Bruxelles, 26/08/2002 (Agence Europe) - Plus de 100 pays participent au deuxième Sommet mondial du développement durable qui s 'est ouvert lundi à Johannesbourg (Afrique du Sud) sur fond de manifestations d'ONG antimondialisation ou désabusées par ces grand-messes dont elles redoutent un énième échec. Les ministres et délégués des pays riches et pauvres de la planète, réunis pour la plus grande conférence jamais organisée par les Nations unies, auront huit jours pour réfléchir et se mettre d'accord sur une déclaration politique et un plan d'action capables de concilier le développement économique équitable, la lutte contre la pauvreté et la préservation de l'environnement et des ressources naturelles à l'échelle de la planète, dans l'intérêt des générations présentes et futures. L'enjeu est considérable car, en dépit du pessimisme ambiant, il convient de ne pas reproduire l'échec de Rio, où s'était tenu, dix ans plus tôt, le premier Sommet de la Terre, riche en promesses non tenues. En invitant tous les participants à mettre un terme à l"apartheid global" entre les riches et les pauvres, Thabo Mbeki, le président sud-africain, hôte du Sommet, a donné le mesure de l'enjeu.
La déclaration politique qui sera adoptée à Johannesburg le 4 septembre devra consigner les engagements politiques nécessaires à la réalisation d'un plan de mise en œuvre effective des recommandations de Rio restées lettre morte (Agenda 21), ainsi que de nouveaux engagements pour relever le défi du développement durable.
Entamé au niveau ministériel, le Sommet de Johannesburg se poursuivra au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement du 1er au 4 septembre, mais devra compter avec l'absence du président américain George W. Bush, opposé à tout nouvel engagement international.
A la veille de son départ pour Johannesburg, Poul Nielson, Commissaire à la politique de développement et d'aide humanitaire, a résumé l'enjeu de ce sommet en déclarant dans un communiqué publié lundi: "Le monde ne peut se permettre un échec à Johannesburg. Les défis auxquels sont confrontés la planète et ses habitants sont simplement trop grands. Les inondations qui ont eu lieu cet été en Europe et en Asie rappellent avec éloquence ce à quoi nous pouvons nous attendre si nous échouons à réaliser le développement durable. La pauvreté et la dégradation de l'environnement sont des problèmes globaux qui appellent des solutions globales et urgentes. Ce sommet nous fournit une opportunité unique d'obtenir des résultats tangibles pour garantir une vie décente aux générations futures. A Johannesburg, nous devons absolument passer des paroles aux actes. L'Union européenne est déterminée à assumer ses responsabilités et à jouer un rôle de chef de file dans l'obtention d'un résultat satisfaisant. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour obtenir des objectifs concrets, quantifiables et des calendriers pour la mise en œuvre des objectifs de développement du millénaire, ainsi qu'une déclaration politique forte. A nos yeux, le monde a besoin de davantage de gouvernance économique et environnementale. En tant que principal partenaire commercial des pays pauvres et premier donateur d'aide à ces pays, l'Union européenne entend construire des ponts entre tous les partenaires pour atteindre un consensus. Alors que nous entrons dans la phase finale de négociation des textes (NDLR: qui consigneront les résultats du sommet), nous devons garder le cap sur notre objectif: celui de rassembler le monde entier autour d'un accord sur la manière de concevoir notre avenir commun."
S'exprimant au nom du Conseil de l'Union qu'il préside, Carsten Staur, Secrétaire d'Etat danois, refuse de céder au pessimisme: "le climat est très constructif. L'Union est favorable aux nouveaux textes présentés comme base de négociation dans les domaines du financement, de la globalisation et du commerce. Ces textes sont plus ambitieux que ceux issus des réunions préparatoires de Bali en juin. L'Union européenne, les pays en développement au sein du groupe des 77, le Japon et les Etats unis ont été des acteurs actifs de ces efforts, et l'Union européenne espère que le Sommet travaillera sur cette base".
Catherine Day, directeur général de la Direction générale de l'Environnement à la Commission européenne, pour sa part, déclare: " le début du Sommet mondial est prometteur, et l'Union européenne a bon espoir que Johannesburg débouche sur un plan de mise en œuvre satisfaisant. Toutefois, il y a encore des domaines dans lesquels beaucoup reste à faire. L'Union européenne considère qu'un moyen de faire preuve d'un réel engagement est de fixer des objectifs quanti
fiés, des calendriers de mise en œuvre et des mécanismes de contrôle contenus dans le plan de mise en oeuvre.
L'Union européenne soutient en effet la proposition du secrétaire général des Nations Unies, Koffi Annan visant à faire progresser le débat dans cinq domaines clés: l'eau, l'énergie, la santé, l'agriculture et la biodiversité; et propose à cette fin des objectifs et des actions spécifiques pour atteindre l'objectif du millénaire qui est de réduire de moitié, à l'horizon 2015, le nombre de personnes dans le monde vivant dans l'extrême pauvreté (1, 2 milliard de personnes disposant de moins de 1 dollar par jour).
Le succès du Sommet de Johannesburg dépendra de l'aptitude des participants à surmonter les pommes de discorde qui subsistaient, dimanche, lors des négociations entre diplomates réunis à huis clos. Sont ici concernés les différents Nord-Sud concernant l'augmentation du niveau d'aide publique au développement consenti par les pays riches, l'accès des produits des pays pauvres aux marchés des pays du Nord, et la gouvernance (bonne gestion des affaires publiques, lutte contre la corruption et respect des droits de l'homme), mais aussi, le différend qui oppose Américains et Européens à propos des objectifs chiffrés et des calendriers que l'Union européenne souhaite introduire dans le plan d'action pour lui conférer un caractère contraignant.