Bruxelles, 28/08/2002 (Agence Europe) - Une interview avec le ministre italien des Finances Giulio Tremonti publiée le 25 juillet par La Stampa et dénonçant le risque d'une dérive fédéraliste de la Convention européenne a suscité de très vives critiques. M.Tremonti y évoque un "non-paper" de la Convention qui, selon lui, a le tort de rejeter la méthode intergouvernementale, alors que, dit-il, "la Convention n'est pas le lieu où on écrit la Constitution, la Conférence intergouvernementale n'est pas le lieu où l'on se limite à une ratification. Ce mystérieux document (qui, confirment des sources bien informées, n'a pas de statut officiel et est le simple fruit des réflexions d'un fonctionnaire) pourrait être un "faux d'auteur", estime M.Tremonti, en notant: "Un indice: le texte - très, très important - de l'interview donnée à votre journal par le vice-président de la Convention Giuliano Amato". Ce dernier "formule un jugement négatif tranchant" sur la méthode intergouvernementale, selon M.Tremonti, qui en déduit que "sans méthode intergouvernementale, on pense évidemment à un modèle constitutionnel différent, tendant à réduire le rôle des gouvernements et des Etats". M. Tremonti reproche donc au non-paper " la tendance non pas vers l'Union d'Etats-nations, mais vers la création d'un Etat unique, Bruxelles comme Washington, Paris en tant que province". Et il plaide pour une Union d'Etats-nations -conception, dit-il, "transparente"-, alors qu'il qualifie "l'idée fédéraliste" de "shadow model".
Réaction de Gianfranco Fini, représentant du gouvernement italien à la Convention européenne: "à la Convention, personne n'a envisagé la naissance d'un super-Etat européen". Demain, "personne ne décidera à Bruxelles à notre place", a dit le vice-premier président italien, selon La Stampa du 27 juillet. Selon le même journal, Giuliano Amato s'est borné à commenter: "Je n'ai rien à dire (...). Tout le monde sait très bien que l'idée d'un super-Etat ne m'a jamais effleuré, même de loin".
Au Parlement européen, le président de la commission constitutionnelle Giorgio Napolitano a, toujours à travers les pages de La Stampa, remis les points sur les "i", en affirmant que même parmi les Européens "de formation fédéraliste", personne ne prône un Etat unique, mais en rappelant que Valéry Giscard d'Estaing lui-même a défendu "la formule d'une Union d'Etats à compétences fédérales". "Giuliano Amato n'a certainement rien à voir avec cet hypothétique projet", dit-il, alors qu'il constate qu'un projet est en train de s'esquisser selon lequel "l'impulsion stratégique" du Conseil européen serait accrue, en donnant une large place à la Commission européenne pour l'exercice de fonctions exécutives. Et il précise: "Pour être clair: la Commission ne devrait pas être un gouvernement européen à tous les effets. Mais il est indispensable de lui attribuer certaines fonctions. Par exemple, la responsabilité de la gestion de la politique étrangère et de sécurité commune et la coordination des politiques économiques, même si les choix stratégiques doivent venir du Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement".
"Je le dis tout de suite: je suis pour le super-Etat européen (...) comme le furent De Gasperi, Monnet (...), Adenauer, Antonio Segni, Gaetano Martino, signataires du Traité de Rome", affirme au contraire le député européen Mario Segni dans La Stampa du 28 juillet. Tout en reconnaissant que le projet n'est pas réaliste à court terme et n'est pas à l'ordre du jour de la Convention, le fils de l'ancien Président de la République déplore que ce projet soit "démonisé" par Tremonti. Ce dernier (et Bossi) sont "clairement contre l'intégration politique", dit-il, en estimant que, si telle était la position du gouvernement italien, ce serait "un renversement de la ligne italienne" en Europe.