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Bulletin Quotidien Europe N° 8667
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Quelques remarques du point de vue européen sur les événements récents

Les événements qui ont bouleversé ces dernières semaines, parfois de façon dramatique et angoissante, la vie de l'Europe, ont provoqué tant de réactions dans les opinions publiques, dans le monde politique et chez les commentateurs et les observateurs, qu'un commentaire supplémentaire n'ajouterait rien d'utile. Je me limiterai donc à quelques remarques du point de vue européen.

Le peuple basque est horrifié. Concernant les actions terroristes qui ont frappé Madrid, c'est presque avec soulagement (dans la mesure où ce mot peut être utilisé dans des affaires aussi terribles) que j'ai constaté le rejet par le peuple basque du soupçon d'y avoir été mêlé. Même les indépendantistes ont réagi avec horreur à cette forme de terrorisme qui suscite le mépris et le dégoût (ces boulons mélangés à l'explosif afin que le plus possible de corps humains, d'enfants surtout, soient lacérés et déchiquetés!). L'Europe a connu encore, au siècle dernier, des idéologies monstrueuses et des attentats affreux; mais toute l'entreprise d'unification de l'Europe, avec les engagements et obligations qu'elle implique, vise à rendre à jamais impossibles de tels égarements. Les responsables de tels actes ne doivent être assimilés à aucune religion et à aucune race de manière spécifique; mais leur haine de notre civilisation, de ce que l'Europe représente, de sa culture et de son âme, ne peut plus être cachée sous des discours lénifiants. Sans oublier bien entendu que la haine des terroristes frappe de la même manière les musulmans qui rejettent leur ignoble folie, et qu'ils ont fait autant de victimes dans leurs terres d'origine qu'en Europe.

On réclame davantage d'Europe. Les opinions publiques, les institutions communautaires et les gouvernements ont tous reconnu, face à l'horreur, l'exigence de renforcer la coopération européenne. Ce dont on a besoin, c'est de davantage d'Europe. Il n'est pas exclu que cette prise de conscience renforce la "sensation d'urgence" pour l'approbation de la Constitution (voir cette rubrique du 12 mars). L'Espagne a déjà exprimé l'intention de modifier sa position sur le principal obstacle institutionnel (voir la p.4 de ce bulletin).

Européens de deuxième classe? L'affaire des quelques restrictions que les Etats membres continueront à appliquer après le premier mai à la libre circulation des travailleurs originaires de l'Europe centrale et orientale continue à faire des vagues, et certaines réactions m'amènent à ajouter quelques phrases à ce que j'ai écrit dans cette rubrique du 9 mars. Les commentaires de la presse polonaise sont excessifs et injustes, lorsqu'ils accusent les pays de l'UE actuelle de considérer les ressortissants des nouveaux Etats membres comme des "Européens de deuxième classe". Ce n'est pas du tout le cas, et je crois pouvoir le dire avec d'autant plus de sérénité que j'ai souligné (dans mon commentaire déjà cité) les avantages que les nouveaux citoyens de l'UE apporteront à l'Europe dans son ensemble. Mais quelques gouvernements ont estimé nécessaire de réagir à l'inquiétude de leur opinion publique face à la crainte (injustifiée) d'une arrivée massive d'immigrés. Ils ont adopté des mesures temporaires, de la même manière par exemple que le gouvernement polonais avait demandé (et obtenu) une période transitoire de douze ans pendant laquelle l'achat de terres agricoles ou de résidences secondaires en Pologne par les citoyens de l'UE sera soumis à des restrictions. Le gouvernement polonais répondait ainsi à une préoccupation de son opinion publique, et personne ne l'a accusé de considérer les citoyens des autres Etats membres comme des envahisseurs. Il ne faut pas oublier que: a) les Espagnols et les Portugais avaient été soumis, au moment de leur adhésion, à des règles bien plus restrictives; b) la libre circulation des personnes n'est pas limitée, mais seul l'accès à l'emploi salarié (et avec l'interdiction d'introduire de nouvelles restrictions); c) en mai 2009, toute restriction sera abolie (une prorogation exceptionnelle de 2 ans pourrait être autorisée par la Commission), et les citoyens des nouveaux Etats membres bénéficieront aussi des nouvelles dispositions sur le droit de séjour que l'UE vient à peine d'adopter pour ses citoyens actuels (voir notre bulletin du 11 mars page 13).

J'ajoute une double conviction personnelle: a) il n'y aura pas un grand nombre de demandes d'immigration en provenance des nouveaux Etats membres, lesquels devront plutôt se préoccuper du risque d'un "exode des cerveaux" ou de professionnels indispensables (tels que les médecins); b) dans les faits, la libre circulation intégrale sera réalisée bien avant l'échéance de 2009.

Conseils européens sans vrais débats. José Maria Aznar avait déclaré au début du mois (voir "Le Monde" du 2 mars), en répondant à une question sur l'absence de vrais débats sur les grandes questions européennes au sein des Sommets de l'UE: "Cela fait bien longtemps qu'on n'a pas discuté à fond de tous ces sujets entre leaders européens. Ces derniers temps, on ne parlait pratiquement plus de rien". Cette affirmation d'un des protagonistes du Conseil européen pendant plusieurs années, explique pas mal de choses. (F.R.)

 

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