande du Parlement européen qu'un trilogue mensuel s'engage entre les institutions au sujet du futur cadre financier.
Dalia Grybauskaite a commencé par répliquer aux rumeurs sur des chiffres que la nouvelle Commission pourrait présenter, en deçà des 1,14% proposés par la Commission Prodi (à savoir 1,07%). A la Commission, il n'y a pas de discussion interne sur de nouveaux plafonds pour les dépenses, « nous n'en discutons pas », a-t-elle dit. Puis, en précisant qu'elle donnait aux députés une « réponse officielle » au nom du président Barroso, elle a indiqué: - oui, la Commission est favorable à une nouvelle structure des dépenses qui reflète mieux les nouvelles priorités de l'UE et les rend plus visibles ; - la nouvelle Commission est favorable à la durée de sept ans proposée par la Commission précédente, même si elle est consciente que le Parlement préférerait cinq ans (le Conseil européen a déjà pris des décisions allant jusqu'en 2013, a-t-elle rappelé) ; -« oui, nous entérinons » le « paquet Prodi », même si nous ne l'appelons pas ainsi. Il n'y a donc pas de nouvelles propositions, et « la balle est dans le camp du Conseil ». Nous formulerons nos idées fin janvier, et notre ambition est d'arriver à un accord politique en janvier 2005, pour conclure le processus, avec les nécessaires propositions législatives, à la fin de 2005. Nous allons appuyer les efforts de la Présidence luxembourgeoise, a-t-elle assuré. Et d'affirmer: « Nous ne pouvons pas avoir plus d'Europe avec moins d'argent ».
Au cours du débat, d'ailleurs, le seul franc soutien aux partisans de la rigueur (les six pays qui veulent un plafond de 1%) a été Lars Wohlin, membre suédois du groupe Indépendance et Démocratie. En appuyant la position de son gouvernement, M.Wohlin s'est exclamé: il faut 1%, « pas plus ». Et il a profité de l'occasion pour rejeter tout « super - Etat fédéral européen » (dans le même groupe, le Polonais Dariusz Grabowski, tout en déplorant que dans l'Union les décisions soient prises « à huis clos », a réclamé au contraire plus d'argent pour les régions moins développées). 1,14% « ou plus »¸ a lancé à son tour la verte néerlandaise Kathalijne Buitenweg, qui a regretté que « les six se soient radicalisés ». L'élu du Partido popular espagnol Gerardo Galeote a renchéri: moins d'argent, cela signifie la « renationalisation de la politique de cohésion ». Et l'Ecossais Alyn Smith, membre du groupe des Verts/ALE, a protesté: la position du gouvernement britannique (l'un des signataires de la lettre des « six ») est un véritable « acte de vandalisme ». 1%, cela « ne correspond même pas au budget de cette année », a noté Kyösti Virrankoski (membre finlandais du groupe ALDE) , qui s'en est pris aux contributeurs nets qui réclament la rigueur alors qu'ils sont « les premiers à bénéficier des effets de marché ». La sociale-démocrate Konstanze Krehl (élue d'Allemagne de l'Est) a plaidé pour l'avenir de la politique régionale et de la cohésion, et la Danoise Anne Elisabet Jensen (ALDE) a reconnu que « la grande bataille sera celle sur la politique régionale ». Selon elle, il ne faudrait pas encore discuter de chiffres: parlons de qualité, pas de quantité, a-t-elle plaidé. En revanche, Alain Lamassoure (PPE-DE, français) a sollicité la Commission: vous avez dit que vous n'avez pas encore discuté de plafond ? Quand entendez-vous le faire ? Où faudra-t-il faire des « sacrifices » ? « Combien d'argent faut-il pour les politiques proposées par la Commission ? ». « Pour la première fois, certains pays (dont le sien, la France: NDLR) proposent de réduire le budget de l'UE », constate l'élu de l'UMP. Et il ajoute, lorsque Mme Grybauskaite dit que la balle est dans le camp du Conseil, cela « ne me satisfait pas pleinement », parce que dans cette négociation, nous voulons une Commission qui joue un rôle de leadership, pas simplement de médiateur.