login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8548
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

La relance de l'entente franco-allemande comporte pour l'Europe un avertissement et une promesse

Les récentes réunions franco-allemandes ont-elles attiré l'attention européenne autant qu'elles l'auraient mérité? Certes, dans les deux pays concernés, la presse, et les médias en général, en ont amplement rendu compte. Mais leur signification "européenne" a-t-elle été suffisamment prise en considération?

Résultats et intentions. Il ne s'agissait pas d'un sommet Chirac-Schröder, mais d'une session du Conseil des ministres franco-allemand, institution nouvelle créée en début d'année qui s'était auparavant réunie une seule fois (pour célébrer sa création). Cette fois-ci, le Conseil ministériel conjoint a tenu sa première véritable session de travail, avec un ordre du jour et des décisions à prendre. En particulier, on le sait, le Conseil conjoint a: a) confirmé que dans la prochaine CIG (Conférence intergouvernementale) consacrée à la Constitution européenne, la position de la France et de l'Allemagne sera favorable à l'approbation du projet Giscard d'Estaing (issu de la Convention), avec le minimum de modifications et sans rouvrir le débat global; b) approuvé un plan de relance de la croissance en Europe, transmis aux autorités communautaires en vue des prochains travaux de la Commission européenne et du Conseil Ecofin. Il est à souligner que, sur ces deux points, Tony Blair s'est ensuite pratiquement rallié aux positions franco-allemandes.

Après la décision de principe de janvier dernier sur la création du Conseil ministériel commun, la mise en place du dispositif a posé pas mal de problèmes (c'est pourquoi la première session opérationnelle, prévue pour juin, ne s'est tenue qu'en septembre). Il est maintenant acquis que chaque "tandem ministériel" établira une feuille de route pour son secteur, avec "obligation de résultat", que ce soit à propos de l'interconnexion des infrastructures de transport ou de la reconnaissance mutuelle des diplômes.

En plus de la coordination permanente des positions sur les dossiers de la construction européenne, la ministre française déléguée aux Affaires européenne, Mme Noëlle Lenoir, a annoncé quelques autres projets déjà en cours de réalisation ou envisagés, tels que: a) la création d' "eurodistricts", c'est-à-dire districts transfrontaliers (le premier sera celui entre Strasbourg et Kehl) dotés d'assemblées non seulement consultatives mais aussi délibérantes; b) un livre d'histoire commun qui servira aux cours dans les écoles pour les élèves de 12 à 14 ans; c) la relance de l'idée d'ambassades ou de consulats communs dans certains pays tiers. Dans un article commun publié en Allemagne ("Handelsblatt") et en France ("La Tribune"), Mme Lenoir et son collègue allemand Hans-Martin Bury ont souligné que le Conseil ministériel conjoint "constitue un outil de coopération sans équivalent dans le monde". Ce sont eux d'ailleurs qui, en tant que secrétaires généraux de ce Conseil, en préparent les sessions et le programme et assurent le suivi des décisions. L'article déjà cité précise qu'ils "président les commissions interministérielles pour la coopération et coordonnent la réflexion des ministères dans leur pays respectif".

Des craintes injustifiées. Comme d'habitude, la coopération franco-allemande soulève chez les autres Etats membres à la fois des espoirs (en tant qu'élément de relance de la construction européenne) et des craintes (pour le fantôme d'un directoire). C'est avec vigueur que Paris et Berlin réagissent à ces craintes. Le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer s'est visiblement fâché lorsque un journal britannique s'est fait l'écho d'une prétendue "tentation de l'hégémonie", et aussi bien le président Chirac que le chancelier Schröder se montrent à chaque occasion respectueux de leurs partenaires européens ainsi que des prérogatives des institutions de l'UE. Le document sur la croissance et la compétitivité n'est, assure-t-on, qu'une contribution au débat en cours et aux initiatives du président du Conseil Ecofin, Giulio Tremonti, ainsi que de la Commission européenne (qui était à l'origine du projet, notamment avec la relance du programme des réseaux transeuropéens ). Quant aux réflexions sur la défense, Mme Lenoir a expliqué: "c'est un débat de fond qui se poursuit au quotidien avec les Allemands, mais aussi avec les Britanniques et avec d'autres".

Je considère comme injustifiées les craintes sur un prétendu directoire. Dans une Europe à 15 et bientôt à 25, ce ne sont pas deux pays, quelle que soit leur taille, qui peuvent prétendre à l'hégémonie. Je vois plutôt dans la relance spectaculaire de l'entente franco-allemande un message différent, bien plus positif à mes yeux, c'est-à-dire l'indication de la ferme volonté de poursuivre l'intégration européenne non pas dans une forme molle et alanguie mais conforme aux ambitions initiales. La France et l'Allemagne ne prennent aucune initiative qui ne soit pas ouverte à tous les Etats membres et n'ont pas l'intention de diviser l'Europe. Mais si par hypothèse la prochaine CIG était un échec et la "Constitution Giscard d'Estaing" était détricotée et amoindrie, la France et l'Allemagne iraient de l'avant, avec les autres Etats membres qui partagent les mêmes exigences et les mêmes idéaux. C'est un avertissement, et en même temps une promesse. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES