Bruxelles, 22/12/2003 (Agence Europe) - Les ministres de la Recherche et de l'Energie des six partenaires d'ITER, le futur réacteur expérimental de fusion nucléaire, n'ont pas réussi samedi dernier, lors de leur réunion de Reston, près de Washington, à trancher entre Cadarache, en France, et Rokkasho-mura, au Japon, comme site du projet. Dans un communiqué, les Etats-Unis, l'Union européenne (représentée en particulier par le Commissaire européen à la Recherche Philippe Busquin), le Japon, la Chine, la Corée du Sud et la Russie font observer que "les deux sites sont si excellents que nous avons besoin de procéder à de nouvelles évaluations avant de prendre notre décision basée sur un consensus". Le communiqué précise que l'intention des six est "d'organiser une autre réunion ministérielle pour atteindre un consensus aussi vite que possible, probablement en février 2004" (voir EUROPE du 20 décembre, p.10). A Reston, le site japonais a eu l'appui des Américains et des Sud-Coréens (alors que, selon les observateurs, il a paru à un moment où Séoul aurait pu basculer du côté de Cadarache), et le candidat unique sur lequel l'Union européenne a finalement réussi à s'entendre a obtenu le soutien de la Russie et de la Chine. Rappelons que les Etats-Unis avaient quitté ITER il a cinq ans, considérant le projet trop coûteux, mais ont décidé cette année d'y revenir.
De retour à Paris, la ministre française de la Défense Michèle Alliot-Marie a affirmé, selon l'AFP, avoir "bon espoir que nous l'emportions". Elle a refusé de dire que la position américaine sur ce dossier est la conséquence de l'opposition française à la guerre en Irak. "Nous allons continuer à travailler", a-t-elle assuré.
A Tokyo, le ministre des Sciences et de la technologie Takeo Kawamura a annoncé pour sa part que "nous sommes déterminés à continuer à faire tout notre possible pour amener ce projet au Japon" (où Rokkasho-mura accueille déjà un complexe géré par Japan Nuclear Fuel Limited qui comprend en particulier une usine d'enrichissement d'uranium, un centre de stockage et, bientôt, un centre de retraitement).
L'organisation française Sortir du nucléaire a, selon l'AFP, salué le report de la décision, et demandé "l'annulation définitive du projet". ITER va entraîner la création de "40 000 tonnes de déchets nucléaires", affirme l'organisation, qui demande de transférer les investissements prévus pour le projet (d'un coût d'au moins 10 milliards de dollars) vers les économies d'énergie et les énergies renouvelables.