Bruxelles, 29/08/2001 (Agence Europe) - « L'introduction de l'euro ne devrait pas causer des pressions inflationnistes cachées ou des hausses de TVA », a estimé, lundi, la présidente de la commission parlementaire économique et monétaire du Parlement européen, Christa Randzio-Plath (PSE, allemande), lors d'un débat organisé avec des experts. Selon Patrick Armand, le directeur financier du groupe français Carrefour, qui souhaite par dessus tout éviter un ralentissement de la consommation des ménages en raison des difficultés de paiement, trois raisons principales expliqueraient l'effet inflationniste du passage à l'euro: « les arrondis abusifs, la politique tarifaire des industriels et la répercussion pour les entreprises des coûts techniques du passage à l'euro ».
M. Armand table, en France, sur « un assez bon niveau de stabilité des prix », et a rappelé (1) que les parlementaires français sont convenus de demander aux commerçants de geler les prix entre le 15 novembre 2001 et le 15 mars 2002 et (2) que de nombreux détaillants français ont déjà affiché sur leurs produits les prix en euro et en monnaie nationale, sans augmenter les prix. Il a précisé que les hausses de prix de détail (dues en partie au fait d'arrondir les prix) devraient avoir une influence uniquement sur les produits saisonniers, les produits à cours variables et les produits promotionnels ». Le député Jules Maaten (ELDR, néerlandais), auteur d'un rapport récent sur la question de l'introduction de l'euro, a précisé qu'il existait dans son pays un taux d'erreur de 15% dans l'exercice du double affichage des prix. Horst Krüger, le représentant à Bruxelles de l'association des commerçants allemands, a expliqué que ces derniers ne s'attendaient pas à des hausses de prix. « Trois quarts des entreprises membres de cette association envisagent de garder les prix inchangés au moment de l'introduction de l'euro », a-t-il indiqué.
« La transition vers l'euro sera mieux assurée si la distribution de gros billets de 200 et de 500 euros est limitée lors des premiers mois 2002 », a dit M. Armand, ajoutant que les petits commerçants (comme surtout les boulangers et les propriétaires de kiosques à journaux qui brassent beaucoup de petite monnaie) « ne pourront pas faire le basculement directement » et qu'ils devront très certainement rendre la monnaie pendant quelque temps en franc français. M. Armand estime que la répercussion des coûts que devront supporter les entreprises pour assurer le passage à l'euro (coûts que la BCE estime de 30 à 50 milliards d'euros en Europe, soit 0,3 à 0,8% du PIB communautaire), « sera instillée progressivement dans les prix ». Les coûts induits à l'exportation permettront de faire « une économie d'échelle importante, contrebalançant les coûts techniques de basculement supportés par les entreprises », a-t-il poursuivi. Au sujet de la politique tarifaire des industriels, il a indiqué que les consommateurs devront s'adapter à de « nouveaux produits psychologiques (une télévision à 1000 euros, une chemise à 10 euros) et donc forcément à une nouvelle échelle de valeur ».