Bruxelles/Cancun, 10/09/2003 (Agence Europe) - Sans attendre l'ouverture de la conférence de Cancun, ce mercredi, les 146 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce ont affiché l'étendue de leurs dissensions en se lançant publiquement dans une polémique sur le texte qui doit servir de point de départ à leurs discussions sur l'agriculture. Au même moment, le Directeur général de l'institution, le Thaïlandais Supachaï Panichpakdi, qui devait prononcer l'un des discours inauguraux, en fin d'après-midi, lançait un rappel à l'ordre.
« L'échec n'est pas une option », a martelé M.Panichpakdi qui participait la veille à plusieurs rencontres avec les représentants de la société civile. « La fragile économie mondiale a un besoin pressant du stimulant qui peut être apporté par une nouvelle libéralisation substantielle du commerce mondiale. Une conclusion fructueuse du cycle est donc capitale pour relancer l'économie mondiale », a-t-il dit, en avertissant que l'inverse «serait un signal très préjudiciable, envoyé partout dans le monde, quant aux perspectives d'une reprise économique et qui entraînerait plus d'épreuves pour les travailleurs du monde entier, particulièrement dans les pays les plus pauvres ».
Mais le groupe des vingt et un pays, essentiellement en développement, menés par le Brésil, l'Inde et la Chine, le G-21, avait déjà donné le ton. « S'il n'y a pas de progrès sur l'agriculture, il n'y a pas de progrès sur Doha et il n'y aura pas de progrès à Cancun, a prévenu le ministre brésilien de l'Agriculture, Roberto Rodrigues, qui s'était entretenu un peu plus tôt avec les 16 autres partenaires de Cairns, dont l'Australie, tous sur la même longueur d'onde offensive, mais avec d'importantes nuances. Ainsi son homologue canadien précisait ne viser que « l'élimination de toutes les formes de subventions à l'exportation », tandis que le ministre australien du Commerce Mark Vaile déclarait que « le groupe de Cairns ne sacrifiera pas les ambitions de Doha simplement pour obtenir un compromis rapide qui ne tiendrait pas compte de nos ambitions ». Idem du côté chinois, où le ministre de l'Agriculture Du Qinglin avertissait que « la conférence ne réussira que si les besoins des pays en développement sont pleinement pris en considération ». Et, peut-être galvanisés par la multiplication de déclarations anti-subventions, les Vingt et Un sont revenus à la charge avec leur propre proposition agricole, juste avant l'ouverture de la conférence ministérielle, en rejetant formellement le projet que les responsables de l'OMC avaient déjà transmis au sommet. Ce projet de déclaration finale, endossé par MM.Panichpakdi et Perez del Castillo, qui a chapeauté les travaux préparatoires, fait la part trop belle aux intérêts des Européens et des Américains, ont-ils dit en exigeant que le leur, axé sur la fin des protections et soutiens agricoles des pays riches, soit également pris en considération dans la négociation ministérielle.
« Nous devons tout faire pour éviter de recréer l'atmosphère de confrontation Nord-Sud qui a prévalu dans les années 70-80 . Ce serait commettre une grave erreur (…) et ce ne serait pas conforme à la réalité », a répliqué le Commissaire européen Pascal Lamy lors de la session inaugurale. Car ce Cycle a réellement un Agenda de développement et pas seulement une appellation, a-t-il dit en substance, en rappelant aussi que « de nombreuses lignes de partage, de nombreuses positions du Sud et de nombreuses positions du Nord existent dans nos débats ». « La question de la base de négociation est purement procédurière et sera réglée au niveau du groupe de travail sur l'agriculture. C'est un faux débat. Il faut passer à la substance », souligne-t-on dans l'entourage du Commissaire qui rappelait de son côté: A Cancun, « nous devons faire des progrès tangibles sur toutes les questions difficiles, (…) de l'agriculture aux tarifs industriels, en passant par l'environnement et les sujets de Singapour » et ce, « dans les délais impartis ». Et de souligner que, comme dans les autres domaines, en matière agricole, « nous avons sans cesse démontré notre disponibilité à rechercher un accord, depuis les propositions ambitieuses que nous avons mises sur le tapis en janvier jusqu'à l'accord que nous avons conclu avec les Etats-Unis, à la demande expresse de nos partenaires, au cours de l'été ». Un peu plus tôt, M.Lamy avait rappelé que « au nom de l'UE, nous avons proposé d'éliminer les subventions à l'exportation sur certains produits dans l'intérêt des pays en développement » qui doivent maintenant « reprendre cette offre à leur compte en nous adressant un certain nombre de demandes. Je suis en attente de ces propositions », avait-il dit. En plénière, il s'est interrogé tout haut: « alors qu'est-ce qui caractérise la position de l'Union européenne dans cette conférence et dans l'Agenda de développement de Doha dans son ensemble ? Un seul mot, l'ouverture (et) nous sommes prêts à faire le petit bout de chemin qui nous sépare d'un accord ».