Bruxelles, 23/01/2002 (Agence Europe) - Lors de l'échange de vues, mercredi, avec les députés de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, le Président de la Banque centrale européenne, Wim Duisenberg a estimé que le niveau des taux d'intérêt était « approprié » et s'est montré prudent au sujet de la reprise de la croissance économique de la zone euro, attendue au deuxième semestre. Il a tenu aussi une nouvelle fois à démontrer avec quelle aisance s'est déroulé le passage à l'euro fidiciaire et ne s'est pas inquiété outre mesure des hausses de prix constatées ici ou là après cette opération. Il a ainsi clairement laissé entendre que la BCE n'était pas pressée d'aider l'économie de la zone euro à se redresser au moyen d'une nouvelle réduction de ses taux d'intérêt.
M. Duisenberg a évoqué successivement:
Politique monétaire: « l'activité économique de la zone euro a été faible lors du dernier semestre 2001 et il continuera à en être de même au début de cette année », a déclaré M. Duisenberg. D'après certaines indications (« absence de déséquilibres fondamentaux au sein de la zone euro, conditions favorables de financement et croissance accrue des revenus nets qui devrait soutenir la demande »), il prévoit que «graduellement, la croissance se reprendra dans le courant de cette année ». « Mais le calendrier et l'ampleur de cette reprise reste incertain », a-t-il ajouté avec prudence. Il a noté aussi qu'il existait quelques signes de stabilisation pour les perspectives de croissance au niveau mondial, « mais l'incertitude reste très importante, surtout que certaines données, plutôt mitigées, n'indiquent pas de façon très claire qu'une reprise à grande échelle de l'activité économique se produira ».
Selon M. Duisenberg, le déclin de l'inflation devrait se poursuivre en 2002, même si « quelques mouvements à la hausse à très court terme ne sont pas à écarter ».
Introduction de l'euro: pour illustrer le succès de cette opération, il a indiqué que 8,5 milliards de billets de banque en euros étaient en circulation au début de la semaine, soit plus de 90% des billets en euros prévus alors qu'on est encore loin de la date butoir de la fin du mois de février 2002. En valeur, cela représente 209 milliards d'euros, soit 77% des billets en devises nationales qui étaient en circulation à la fin de l'an dernier. La proportion de billets de banques nationaux en circulation a diminué jusqu'à 270 milliards d'euros à la fin de l'année. Depuis le début de l'année 2002, ce chiffre à baissé encore de plus de 50% pour atteindre lundi dernier 133 milliards d'euros. Le taux de progression de l'euro était de 61% le 21 janvier, ce qui veut dire que sur l'ensemble des billets en circulation (nationaux et en euros), les billets en euros représentaient 61% en valeur. Il a ajouté que presque 100% des 200 000 distributeurs automatiques de billets ont été convertis à l'euro actuellement. Plus de 80% des 10 millions de machines ont été adaptées à l'euro, « ce qui pourrait poser quelques problèmes ici ou là si certaines pièces nationales ne sont plus en circulation », a-t-il dit. Par ailleurs, 26 banques centrales de pays tiers (dans les pays d'Europe centrale et orientale, dans la zone méditerranéenne et en Afrique) ont demandé de pouvoir disposer de la monnaie unique, a-t-il précisé, avant d'ajouter que 4 milliards d'euros ont déjà été fournis à ces banques.
Lors du débat, M. Duisenberg a répondu à Hans Udo Bullman (SPD) qui s'inquiétait des risques d'inflation liés à l'introduction des pièces et des billets, que « si il y a un impact, il est guère important ». Selon le président de la BCE, « l'inflation va être réduite à moins de 2% pendant 1 an ou 2 ». En répondant au libéral suédois Olle Schmidt, il a expliqué qu'il était encore trop tôt pour dire s'il existait des différences entre les douze pays de la zone au sujet de cette question de hausse de prix liée à l'euro, et qu'il fallait attendre encore un ou deux mois pour pouvoir disposer de ces informations. Il a précisé que la hausse des prix constatée en Allemagne était due à l'augmentation de la fiscalité indirecte (Ecotaxe) et de certains produits alimentaires. Johannes Blokland (EDD, néerlandais) lui a demandé si la dernière opération d'introduction des billets et de pièces en euros était plus importante à ses yeux, en terme d'intégration économique et monétaire que la naissance de la monnaie unique le 1er janvier 1999. M. Duisenberg a répondu que même si cette dernière opération était importante, les billets et les pièces représentent uniquement 5% de l'argent qui circule. « Cette dernière opération a surtout un effet psychologique qui n'ajoute rien à l'intégration communautaire ».
Il a dit à la présidente Christa Ranndzio-Plath (SPD) que l'introduction des pièces et des billets n'a pas eu d'effet pendant plus de deux jours sur la parité euro/dollar. M. Duisenberg a aussi déclaré que l'Europe n'était pas encore en récession et qu'elle n'y entrerait pas de toute manière tout en estimant que tout devait être fait pour restaurer la confiance des consommateurs et des investisseurs. Aux gouvernements européens, il a lancé une supplique: « Tenez-vous en à vos objectifs à moyens termes ».