Bruxelles, 05/06/2003 (Agence Europe) - Le Conseil des ministres de l'UE a formellement donné son feu vert, jeudi, à "Artemis", la deuxième opération européenne de maintien de la paix (après "Concordia", dans l'Arym). Objectif: sécuriser la ville de Bunia, dans la province congolaise d'Ituri (République démocratique du Congo - RDC), une région déchirée depuis des semaines par de graves affrontements entre ethnies Hema et Lendu attisés par le Rwanda et l'Ouganda. Les détails de cette opération militaire, limitée dans le temps et dans l'espace et qui s'inscrit dans le cadre de la résolution 1484 du Conseil de sécurité des Nations unies, ne devraient toutefois être connus que la semaine prochaine.
Dans les milieux diplomatiques européens, on se félicite de la rapidité avec laquelle cette décision a été prise. C'est le 19 mai dernier, en effet, que le Haut-représentant pour la Pesc Javier Solana avait été invité par le Conseil à étudier la faisabilité d'une opération militaire de l'UE en RDC. Cette demande faisait suite à celle adressée par le Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan aux Etats membres de l'organisation d'envisager la constitution d'une force temporaire de stabilisation dans la région d'Ituri, en attendant le renforcement de la MONUC (le contingent des Nations unies déployé sur place) prévu pour la fin août. L'opération "Artemis" s'inscrit donc pleinement dans le cadre de la résolution 1484 du Conseil de sécurité qui autorise le déploiement, jusqu'au 1er septembre 2003, d'une force multinationale intérimaire d'urgence à Bunia - en étroite coordination avec la MONUC-, afin d'y contribuer à la stabilisation des conditions de sécurité et à l'amélioration de la situation humanitaire en assurant la protection de l'aéroport, de la ville, de ses alentours et des personnes. La décision de jeudi désigne la France comme "nation-cadre" de l'opération, le général-major Neveux comme commandant de l'opération et le Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) de Paris comme quartier général opérationnel. Le commandant des opérations sur le terrain sera le Général français Thonier. Le commandement a été invité à fournir un plan d'opération et des règles d'engagement avant la fin de cette semaine, a précisé un haut fonctionnaire européen, de manière à ce que le Conseil puisse décider du lancement de la mission et de ses aspects logistiques dès la semaine prochaine.
C'est le 11 juin, à Paris, à l'issue d'une "conférence de génération des forces", que devraient être connues les modalités (participants, logistique, aspects financiers et budgétaires) de l'opération. Une majorité d'Etats membres devraient y participer, avait indiqué mercredi Javier Solana, ajoutant que la force déployée compterait probablement 1500 hommes. Le Royaume-Uni a promis une participation "en termes de logistique et de soutien", l'Allemagne s'est dite prête à participer tout en indiquant ne disposer que de ressources limitées. La Belgique devrait quant à elle fournir une assistance en matière de transport aérien ainsi qu'une aide médicale. C'est le Comité politique et de sécurité (Cops) qui assurera le contrôle politique et stratégique de l'opération sous la responsabilité du Conseil, mais les pays tiers ont été invités à y participer. Sur ce dernier point, on précise, dans les milieux diplomatiques, que l'UE entend éviter les participations symboliques. Seront donc bienvenus les pays qui, comme l'Afrique du Sud, sont susceptibles d'avoir du poids dans la région. La valeur opérationnelle, notamment en termes de transports, est un autre critère retenu par les Européens pour la participation de pays tiers.
Soulignant que la situation dans la région d'Ituri constitue "une menace pour le processus de paix en RDC et, d'une manière plus large, pour la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs", M. Solana a justifié l'opération, sans en "sous-estimer la difficulté". "L'UE est prête à relever cet important défi", a-t-il dit.