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Bulletin Quotidien Europe N° 8541
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/omc

Poursuite des manoeuvres tactiques à Cancun

Bruxelles/Cancun, 12/09/2003 (Agence Europe) - Vendredi, à mi-chemin entre le début et la fin programmée de la Conférence de Cancun, les ministres des 146 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce, qui venaient d'accepter l'adhésion du Cambodge et du Népal, devaient passer à la phase décisive de leur rencontre, celle où ils devront trouver les formules consensuelles qui permettront de débloquer les négociations sur l'Agenda de développement de Doha, dans une vingtaine de chapitres allant de l'agriculture à l'accès aux marchés non agricoles, en passant par une quinzaine d'autres questions, y compris celles de Singapour, autre point de fixation Nord/Sud, et semble-t-il aussi celle du coton.

« Nous sommes optimistes maintenant » quant aux chances de parvenir cette semaine à un accord, a déclaré dans la nuit (heure européenne) le ministre du Commerce du Bénin, Fatiou Akplogan, confiant que « les grandes puissances nous comprendront et que l'OMC fera tout son possible pour arriver à une solution équitable » dans le secteur du coton. Après la présentation formelle de l'action demandée par son pays, ainsi que le Burkina Faso, le Mali et le Tchad, le directeur général de l'institution Supachaï Panichpakdi était lui-même virtuellement descendu dans la mêlée pour exhorter le Sommet à prendre au sérieux la solution « équitable » qui venait de leur être soumise. Il vient maintenant d'accepter de diriger les discussions sur la question. Les Européens qui semblaient avoir mal compris qu'ils étaient également visés au premier chef et pas seulement les Etats-Unis s'en sont rendus compte. Leur négociateur en chef leur a cependant assuré: il n'est pas question que cela devienne une affaire dangereuse pour la politique agricole commune. Et Pascal Lamy a bien tenter de focaliser l'attention sur l'accès au marché, qui ne concerne pas les Européens, mais en vain pour l'instant. Ce que réclament les Africains c'est la fin de toutes les subventions, a-t-il dit, si bien que l'Union ne doit pas perdre de vue que ce qui se fera pour le coton « aura un effet de domino sur l'huile d'olive, le tabac, le sucre et les autres produits de base ». Les Etats-Unis ont répondu de leur côté en proposant d'élargir l'initiative africaine aux subventions sur la fibre synthétique, de même qu'aux taxes sur les fibres et sur les vêtements et le textile. Un renvoi de balle qui ne manquera pas d'embêter considérablement d'autres pays tels que l'Inde. L'Inde qui a réussi au fil d'alliances tactiques à faire des subventions agricoles et des questions de Singapour, des lignes de partage avec le Nord.

Sur ces nouveaux sujets que sont, à l'OMC, l'investissement, la concurrence, les marchés publics et la facilitation du commerce, seize pays en développement ont réaffirmé jeudi qu'ils refusent le lancement de négociations sans analyses supplémentaires. Mais si « l'opposition reste considérable sur beaucoup d'aspects », comme l'a indiqué M.Lamy aux Quinze, réunis jeudi en Conseil, de source européenne, on indiquait un peu plus tard que les choses commencent à bouger: l'Union a avancé l'idée d'une participation volontaire à géométrie variable et trois pays en développement, latino-américains et africains, auraient rallié l'option de lancement des négociations sur les sujets de Singapour à Cancun, défendue par les Européens, avec le soutien d'autres pays comme le Japon et la Corée du Sud.

Sur l'agriculture, toujours le centre névralgique de la Conférence, les choses ne semblent guère devoir bouger jusqu'à la dernière minute. « Chacun présente sa boutique et on va sans doute perdre quelques jours là dessus», observait un diplomate occidental cette nuit. «Les délégations jouent encore avec leurs cartes de poker collées contre leurs poitrines », renchérissait le porte-parole de l'OMC, Keith Rockwell, tandis que les 146 attendaient de leur homologue de Singapour, George Yeo, des propositions en vue d'un compromis préliminaire sur un cadre pour la réforme programmée. Car bien qu'aucun mouvement n'ait été enregistré de bout en bout de la table de négociation, à Cancun, l'intervention du facilitateur s'impose: « Lorsque vous avez un fossé aussi vaste que c'est maintenant le cas, il est très difficile d'essayer de trouver un terrain d'entente sur lequel bâtir un consensus », explique M.Rockwell. A l'issue d'un entretien avec les représentants du groupe des Vingt et Un ( et même 22 avec le ralliement du Kenya), hostile aux subventions agricoles des pays riches, le Commissaire Franz Fischler a fait savoir, via son porte-parole, qu'il « n'a vu aucune flexibilité de la part » de ses interlocuteurs qui ont répété leurs revendications en matière d'accès aux marchés, d'aides directes et de soutiens à l'exportation. Et « M.Fischler a présenté la position de l'UE et dit ce qui était inacceptable et ce qui ne l'était pas », a-t-il précisé. Ce qui est inacceptable, c'est sans aucun doute que l'on touche à la « boîte verte » des soutiens qui ne faussent pas la concurrence sur le marché mondial et sur lesquels la PAC se focalise de plus en plus au fil de ses réformes. « C'est la ligne dans le sable à ne pas franchir », a confirmé M.Lamy aux Quinze. Il a par ailleurs relevé que le groupe parle presque exclusivement de subventions, presque pas d'accès au marché car les intérêts du Brésil et de l'Inde sont très contrastés, et que dans ses revendications sur la concurrence à l'exportation, c'est l'Europe qui est dans leur ligne de mire. C'est aussi l'un des points faibles de l'alliance à moyen terme sur l'agriculture que l'Union et les Etats-Unis, poussés dans leur retranchement par les pressions antisubventions maintenues par le Brésil, la Chine et l'Inde, ont façonnée en moins d'un mois, au cours de l'été. Sur l'accès aux marchés agricoles, où les Européens et les Américains, de même que la quasi totalité des autres membres de l'OMC, prônent une libéralisation nettement plus poussée qui n'est pas du tout du goût des trois leaders du monde en développement, les deux options, à savoir des réductions tarifaires ambitieuses et contraignantes dans tous les secteurs, soit des réductions plus modestes par secteur, sont toujours en lice. Et la nature contraignante ou non des futurs engagements sera une question « cruciale » pour le dénouement des pourparlers, souligne une source européenne proche des discussions. M.Lamy estime par ailleurs sur l'environnement, que l'écolabelling devrait rester à l'agenda de l'OMC même si rien ne se décide à Cancun et enfin que les indications géographiques, traitées par le groupe de travail sur les « autres sujets », restent pour l'instant sur la table.

L'Organisation mondiale du commerce a enfin décidé, jeudi, d'élargir ses rangs pour accueillir deux pays, parmi les plus pauvres de la planète, le Népal et le Cambodge. Trente pays les moins avancés sur les 49 recensés par les Nations unies sont déjà membres du « Club » et ils contribuent au total à 0,5% des échanges commerciaux mondiaux. Mais le Népal et le Cambodge qui ont bénéficié en tant que tels des procédures d'accession allégées, que l'OMC réserve depuis peu aux PMA, ne deviendront membres de plein droit qu'après ratifications par leurs parlements nationaux des instruments négociés à Genève, soit dans les six mois au plus tard. L'institution qui a vu le jour en 1995 aura accueilli, avec ces deux nouveaux venus, 21 pays en plus de ses fondateurs, notamment la Chine et Taïwan. La Russie, dont la candidature reste « un dossier complexe », poursuit quant à elle le laborieux processus bilatéral et multilatéral de négociation de ses futurs engagements, précise-t-on prudemment de source proche de l'OMC.

Les 146 doivent encore trancher quelques points de procédures mais qui sont significatifs. Les ministres doivent ainsi clarifier le moment venu s'il y a lieu de prolonger leur rencontre qui doit en principe prendre fin dimanche. Mais les observateurs sur place s'attendent à ce que la décision de jouer ou non les prolongations, comme ce fut le cas à Seattle et à Doha, n'intervienne qu'en dernière minute. La conférence doit en principe statuer aussi sur les échéances, notamment celle du Cycle de Doha et certains pays dont le Brésil ont déjà fait savoir, à l'inverse de l'Union, qu'ils ne tiennent pas particulièrement au respect du calendrier. Pour l'heure, il est prévu de ne soumettre cette question aux ministres qu'en fin de session, histoire de maintenir la pression et leur attention sur la substance des pourparlers et leur objectif: sortir les délégations de leur postures tactiques et les amener à mettre cartes sur table dans le jeu des concessions croisées attendu à Cancun.

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