Bruxelles, 14/04/2003 (Agence Europe) - Pour la première fois depuis le début de la guerre, les grandes puissances de la planète ont cherché à afficher samedi un front uni sur l'Irak. Ils ont affirmé que l'effort de reconstruction du pays devait se faire dans le cadre d'une résolution de l'ONU et se sont entendus sur la nécessité de régler la question de la dette de l'Irak. Cette ébauche de réconciliation a eu lieu dans le cadre de la réunion, à Washington, des ministres des Finances du G7, les sept pays les plus industrialisés, et des représentants des 184 pays membres du Fonds Monétaire International, réunis au sein de l'instance dirigeante du FMI dans la capitale américaine.
« Nous reconnaissons la nécessité d'un effort multilatéral pour aider l'Irak. Nous soutenons une nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies », peut-on lire dans la déclaration des grands argentiers du G7. Le Comité monétaire et financier international du FMI a lui aussi soutenu une nouvelle résolution de l'ONU, mais en insistant plus que le G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) sur les aspects humains de la situation irakienne. « Le Comité a noté que la situation actuelle en Irak pose d'importants problèmes, avec un besoin urgent de restaurer la sécurité, de soulager la souffrance humaine et de promouvoir la croissance économique et la réduction de la pauvreté », indique le communiqué.
Tout en soulignant que le FMI et la Banque mondiale doivent jouer leur « rôle normal », le G7 estime que « le peuple irakien doit avoir, en dernier lieu, la responsabilité de mettre en œuvre les bonnes politiques et de construire son propre futur ». Cette déclaration a été reprise mot pour mot par le FMI. Les deux instances ont parallèlement demandé au Club de Paris - qui réunit les créanciers publics - d'agir vite sur la question de la dette irakienne. « Il est important de s'attaquer au problème de la dette irakienne et nous sommes impatients de voir le Club de Paris se saisir rapidement de la question », insistent-elles. « Le peuple irakien ne peut pas tout seul porter le fardeau des niveaux actuels de la dette et nous reconnaissons que le Club de Paris doit commencer à s'attaquer à la question », a déclaré John Snow, le Secrétaire américain au Trésor. « La coopération est vitale pour apporter une aide humanitaire et répondre aux défis de la reconstruction », a-t-il ajouté. Des clivages sont apparus sur cette question de la dette entre les Etats-Unis, qui demandent un geste généreux à l'égard de Bagdad, et les pays représentés de l'UE, soucieux de récupérer leurs créances et de ne pas léser les pays très pauvres, en particulier en Afrique. « Certes, l'Irak aura besoin de notre attention, mais le Niger aussi (...). Il ne faut pas oublier qu'il y en a aussi beaucoup d'autres », a déclaré le ministre français des Finances, Francis Mer. Son homologue allemand, Hans Eichel, a affirmé que l'Allemagne « ne s'attend pas seulement à récupérer son argent, mais va le récupérer ». Sa créance s'élève à quelque 4 milliards d'euros. L'UE a été échaudée par les déclarations du numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz (l'un des faucons de l'administration américaine) qui avait insisté pour que la France, l'Allemagne et la Russie effacent leurs dettes.
Le G7 s'est bien gardé de faire publiquement une évaluation chiffrée de la dette irakienne. Selon des estimations concordantes, la dette extérieure de l'Irak s'élèverait à plus de 120 milliards de dollars, et même plus de 380 milliards de dollars si on tient compte des compensations que le régime irakien doit verser pour avoir envahi le Koweït en 1990.