Bruxelles, 31/08/2001 (Agence Europe) - Le ministre allemand des Finances, Hans Eichel, a exprimé ses « très gros doutes » quant à l'efficacité de l'instauration de la taxe Tobin (sur les mouvements de capitaux spéculatifs) avancée par son homologue français, Laurent Fabius, lors du conseil économique et financier franco-allemand qui s'est tenu vendredi à Berlin. Lors de la conférence de presse finale, M. Fabius a rappelé que l'idée de cette taxe, soutenue en France par le mouvement Attac, certains Verts et l'extrême gauche, sera débattue par les Quinze lors de la réunion informelle du Conseil Ecofin à Liège. « L'objectif est double: essayer d'enrayer l'excessive volatilité des capitaux sur les marchés et dégager des moyens suffisants pour aider les pays en développement », a expliqué le ministre français, qui s'était prononcé, jusque-là, plutôt en faveur d'une alternative à la taxe Tobin, à savoir une « taxe mondiale sur les exportations d'armes », alors que ces deux questions sont en réalité parfaitement distinctes.
M. Eichel a estimé que « les instruments ne doivent pas occulter le cœur du débat qui consiste à lutter contre la volatilité des mouvements de capitaux » et a laissé entendre qu'une telle taxe avait très peu de chances d'être approuvée par les ministres du G7. « Il faut éviter les débats trop réducteurs, au sein du G7 les choses ne sont pas toujours simples », a-t-il ajouté. Un porte-parole de la Commission européenne a indiqué que cette dernière n'avait pas encore reçu de demande formelle, de la part du Conseil, pour faire une étude sur cette question, et qu'elle accepterait de donner sa position une fois que la Présidence belge aura inscrit ce point à l'ordre du jour de la réunion du Conseil Ecofin. Un porte-parole du ministre belge des Finances, Didier Reynders, a indiqué que le calendrier de cette réunion n'était pas encore fixé et a rappelé que certains ministres pourront évoquer le sujet de la taxe Tobin, puisqu'il s'agit d'une réunion informelle.
Par ailleurs, M. Fabius a relevé la bonne résistance de l'économie française dans un environnement international qu'il a qualifié de « pas très bon ». Il a confirmé que la croissance de son pays devrait être de 2,3% pour 2001, loin de ce qu'il avait escompté (3,3%) et a ajouté qu'elle s'accompagnait d'une « inflation maîtrisée, d'un pouvoir d'achat qui est positif, compte tenu de la baisse de l'inflation et des allégements fiscaux ». Confrontée à un investissement « moins fort que nous le souhaitions », l'économie résiste grâce à l'indice de consommation. Concernant les perspectives 2002, le ministre français a estimé que la croissance pourrait être « un peu supérieure à ce qu'elle est cette année », tandis que l'inflation restera maîtrisée, le pouvoir d'achat positif et l'environnement général meilleur que cette année.
De son côté, M. Eichel s'est refusé à réviser sa prévision de croissance de 2% pour cette année mais a reconnu que son pays « aura du mal à y parvenir ». Après avoir admis que l'impact du ralentissement aux Etats-Unis et au Japon sur son pays avait été plus négatif que prévu, il a qualifié de « prometteuse » la situation pour les prochains mois. « L'évolution des prix est plutôt favorable, ce qui devrait relancer la consommation, l'indice de confiance des industriels s'améliore légèrement et la baisse des commandes est moindre que prévu dans l'industrie et le bâtiment », a-t-il souligné. Il a toutefois considéré que « la reprise de la croissance au deuxième semestre ne suffira pas pour atteindre l'objectif de croissance ». Les deux ministres ont aussi admis que le ralentissement de l'économie aurait un impact sur les recettes fiscales et devrait accroître les déficits publics fixés cette année à 1,7% du PIB pour l'Allemagne et à 1,3% du PIB pour la France. Ils se sont toutefois engagés devant leurs banquiers centraux à contrôler les dépenses publiques et à respecter le pacte de stabilité qui lie les pays de la zone euro. Ils ont confirmé leur objectif d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2004 pour la France et en 2006 pour l'Allemagne ; un engagement qui leur permet de laisser le déficit budgétaire s'accroître cette année et surtout en 2002, année d'importantes échéances électorales pour les deux pays, sans réduire d'autant leurs dépenses.