Bruxelles/Cancun, 11/09/2003 (Agence Europe) - Au lendemain de l'ouverture de la Conférence de Cancun, journée de transition et d'organisation, surtout marquée par la mort tragique d'un agriculteur sud-coréen au milieu des manifestations altermondialistes et par de virulentes passes d'armes Nord/Sud sur l'agriculture, les ministres du Commerce des 146 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sont entrés, ce jeudi, dans le vif du sujet: comment donner une impulsion politique aux négociations sur l'agenda de développement de Doha là où subsistent de périlleuses dissensions sur les ambitions et la portée même des réformes programmées ? L'agriculture, terrain d'une confrontation passionnelle entre les superpuissances commerciales et l'opposition à toute forme de subvention et protections tarifaires dans les pays riches, incarnée par le G-21, est évidemment l'un des nœuds du dilemme que le Sommet s'efforcera de clarifier, contourner ou dépasser.
Les consultations politiques, qui devaient débuter en fin d'après-midi (à l'heure européenne) et se poursuivre au moins jusqu'à dimanche soir, seront « facilitées » par cinq personnalités, triées sur le volet par le président de la Conférence, le ministre des Affaires étrangères du Mexique Luis Ernesto Derbez: sur l'agriculture, le ministre du Commerce et de l'industrie de Singapour, George Yeo, reprendra la délicate tâche qui lui incombait déjà à Doha; sur l'accès aux marchés non agricoles, ce sera le secrétaire financier de Hong- Kong Henry Tang, sur les questions de développement, le ministre kenyan du Commerce et de l'Industrie, Mukhisa Kituyi; sur les questions de Singapour, le ministre canadien du Commerce international Pierre Pettigrew; enfin, le ministre du Commerce extérieur du Guyana Clément Rohee se chargera de mener à bien les discussions sur les « autres questions » épineuses, telles que le registre multilatéral pour les indications géographiques des vins et spiritueux, et peut être aussi le coton, si l'action demandée par quatre pays africains, fortement dépendants de cette production, n'intègre pas finalement les discussions sur l'agriculture ou sur le développement.
Les ministres, accompagnés par leurs plus proches collaborateurs, étaient encore réunis à l'heure de mettre sous presse et devaient statuer sur ce point, comme sur l'organisation de l'ensemble des travaux de Cancun. Pour l'heure, chacune des parties directement concernées par la demande africaine (axée sur la fin des protections et subventions des pays riches, et d'ici là, sur des compensations) campe sur ses positions. A commencer par les Etats-Unis qui renvoient à d'autres facteurs de distorsion, tels que les politiques industrielles poussant vers la hausse la production de fibres synthétiques, les tarifs élevés sur les produits manufacturés ou encore la générosité occasionnelle des récoltes. Les autres - Canada, Australie, Argentine, Cameroun, Guinée, Afrique du Sud et Bangladesh, le plus ouvertement - sympathisent. De même que Supachaï Panichpakdi: lorsque cette demande a été formellement présentée au sommet par les ministres du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad, le Directeur général de l'OMC, soulignant que ce n'est pas dans ses habitudes d'intervenir dans un débat, a exhorté les 146 à prendre au sérieux cette « affaire importante ». Les Quatre ne demandent pas un traitement spécial mais une solution équitable, et leur proposition souligne la nécessité de résultats ambitieux sur l'agriculture, a-t-il dit en substance.