Bruxelles, 14/01/2003 (Agence Europe) - Le groupe des Verts/ALE du Parlement européen a organisé jeudi dernier, à Bruxelles, un séminaire sur le thème "Recyclage du plutonium: risques et alternatives", réunissant un panel d'experts scientifiques et politiques. Dans un contexte international incertain depuis les attentas du 11 septembre 2001, les Verts ont voulu sensibiliser le public aux risques du recyclage du plutonium d'origine civil et militaire en combustible nucléaire. Ils entendent lancer un débat sur la prolifération au sein des institutions européennes et appellent la Commission européenne à agir au niveau européen, en privilégiant les alternatives au recyclage, et au niveau international, notamment dans le cadre du dialogue énergétique avec la Russie.
Depuis des années, le plutonium civil est recyclé en combustible destiné aux centrales nucléaires (le « MOX ») pour servir de source énergétique, par exemple en Belgique et en Allemagne. Récemment, les Etats-Unis et la Russie ont annoncé leur intention de lancer des programmes permettant également de recycler en MOX les stocks importants de plutonium militaire qu'ils ont accumulés à la suite de leur engagement de réduire leur arsenal militaire. Or, selon les experts réunis jeudi dernier, cette solution serait désastreuse du point de vue économique, environnemental et sécuritaire. Arjun Makhijani, président de l'Institut pour la recherche sur l'énergie et l'environnement (IEER), a réalisé une étude comparative entre l'énergie éolienne et l'énergie issue du plutonium selon laquelle cette dernière a "un coût sensiblement plus élevé, sans parler des incidences environnementales et autres". En outre, "l'argument de la sécurité des approvisionnements en électricité est faux. Si on veut réellement sécuriser ses approvisionnements énergétiques, il faut s'attaquer au secteur des transports", souligne-t-il. Des solutions alternatives existent, comme l'immobilisation, une technologie consistant à mélanger le plutonium avec des déchets radioactifs (le rendant moins pur, donc moins dangereux), à le solidifier et à le stocker. Cette technologie, moins coûteuse et plus sûre, permettrait en outre de rendre le plutonium difficilement réutilisable et d'éviter son transport et ainsi, les risques d'attentat ou de vol, explique Ed Lydman, Président du Nuclear Control Institute (Etats-Unis). Pour Luc Mampaey, du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP), en recyclant le plutonium militaire au lieu de l'immobiliser, "ces pays veulent garder un accès à des stocks de plutonium militaire pour produire ultérieurement de nouvelles armes".
A l'instar des Etats-Unis, la Russie veut également développer la technologie de recyclage du plutonium civil et militaire en MOX. A cette fin, elle aurait demandé des fonds à la communauté internationale, et à l'UE en particulier. En effet, selon Vladimir Slivyak, membre de l'ONG environnementale Ecodéfense, "la situation financière de l'industrie russe ne lui permet pas de lancer ces programmes de traitement". "Les programmes de traitement du plutonium par les Russes dépendent de l'UE. Si aucun pays n'achète du MOX, la Russie ne pourra pas en produire", ajoute-t-il. De son côté, l'organisation environnementale Bellona attire l'attention de l'UE sur des décrets signés récemment par le Président Poutine permettant à la Russie d'importer des déchets nucléaires usés (qui participent au traitement du plutonium). Nils Böhmer, chercheur à Bellona, estime que "la Russie risque de se transformer en poubelle" et appelle les Etats membres de l'UE à refuser d'exporter leurs déchets nucléaires dans ce pays, soulignant au passage qu'il en stocke déjà 15.000 tonnes dans des conditions de sécurité insatisfaisante.
Le député européen Paul Lannoye (Vert belge) a résumé la position des Verts en affirmant qu'ils sont contre le recyclage du plutonium, qu'il soit d'origine civile ou militaire, le premier n'étant pas économiquement rentable et le second présentant des risques environnementaux et sécuritaires importants. Pour cette raison, les Verts veulent: (1) lancer un débat sur la prolifération au sein des institutions européennes; (2) transmettre le message, dans le cadre du dialogue énergétique UE/Russie, "qu'il est inacceptable de financer une industrie du plutonium en Russie" ; (3) demander à la Commission de faire une étude sur les alternatives au MOX. Dans l'immédiat, la Belgique est particulièrement concernée, note M. Lannoye. En effet, les Etats-Unis lui ont demandé de réaliser des échantillonnages dans un processus de recyclage de plutonium d'origine militaire, la Belgique étant le seul pays, avec la France, à posséder des unités capables de réaliser ces échantillons. « Sous la pression des Verts, le gouvernement belge a refusé », se félicite Paul Lannoye en ajoutant que « c'est un sujet porteur pour la prochaine campagne électorale en Belgique » en vue des élections du 18 mai.