Bruxelles, 19/04/2004 (Agence Europe) - Fruit du processus de délocalisations, la désindutrialisation menace-t-elle l'Europe ? C'est à cette question que la Commission européenne devrait répondre ce mardi avec l'adoption de deux communications (voir EUROPE du 17 avril, p. 8). Une réponse tout en nuances où perce une volonté claire de dédramatisation. A l'issue de son analyse, la Commission conclut en effet à l'absence de preuves d'un processus généralisé de désindustrialisation et interprète la diminution de la part de l'industrie au sein de la production comme le résultat du processus de réallocation des ressources vers les services amorcé dans les années 50. Et d'ajouter que les délocalisations, difficilement quantifiables, s'inscrivent dans la perspective d'un vaste mouvement d'investissements à l'étranger dont l'UE est l'une des principales bénéficiaires. Déplorant les pertes d'activité et d'emploi que ces délocalisations provoquent, la Commission se refuse pour autant à voir dans le processus en cours un cheminement vers la "désindustrialisation absolue". Cette vision des choses aux limites de l'optimisme ne l'empêche cependant pas de rester réaliste en relevant certaines sources d'inquiétude. C'est ainsi que face à l'émergence de nouvelles puissances économiques telles que la Chine et l'Inde, elle qualifie d'"inquiétantes" certaines évolutions comme le net infléchissement de la productivité dans le secteur manufacturier, les performances décevantes dans celui de la haute technologie et le manque d'innovation et d'investissement du secteur privé dans la recherche.
Dans ce contexte, la Commission proposera trois types de mesures à intégrer au sein du processus de Lisbonne. D'abord, il s'agira de mieux évaluer et prendre en considération l'impact cumulé des dispositions et réglementations touchant à l'environnement des secteurs industriels. Il faudra ensuite donner davantage de cohérence et mieux coordonner les politiques nationales relatives à l'innovation, à la R&D et à la compétitivité: la Commission prévoit notamment l'adoption d'un plan d'action sur ce point en septembre. Enfin, elle entend préconiser la généralisation des consultations à haut niveau avec les différents secteurs économiques autour de thèmes tels que la R&D, la formation, les dispositions administratives, etc., une formule actuellement limitée aux secteurs aéronautique, pharmaceutique et de la construction navale.
Outre ces mesures, la Commission proposera, dans la seconde communication annoncée pour ce mardi, une avancée sur un terrain moins habituel, à savoir celui de la concurrence. Dans ce texte, elle devrait annoncer la révision de l'encadrement des aides publiques pour le sauvetage et la restructuration des entreprises, la R&D et l'innovation, le capital-risque et le développement de certaines régions, une réforme demandée par l'Allemagne et la France l'année dernière. Cette réforme constituera une étape supplémentaire dans la perspective de la mise en place d'une politique de concurrence "proactive" après l'entrée en vigueur des nouveaux règlements antitrust et sur le contrôle des concentrations, le 1er mai prochain.