Bruxelles, 13/12/2004 (Agence Europe) - La veille de l'adoption, par la Commission européenne, des propositions sur les totaux admissibles de captures (TAC) et quotas pour l'année 2005, des experts britanniques ont appelé mardi 7 décembre à des « changements douloureux » immédiats de la politique commune de la pêche (PCP). Après deux ans d'enquête, la commission royale sur la pollution de l'environnement (RCEP) a recommandé de fermer à la pêche aux chaluts 30% des eaux britanniques (mer du Nord et mer d'Irlande), pour sauvegarder des ressources en poisson plus menacées que jamais.
« Une intervention à cette échelle est nécessaire pour préserver l'écosystème et rompre le cycle actuel de quotas irréalistes et de diminution de la population de poissons », a expliqué Tom Blundell, le président de la RCEP cité par l'AFP. Le document des experts britanniques rappelle notamment que des navires de plus en plus énormes rejettent à la mer des tonnes de poissons tués (qui n'ont pas de valeur commerciale), tandis qu'oiseaux et mammifères sont blessés accidentellement par milliers, et que des récifs sont endommagés par les filets, détruisant pour des années l'habitat naturel de nombreuses espèces. « L'environnement marin », analyse le rapport, « est régulé actuellement en fonction d'une présomption favorable à la pêche. Nous recommandons que cette présomption soit inversée ».
« La preuve a été faite dans le monde », a déclaré M. Blundell, « que la création de réserves maritimes (...) a conduit à une augmentation massive de la taille et du nombre des poissons, coquillages et autres animaux ». La RCEP cite ainsi la multiplication par 14, après 5 ans de moratoire, des réserves de coquilles Saint-Jacques au large de l'Amérique du Nord. Les experts concluent que la poursuite du « trop peu, trop tard » finira par « priver d'avenir de nombreux pans du secteur ».
Une recommandation jugée trop brutale par la Commission européenne
Les experts britanniques ont toutefois peu de chances d'être complètement entendus, malgré le soutien que leur a apporté le prince Charles dans une tribune publiée, lundi 6 décembre, dans le Daily Telegraph. La Commission européenne a jugé « très brutale » cette recommandation de fermer la pêche dans 30% des eaux britanniques. « Nous devons donner le temps aux mesures déjà prises de montrer leur impact avant d'envisager d'éventuelles autres dispositions », a estimé le ministre britannique de la Pêche, Ben Bradshaw. M. Bradshaw a décrit le problème des réserves de pêche comme « le deuxième plus grand défi international après le réchauffement climatique ». Mais il a aussi invoqué la nécessité de sauvegarder la flotte de pêche écossaise.
Pour rappel, la Commission propose des fermetures significatives de la pêche dans le nord et dans une partie du sud de la mer du Nord et dans certaines zones de la mer Baltique, pour assurer la reconstitution des stocks de cabillaud et dans plusieurs zones au large de la péninsule ibérique, pour protéger la langoustine (EUROPE du 9 décembre, p.11 et du 7 décembre p.12). Elspeth Attwooll (ALDE, britannique) a vivement critiqué les propositions de la Commission sur les zones fermées à la pêche. Au contraire, le WWF (World Wide Fund for Nature) estime que les mesures proposées par la Commission européenne sont meilleures que les années précédentes. Il se félicite notamment de la proposition sur les fermetures de pêche et des réductions suggérées des quotas des espèces dites d'eau profonde.