Bruxelles/Genève, 15/12/2003 (Agence Europe) - Après de longs mois de réflexion ponctués par d'intenses consultations à travers le monde, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) s'est donnée rendez-vous au plus haut niveau, lundi à Genève, pour tenter de débloquer les négociations sur l'Agenda de développement de Doha, dans une atmosphère nettement plus porteuse et moins politisée qu'à Cancun. Mais les responsables des négociations, faute de changement radical dans les positions en présence, ont dû revoir à la baisse leurs ambitions initiales et personne n'ose plus créditer la possibilité de relancer le cycle avant l'année prochaine. C'est ainsi que les 146 se retrouvent, malgré les trois mois écoulés depuis la fin abrupte de leur cinquième ministérielle, sur un terrain de désaccords encore considérable qu'ils vont s'efforcer de déblayer à partir des rapprochements et assouplissements opérés ici et là - en dernier lieu à Brasilia le 12 décembre, entre l'UE et le G20.
En ouvrant la réunion formelle du Conseil général, qui devrait se prolonger jusqu'à jeudi, le Directeur général Supachaï Panitchpakdi a rappelé que "notre objectif collectif pour ce jour, tel que fixé par les ministres à Cancun, était de parvenir à un point où les négociations peuvent reprendre totalement de l'élan. Nous n'en sommes pas encore là mais cela ne devrait pas nous décourager". "Chacun des ministres auquel j'ai parlé veut des progrès", a-t-il insisté, tout en revenant sur "notre tâche collective" qui est "de trouver un lien entre la volonté politique et des progrès concrets". Des progrès qui font douloureusement défaut sur l'agriculture et l'accès aux marchés industriels, a précisé le porte-parole de l'institution, Keith Rockwell, tandis que le Président du Conseil général, Carlos Perez del Castillo, se félicitait d'au moins une chose: "les questions clés sont devenues bien plus claires, et les solutions possibles deviennent également plus visibles". Pour autant, a-t-il averti, "des négociations intensives soutenues par une détermination et une volonté politique de faire des compromis seront nécessaires pour arriver à décrocher ces solutions" car "les écarts restent importants (…) entre les proclamations de volonté politique, d'engagement et de souplesse d'une part et leur manifestation concrète dans les positions de négociation". M.Perez del Castillo est également revenu sur la question agricole, estimant que "l'engagement d'éliminer toute forme de subventions à l'exportation est un passage obligatoire pour le succès des négociations", même si "certains membres peuvent difficilement prendre un tel engagement à l'heure actuelle".
A l'avant-veille de cette session, M.Panitchpakdi a participé avec le Commissaire européen Pascal Lamy - mais en l'absence de son homologue américain Robert Zoellick pourtant convié - à une rencontre à Brasilia avec les pays du G20, un "dialogue" conjointement qualifié de "fructueux et positif". Le négociateur en chef de l'Union et les ministres des pays de la coalition (dont Brésil, Inde et Afrique du Sud) ont notamment pu "expliquer leurs propres positions", en particulier sur l'agriculture, tandis que les pays du G20 confirmaient de leur côté leur volonté de faire un sort aux subventions sectorielles des pays riches. M.Lamy et ses interlocuteurs se sont entendus sur "la nécessité d'intensifier les négociations dès le début de l'année prochaine et d'avancer dès que possible vers un dialogue plus intense entre tous les partenaires en vue de réaliser des progrès véritables et substantiels dans le droit fil du mandat de Doha et dans les délais impartis dans ce contexte", souligne la déclaration commune adoptée à Brasilia.
Le même jour, à Paris, les présidents de 32 organisations professionnelles des principaux pays de l'OCDE insistaient sur l'urgence de surmonter le revers de Cancun et de relancer les négociations, dans une lettre soulignant également l'engagement des millions d'entreprises qu'ils représentent en faveur du multilatéral. Lundi, en outre, les Amis de la Terre ont renouvelé leur appel pour un examen "indépendant et complet" des résultats du précédent cycle, la cessation de l'expansion de l'OMC en excluant définitivement de l'ADD les nouveaux sujets (dits de Singapour), et le renvoi de toute discussion sur l'environnement vers "les Nations Unies qui sont moins biaisées", et l'avènement d'une politique d'exportation des produits agricoles focalisée sur la souveraineté alimentaire et la durabilité. L'OMC ne peut continuer plus longtemps à accumuler les ratages de calendrier et rendez-vous manqués faute de pouvoir "délivrer ce dont les peuples ont réellement besoin. Il est grand temps pour l'UE et les Etats-Unis de réaliser qu'il leur faut renoncer à leur agenda d'ouverture des marchés motivé par le monde des affaires", estime l'ONG.