login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8755
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

A propos de l'élection du nouveau président de la Commission par le PE

Indépendant des gouvernements, mais aussi des groupes politiques. Le communiste français Francis Wurtz a expliqué de façon correcte le vote de son groupe (la gauche unitaire) contre la désignation de M.Barroso à la présidence de la Commission européenne. Il a déclaré pendant le débat de Strasbourg (voir notre bulletin du 23 juillet, p.4) que son groupe s'oppose à M. Barroso "à cause de ses orientations politiques, qui sont d'ailleurs celles du Conseil européen, de la Commission et du Parlement". M. Wurtz reconnaît ainsi que le profil du nouveau président de la Commission correspond grosso modo aux orientations qui prévalent en ce moment en Europe. Son groupe ne partage pas ces orientations mais il reconnaît implicitement que le "centrisme réformateur" de M.Barroso reflète l'état moyen de l'opinion publique européenne.

Le même respect de la démocratie n'était pas évident dans d'autres interventions des opposants, dont certains réclamaient de M.Barroso des prises de position incompatibles avec la réalité politique de l'Europe actuelle. Même l'intervention tellement brillante de M.Cohn-Bendit n'était pas, de ce point de vue, impeccable (de toute évidence elle ne voulait pas l'être). L'essentiel est toutefois que de presque tous les côtés l'exigence ait été réaffirmée d'une Commission forte et indépendante et d'un président en mesure de la piloter avec vigueur et cohérence. Et sur sa volonté d'indépendance par rapport aux gouvernements, M.Barroso a été clair.

J'estime également positif que le président de la Commission ne se considère pas comme excessivement lié à un groupe politique, aussi bien pour des raisons d'opportunité tactique que pour des raisons de fond. La gouvernance de l'Union ne peut pas être à sens unique, car l'opinion publique ne l'est pas, ni d'ailleurs les parlements nationaux et les gouvernements. Il y a trop de sujets d'une importance politique, économique et sociale déterminante sur lesquels l'UE ne peut pas et ne doit pas choisir l'une ou l'autre des positions extrêmes, mais doit faire preuve d'imagination, rechercher des formules nouvelles ou des compromis raisonnables. Il suffit de citer un exemple, celui des services d'intérêt général. Un processus dialectique qui dure depuis une quinzaine d'années est en train de définir à ce sujet des formules qui tiennent compte de l'exigence d'une certaine libéralisation et ouverture des marchés et, en même temps, reconnaissent que ces services représentent l'un des piliers du modèle européen de société. Serait mal avisé un président qui, sous la pression de l'un ou l'autre des groupes politiques, s'engagerait sur la voie de l'un des deux extrêmes. Quant à l'aspect tactique, Jacques Delors a toujours souligné qu'un groupe politique qui pourrait affirmer que le président de la Commission est son homme lui demanderait des comptes en permanence. Une Commission "forte et indépendante" doit l'être autant à l'égard des groupes politiques du PE que des Etats membres.

Il est vrai que les eurosceptiques et les souverainistes ont confirmé pendant le débat de Strasbourg qu'ils s'opposent à une Commission "forte et indépendante", cohérents avec leur conception d'une Europe intergouvernementale dans laquelle la Commission "ne peut être autre chose qu'un collège administratif". Mais leurs arguments paraissent de plus en plus éloignés de la réalité. L'intervention de Nigel Farage en plénière du PE répercutait ce qu'on lit dans la presse dite "populaire" de son pays. Comment peut-on prendre au sérieux quelqu'un qui relance des contrevérités comme l'affirmation selon laquelle la Commission est "une maison de repos pour des politiciens qui ont échoué chez eux"? Il y avait peut être quelque chose de vrai dans une telle affirmation il y a plusieurs années; mais aujourd'hui le rôle de Commissaire européen est très recherché, beaucoup plus qu'une place de ministre national, soit comme tremplin de lancement, soit comme couronnement d'une carrière. Cela dit, c'est très bien que les eurosceptiques puissent s'exprimer largement au Parlement européen; ils ne pourront pas jouer les victimes en racontant qu'ils sont marginalisés. Dès qu'une partie des citoyens européens les désigne, ils ont leur place tout à fait légitime dans l'Assemblée.

Oublier les rancunes. Une remarque sur l'élection du président du Parlement. Il est indéniable que le couple Michel Rocard/Bronislaw Geremek sur cinq ans aurait eu beaucoup d'allure. Les adversaires de M.Geremek ont mis l'accent, pour le rejeter, sur son attitude à l'égard de la guerre en Iraq, qui a été analogue (et parfois plus modérée) à celle de plusieurs chefs de gouvernement. Personnellement, me gêne davantage l'insistance de M.Geremek sur la passivité de l'Europe occidentale lorsque son pays était écrasé par Hitler et Staline. Je ne discute pas l'histoire, qui est ce qu'elle est; mais l'objectif prioritaire de l'intégration de l'Europe est justement de dépasser et de rendre à jamais impossibles les conflits entre les pays qui en font partie; et ceci présuppose le dépassement des rancunes. Qui reprocherait le nazisme à l'Allemagne d'aujourd'hui? Pourquoi, alors, reprocher sans cesse à d'autres pays européens leurs lâchetés d'avant-hier?

J'estime normal, au-delà des aspects tactiques parfois déplaisants qui ont conduit à l'élection de Josep Borrel, que le nouveau président soit socialiste: il n'y en avait pas eu depuis plus de dix ans (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE