Bruxelles, 08/07/2002 (Agence Europe) - A l'occasion de leur première rencontre depuis le lancement de l'euro, les ministres des Finances des Quinze et des dix pays d'Asie participant à l'ASEM ont pris connaissance d'un projet d'intégration monétaire et financière à l'européenne, visant à créer une zone de stabilité dans cette partie du monde récemment secouée par une crise sans précédent. Plutôt optimistes quant aux perspectives économiques après l'amorce de récession de l'année dernière, les grands argentiers d'Europe et d'Asie restent cependant toujours sur leurs gardes face aux fluctuations des marchés financiers.
Cinq ans après les attaques spéculatives de 1997 contre les devises asiatiques, la proposition Kobe, élaborée dans le cadre du projet de recherche du même nom lancé en janvier 2001 par l'ASEM, avance un plan d'intégration en trois étapes pouvant aboutir en 2030 au lancement d'une monnaie unique, d'une banque centrale et d'une union monétaire asiatique. « Malgré la difficulté de trouver un consensus en Asie de l'Est à ce stade encore précoce, de nombreux objectifs et pistes possibles doivent être explorés », suggère le rapport des experts du secteur privé, en avançant qu'une « vision persuasive … faciliterait l'obtention d'un soutien du public à une coopération plus poussée ». « Il existe un besoin d'aide et d'assistance mutuelle » et « la conclusion est que l'Union est un modèle pour le futur (…) en Asie, a résumé le ministre danois Thor Pedersen, à l'issue de la rencontre, qui s'est déroulée ce week-end à Copenhague, sous sa présidence. La coopération régionale est déjà amorcée, a-t-il dit, en espérant « qu'elle débouche sur des résultats aussi formidables » que le lancement de la devise européenne, au début de cette année. Les concepteurs du plan Kobe jugent « souhaitable pour un pays est-asiatique typique, un système de panier monétaire qui lie le taux de change central de sa devise à un panier de devises majeures telles que le dollar américain, le yen japonais et l'euro », en suggérant « un mécanisme pour améliorer le regroupement des réserves régionales au-delà de l'initiative Chiang Maï (CMI) » destinée à parer à de nouvelles attaques spéculatives en tissant un réseau de liens monétaires bilatéraux entre les pays qui y participent (ASEAN, Japon, Corée et Chine). « Ce processus devrait être accéléré et complété rapidement » en vue d'aller, à terme, « au-delà des arrangements bilatéraux et d'établir une institution plus formelle pour le regroupement des réserves en devises étrangères », suggèrent les experts. Mais, nuancent-ils aussitôt, « pour qu'une telle institution puisse fonctionner, la région doit s'employer à répondre aux préoccupations quant à la possibilité qu'un Fonds monétaire asiatique puisse se montrer trop généreux à l'égard d'un pays en crise, en lui imposant trop peu de conditions ». Et de suggérer qu'un Secrétariat indépendant soit créé pour les pays de l'ASEAN plus leurs trois partenaires régionaux de l'ASEM afin d'assurer une surveillance efficace des politiques macroéconomiques de ses membres. Le processus d'intégration ne démarrerait vértablement qu'en 2010, après une phase initiale de discussions et d'élaboration d'un programme commun qui serait appliqué à titre provisoire et préparatoire jusqu'en 2030. C'est alors qu'une monnaie unique, placée sous la responsabilité d'une Banque Centrale, ainsi qu'une union économique et monétaire pourraient voir le jour en Asie.