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Bulletin Quotidien Europe N° 8372
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Le

bilan européen de l'année 2002 a été globalement positif, la morosité (en partie justifiée) de l'opinion publique est due à d'autres causes

Je ne vais pas me soustraire à la tradition quelque peu poussiéreuse suivant laquelle la nouvelle année s'ouvre par un bilan de l'année écoulée. Mais je serai rapide. J'estime que 2002 a été une bonne année pour la construction européenne. Je dis bien "pour la construction européenne", pas nécessairement pour tous les citoyens. Je m'explique. L'Europe a encore connu une année économiquement difficile: croissance ralentie, chômage trop élevé, terrorisme en hausse, insécurité non encore suffisamment maîtrisée. Il est normal que l'opinion publique soit morose et préoccupée. Mais la construction de l'Europe unie n'est en rien à l'origine de la mauvaise santé de l'économie mondiale. Au contraire, c'est "l'insuffisance d'Europe" qui entrave ou retarde le redressement. Par exemple, plusieurs observateurs estiment qu'une meilleure coordination des politiques économiques des Etats membres, permettant à l'Union économique et monétaire (UEM) de marcher sur ses deux jambes et non seulement sur la jambe monétaire, aurait garanti une croissance plus élevée. L'intégration européenne a tendanciellement des effets positifs, même s'ils ne sont pas tout de suite perceptibles; elle a notamment mis l'Union à l'abri des tempêtes monétaires; et c'est en la renforçant que la stabilité, l'emploi, le progrès technologique, l'environnement, etc. pourront être améliorés et que le modèle européen de société pourra, avec les ajustements appropriés, être sauvegardé.

Trois avancées pour les manuels d'histoire. Ceci dit, la construction européenne a connu en 2002 trois avancées qui seront citées dans les futurs manuels d'histoire:

1. La conclusion des négociations avec dix pays candidats à l'adhésion, dont huit pays d'Europe centrale et orientale qui ont consenti un effort exceptionnel. L'objectif de l'adhésion les a amenés à accélérer non seulement leur mutation économique après la glaciation communiste, mais aussi et surtout la consolidation des libertés et de la démocratie et la solution des problèmes des minorités. C'est un résultat essentiel pour la stabilité de l'Europe et du monde, à mettre à l'actif des pays concernés mais aussi du fait en lui-même que l'UE et ses règles existent.

2. Le succès et la consolidation de l'euro. Il nous arrive encore de lire pas mal de bêtises sur l'euro, notamment au sujet des sondages d'opinion, interprétés à contresens. La valeur de l'euro a dépassé la valeur du dollar, mais les titres sur plusieurs colonnes qui étaient la règle chaque fois que l'euro baissait, on n'a pas le plaisir de les lire maintenant que le mouvement s'est inversé. On a toujours exagéré l'importance du taux de change euro/dollar: il n'y avait pas lieu à se désespérer hier, il n'y pas lieu à pavoiser aujourd'hui. Les effets d'un euro plus fort que le dollar ne sont pas tous positifs. Mais qu'est-ce qu'on n'entendrait pas dans le cas contraire! En réalité, les bienfaits de l'euro vont bien au-delà de son taux de change: il protège l'Europe des crises monétaires autrefois si fréquentes (et dramatiques) au sein même de l'UE, et il assure des taux d'intérêt à un niveau qui serait autrement impensable dans certains Etats membres.

3. L'affirmation de la Convention en tant que forum incontournable de la réforme de l'Union. Le succès final est loin d'être assuré, mais les résultats atteints sont déjà considérables et nous avons désormais la certitude que la méthode est la bonne: l'Europe de demain ne peut naître que de la Convention. En cas d'échec, il vaudrait mieux, selon Jean-Luc Dehaene, ne même pas convoquer la CIG (Conférence intergouvernementale). À la fin de l'année dernière, la Convention a abordé, en toute clarté et transparence, les dossiers de la politique étrangère et de la défense, dont dépend ce que sera l'Europe future.

À ces trois résultats majeurs s'en ajoutent beaucoup d'autres, qui se suivaient de mois en mois sans recueillir parfois l'écho qu'ils méritent. Je ne vais pas faire une liste, qui serait fastidieuse, mais simplement citer la réforme de la politique de concurrence (ententes et abus de positions dominantes), la réforme de la politique de la pêche (douloureuse mais indispensable, et impensable en dehors de la "méthode communautaire"), le nouvel élan donné à des politiques européennes fondamentales comme les progrès de l'espace justice/liberté/sécurité, le ciel européen unifié, la sécurité maritime, la gouvernance des entreprises, la libération des marchés de l'énergie.

Il reste aussi des retards et des lacunes, parfois sérieux, mais ils sont vigoureusement dénoncés, et des délais sont établis pour y remédier. En regardant la situation avec un peu de recul, l'on constate, à mon avis, un intérêt renouvelé pour les questions européennes dans l'opinion publique et une relance du débat à leur sujet. Le creux de la vague eurosceptique semble dépassé (sauf au Royaume-Uni) et les voix positives sont à nouveau nettement audibles. Rien n'est acquis mais tout semble possible pour notre vieux continent qui attire à nouveau les regards du monde. (F.R.).

 

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