Llulissat, 28/08/2002 (Agence Europe) - La présidence danoise a tenté de relancer le débat sur la "dimension nordique" de l'UE, lors d'une conférence ministérielle organisée le 28 août à Llulissat, petite ville de la côte ouest du Groenland. L'objectif est de "collecter les idées et les suggestions pour poursuivre les travaux à Bruxelles en coordination avec nos partenaires", a indiqué le ministre danois aux affaires européennes, Bertel Haarder. Ce brainstorming au milieu des glaces prépare les travaux d'un conférence qui devrait définir, en octobre, les "lignes directrices" du prochain "plan d'action" pour la dimension nordique, qui devrait être adopté en juin 2003.
L'idée de développer la "dimension nordique" de l'UE autour de la mer Baltique, essentiellement pour créer un cadre de coopération élargie avec la Russie dans la perspective de l'élargissement, avait été lancée sous présidence finlandaise. Elle s'est traduite par l'adoption d'un plan d'action en 2000 mais n'a abouti pour l'heure qu'à deux initiatives concrètes: le "partenariat environnemental pour la dimension nordique" et la "e-dimension nordique". "Malheureusement, la dimension nordique de l'UE a été dotée de peu de ressources financières et institutionnelles" et "le plan d'action de 2000 n'était pas suffisamment précis et s'est avéré peu opérationnel", constate l'Association des industries danoises (Dansk Industri) dans un document soumis à la conférence de Llulissat.
De fait, les "Conclusions de la présidence" qui devaient être adoptées à l'issue de la conférence de Llulissat, reconnaissent que "les bénéfices de la dimension nordique ne peuvent être atteints que par un dialogue plus efficace sur les priorités et une coopération opérationnelle des différents acteurs", incluant les autorités locales et le secteur privé. Elles soulignent que "cette coordination nécessite un mécanisme efficace pour le dialogue et l'échange opérationnel d'informations", ainsi qu'un mécanisme de contrôle. Dans le même temps, "la conférence a examiné la nécessité de consacrer un soutien financier au nouveau plan d'action et a demandé à la Commission et aux institutions financières d'étudier les moyens d'améliorer la coordination des instruments financiers". En pratique, le futur plan d'action devrait mettre en place un mécanisme de coordination plus efficace de cette "dimension nordique" développée dans le cadre intergouvernemental, indique-t-on à la Commission européenne. En revanche, il est peu vraisemblable que des ressources spécifiques soient dégagées dans le budget de l'UE, alors qu'il s'agira plutôt d'une meilleure coordination des différents fonds utilisés (Tacis, Phare, Sapard, Interreg, etc.). Les priorités du prochain plan devraient être, selon les mêmes sources: l'environnement, la sécurité nucléaire, Kaliningrad, la coopération transfrontalière, la lutte contre la criminalité organisée, l'énergie, les infrastructures de transports et les technologies de l'information.
A Llulissat, le Premier ministre du gouvernement local du Groenland, Jonathan Motzfeldt, a appelé l'UE à intégrer une "fenêtre arctique" dans la dimension nordique, notamment pour l'environnement et la recherche. Tout en espérant que l'on puisse intégrer les régions arctiques dans la dimension nordique, M. Haarder a porté l'accent sur le développement des relations avec Moscou dans la perspective de l'élargissement. "La priorité du nouveau plan d'action devrait être d'assurer l'efficacité des frontières entre l'UE et la Russie et de développer les zones frontalières", remarque-t-il. La dimension nordique a été créée surtout autour de l'axe baltique pour intégrer la Russie, constate un diplomate danois, en rappelant que jusqu'à présent seules les conclusions du Sommet de Göteborg de juin 2001 ont fait allusion à la réflexion que l'UE devrait lancer sur ses dimensions arctiques.
M. Motzfeldt a évoqué aussi l'éventualité d'un accord avec l'UE allant au-delà de l'accord de pêche actuel (qui fera l'objet d'une révision à mi-parcours en 2003). A la Commission, la perspective d'un accord d'association est envisagée avec un grand scepticisme. "Le Groenland, qui est lié à l'UE comme les autres territoires associés, souhaiterait participer davantage aux programmes communautaires, mais un nouvel accord n'est pas du tout à l'ordre du jour", commente-t-on à la Commission.