Strasbourg, 14/09/2004 (Agence Europe) - Mardi, le Parlement européen a débattu de la position de la Commission européenne sur la situation au Bélarus à propos de laquelle les députés voteront une résolution jeudi. Présentant un état des lieux des relations entre l'UE et la Biélorussie dans le cadre de la politique européenne du voisinage (PEV), Loyola de Palacio a estimé qu'il est "triste que rien n'ait changé ces dernières années et que l'on déplore toujours les mêmes choses". Le contexte général en Biélorussie n'est "pas celui d'une démocratie mais d'une dictature", a souligné la vice présidente de la Commission, qui a considéré que "les conditions requises ne sont pas réunies pour appliquer la PEV". Elle a cependant assuré que "l'UE est toujours prête à essayer de progresser, s'il y a un geste de bonne volonté des autorités de ce pays". Ce constat a été partagé par une majorité des groupes politiques qui demandent le renforcement des mesures de soutien aux forces démocratiques et l'envoi d'une mission d'observation électorale. Seuls les groupes de la gauche unitaire (GUE-NGL) et des souverainistes (IND-DEM) ont souhaité, à des degrés différents, une certaine modération de l'UE dans la période pré-électorale.
Si l'on s'en tient aux intentions récentes du dirigeant biélorusse, Alexandre Loukachenko, de briguer un troisième mandat présidentiel après 2006, le signal positif qu'attend l'UE n'est pas prêt de venir de Minsk. Pour légitimer les modifications constitutionnelles que sa candidature à un troisième mandat présidentiel nécessite, M.Loukachenko souhaite appeler la population biélorusse à se prononcer par référendum le 17 octobre. En organisant cette consultation sur sa personne le même jour que les élections législatives, il tente de "détourner les électeurs des véritables enjeux de l'élection parlementaire", a souligné la députée verte allemande, Elisabeth Schroedter. Au nom du groupe PPE-DE, le Polonais Bogdan Adam Klich a estimé que l'UE était "trop timide pour l'instant". Il a ajouté: "C'est une bonne chose d'avoir geler les programmes et suspendu les contacts avec Loukachenko après 1996, mais il est important de les maintenir avec la société civile (ONG, écoles, autorités locales, jeunes, etc.) et il faut des mesures pour le faire de façon plus directe". M.Klich a ainsi proposé l'envoi d'une mission d'observation électorale en Biélorussie et la rédaction d'un rapport qui serve de base aux relations futures entre l'UE et ce pays. "Loukachenko s'apprête à réaliser un coup d'Etat constitutionnalisé", a lancé le vice-président du groupe PSE, Jan Marinus Wiersma. Souhaitant aussi l'envoi d'une mission d'observation électorale, il a demandé qu'une troïka parlementaire soit relancée à l'avenir. Pour les libéraux (ALDE), Cecilia Malmström a appelé à soutenir les rêves de ceux qui se battent: "La Biélorussie est la dernière dictature de l'Europe, mais le régime est ce qu'il est et on ne peut pas abandonner les forces démocratiques". Pour Elisabeth Schroedter, "ce régime engendre la terreur", mais "l'UE n'a pas assez fait pour sortir la Biélorussie de son isolement (...) et ignore la proposition du PE en faveur de nouveaux programmes et de nouveaux crédits pour renouveler les mesures". Jiri Mastalka, de la Gauche unitaire, a en revanche estimé que "si l'UE veut se prononcer, elle doit comprendre que la Biélorussie est particulière: c'est un grand pays et une jeune démocratie sans expérience de l'indépendance du point de vue culturel et économique". Il craint que l'intervention du PE ne fasse qu'aggraver les choses pour les citoyens car: "Quand on veut aider, il ne faut pas accabler le pays de critiques ni chercher à renverser le gouvernement". Wojciech Wierzejski, pour les souverainistes (IND-DEM), a considéré que "remettre en cause le caractère démocratique des élections avant qu'elles n'aient lieu, n'est pas une bonne chose". Selon lui, "le PE ne devrait pas dépasser ses compétences et plutôt attendre le résultat et se prononcer ensuite". Il a donc signifié l'opposition de son groupe à l'envoi d'une délégation sur place pour rédiger un rapport. L'UEN a au contraire estimé, par la voix de Krzysztof Szymanski, que l'UE ne peut pas ignorer le conflit avec ses voisins les plus proches: "Elle doit protéger l'opposition et faire en sorte que le président ne puisse pas faire tout et n'importe quoi".
Loyola de Palacio a concédé que les pressions politiques n'ont pas eu les effets escomptés pour accélérer la démocratisation du pays, mais "la Commission est prête a être plus active bien qu'il y ait des limites". Une aide financière existe (notamment par le programme TACIS à hauteur de 10 millions d'euros pour la période 2005-2006), mais les autorités biélorusses mettent une série d'obstacles administratifs, de sorte que l'aide arrive difficilement à la société civile. "Toute aide doit être enregistrée auprès des autorités biélorusses, ce qui leur permet de refuser toute intervention qui ne va pas dans le sens de leurs intérêts", a rappelé Mme de Palacio. Elle a également précisé qu'elle était disposée à travailler pour que des députés européens puissent se rendre en Biélorussie dans le cadre d'une mission électorale, mais qu'il fallait une invitation, ce que seule l'OSCE a obtenu pour les seules élections législatives. Lundi, les ministres des Affaires étrangères ont estimé que le référendum "ne sera pas conduit conformément aux normes démocratiques internationales", et que "les relations entre la Biélorussie et l'UE en souffriront davantage". La Présidence a invité les Etats membres à envoyer autant d'observateurs que possible pour assister à ces élections", conclut le communiqué.