Paris, 27/08/2001 (Agence Europe) - Tout en demeurant, pendant et après l'opération de l'OTAN Allied Force en Serbie, en 1999, "tout à fait cohérents et persistants dans leur condamnation du comportement de l'OTAN et des Etats-Unis, les leaders russes ont quand même manifesté un clair désir d'améliorer les relations" avec l'Occident, affirme Charlotte Wagnsson dans le numéro 28 des "Occasional Papers" de l'Institut d'Etudes de Sécurité de l'UEO, intitulé "Developing the "moral" Arguments: Russian rhetorical Strategies on Security post-Kosovo". Mme Wagnsson, qui enseigne au Département d'Etudes Stratégiques du Collège national suédois de la défense et a effectué un séjour auprès de l'Institut de l'UEO, analyse le langage et le comportement des leaders russes pendant et après la campagne de l'OTAN en Serbie, en notant que, alors que leur rhétorique avait été "relativement pro-occidentale pendant la période 1992-1997", à partir de 1999 les responsables russes avaient "officiellement interprété les bombardements (de l'OTAN) comme une tentative d'imposer la volonté des Etats-Unis dans la politique mondiale, renforçant ainsi un ordre mondial unipolaire". Les leaders russes avaient alors condamné ce qu'ils appelaient les "théories d'intervention humanitaire", en plaidant pour un renforcement du rôle de l'ONU et de son Conseil de sécurité, rappelle Mme Wagnsson, en soulignant qu'ils avaient aussi lancé un appel à "une lutte commune contre le séparatisme et le terrorisme dans des zones comme le Kosovo et la Tchétchénie". Les responsables russes ont "de plus en plus développé ce qu'on pourrait appeler les aspects moraux - ou "éthiques" - des relations internationales", constate Mme Wagnsson, en ajoutant que selon eux, "leur version de l'éthique internationale était moralement supérieure et devait être appliquée", et la Russie conduisait une lutte méritoire en faveur des "valeurs démocratiques contre l'unipolarisme et le terrorisme". Cependant, une stratégie de coopération avec l'Occident était maintenue pendant cette période, la Russie encourageant en particulier la coopération avec l'UE et réagissant de manière positive aux initiatives de cette dernière visant à assumer une plus large part de responsabilité en matière de sécurité, écrit Mme Wagnsson, qui souligne que l'Union européenne est "importante pour la Russie en tant que pôle significatif dans un monde multipolaire, agissant ainsi comme élément de rééquilibrage par rapport aux Etats-Unis" et que, d'un point de vue russe, "la PESD peut être interprétée comme un pas vers le multipolarisme". Même si la future Force de réaction rapide de l'UE est développée en coopération avec l'Alliance, "ce ne sera pas l'OTAN, ce qui, dans une perspective russe, est un avantage des plus significatifs", affirme l'auteur. Mme Wagnsson cite là l'ouvrage de David Gowan "How the EU can help Russia", publié par le Centre for European Reform de Londres, qui suggère que la Russie soit "intégrée dans la PESD, par exemple en offrant des moyens de soutien à une opération de gestion de crise dirigée par l'UE", comme par exemple un avion de transport ou des renseignements par satellite. Quant au désaccord entre l'Union et la Russie à propos de la Tchétchénie, elle prévoit que, quelle que soit la politique de l'UE, la Russie poursuivra sans doute une ligne dure à l'égard de cette république, et que, si cette ligne est sérieusement contestée, elle risque de "devenir de moins en moins transparente en ce qui concerne les développements dans la république".
La conclusion de Mme Wagnsson est qu'il deviendra peut-être de plus en plus difficile, pour les leaders russes, de "continuer à promouvoir leur propre version de la morale tout en plaidant en même temps pour des relations plus étroites avec l'Occident". Car, dit-elle, il n'est pas du tout clair que la Russie pourra développer "un partenariat stratégique fonctionnel avec une communauté occidentale qui approuve l'intervention militaire pour défendre les droits de l'homme", parce qu'en resserrant un tel partenariat elle acquiescerait justement au type "de code de conduite dans les affaires internationales qu'elle rejette".
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