Une réussite encourageante. Les nouveaux Etats membres ont réussi une phase supplémentaire de leur insertion dans les institutions communautaires. Auditionnés par les commissions du Parlement européen, les Commissaires originaires des pays d'Europe centrale et orientale, de Chypre et de Malte, ont tous été "reçus à l'unanimité", et ce résultat sera sans doute confirmé à Strasbourg le 5 mai lors de la session plénière. Je n'ignore pas que les candidats ont laissé à M.Swoboda "une image de technocrates au profil très bas", et que les conclusions de quelques-unes des commissions contiennent des réserves et des critiques. Mais certains mouvements d'humeur et quelques évaluations nuancées sont normales et inévitables. D'ailleurs, les réserves énoncées dans les comptes-rendus des auditions se réfèrent presque toutes à des aspects techniques, c'est-à-dire à la connaissance, par le candidat, du domaine spécifique dont il aura à s'occuper dans les prochains mois (je crois d'ailleurs qu'ils ne sont pas tous enthousiastes quant aux rôles qui leur ont été assignés par le président de la Commission, selon des critères qui ne sont ni évidents ni transparents)
La vraie signification. L'essentiel est ailleurs. L'objectif prioritaire des auditions n'était pas d'examiner en détail les connaissances techniques des nouveaux Commissaires sur des dossiers dont, sauf exception, ils ne s'occuperont que pendant quelques mois, mais d'évaluer leur attitude générale à l'égard de l'Union et leurs idées sur le rôle de la Commission d'un triple point de vue: indépendance de l'institution, autonomie individuelle par rapport au pays d'origine, défense de l'intérêt européen général par rapport aux intérêts nationaux. Les parlementaires qui ont transformé l'audition en une sorte d'examen de passage sur un thème spécifique se sont trompés de cible. Selon Joseph Daul, qui préside la "Conférence des présidents des commissions" du PE, les Commissaires qui ont admis qu'ils doivent encore compléter leur connaissance des dossiers dont ils vont partager la charge, ne seront pas, le moment venu, les plus mauvais (il s'est aussi demandé quels parlementaires auraient été en mesure de répondre à certains questions posées, concernant par exemple la réglementation des produits chimiques). Et le Slovène Janez Potocnik a eu raison de souligner que "le plus important ce n'est pas le portefeuille, mais le fait de s'asseoir à la table de la Commission et de participer aux décisions sur tous les sujets" (voir notre bulletin du 15 avril, p.8)
Insistance inopportune. Particulièrement inopportune m'a paru l'insistance de quelques examinateurs sur le passé "communiste" de tel ou tel candidat. Quand on a vingt ans dans un régime de dictature, on ne peut ni terminer ses études ni envisager une carrière d'enseignant si on n'est pas inscrit au "parti unique": en dehors de responsabilités spécifiques individuelles, il est inutile, et parfois mesquin, d'évoquer des péripéties que plusieurs de nos pays avaient connues auparavant. On a même assisté à quelques tentatives d'insérer dans les auditions certaines polémiques internes à l'un ou l'autre des pays candidats. Danuta Huebner a eu raison de le regretter explicitement (voir notre bulletin du 15 avril, p.10). Les eurosceptiques des pays candidats ont évidemment le droit d'exprimer leurs opinions, mais ne peuvent pas prétendre qu'un Commissaire ne se préoccupe que des intérêts de son pays d'origine.
Une priorité. Les candidats qui ont négocié l'adhésion de leurs pays ou qui, comme Peter Balazs, siègent actuellement au Comité des Représentants permanents de l'UE, ont évidemment un avantage dans la connaissance des rouages de l'Union et bénéficient de liens personnels déjà noués, mais presque tous ont déjà eu, dans leurs fonctions nationales précédentes, des contacts réguliers avec l'Union, en tant que, selon les cas, ministres des Affaires étrangères, ou des Finances, voire comme Premiers ministres ou encore gouverneurs de la Banque centrale de leur pays. Plusieurs des nouveaux Commissaires ont estimé que leur tâche prioritaire sera de mieux faire connaître la réalité et les objectifs de l'Union européenne à leurs concitoyens, qui souvent les ignorent ou qui en ont une connaissance fausse ou confuse. Ce qui nous amène à constater que, du moins pour cet aspect, la situation des nouveaux Etats membres n'est pas très différente de celle des anciens.
Nouvel enthousiasme? Joseph Daul a souligné en conclusion que: a) quelques "examinateurs" ont été plus exigeants et plus sévères que d'autres, d'où leurs critiques (voir notre bulletin du 17 avril), mais, en définitive, aucun groupe n'a maintenu de réserves sur aucun des candidats; b) les auditions ont permis de comprendre la personnalité des candidats et leurs orientations fondamentales. Il en est résulté, selon M.Daul, qu'ils sont tous des pro-européens sincères et que leur présence pourra donner "un nouvel enthousiasme et un nouvel élan à l'Europe"; c) ceux parmi eux qui seront confirmés dans la prochaine Commission, seront à nouveau auditionnés par le Parlement qui sera élu en juin. L'impression est qu'ils sont tous candidats à la confirmation. Leur expérience préliminaire dans la Commission Prodi leur sera précieuse. (F.R.)