Strasbourg, 02/05/2001 (Agence Europe) - Comme nous l'avons indiqué (voir EUROPE du 1er mai, p.5, et aussi du 27 avril, p.6), des étudiants venus de vingt pays d'Europe réunis à Strasbourg à l'initiative des Jeunes Européens Français ont adopté une "Charte européenne des droits et des devoirs de l'étudiant", et ont débattu de l'avenir de l'Europe avec le député européen Alain Lamassoure, rapporteur de la commission constitutionnelle du PE sur la répartition des compétences au sein de l'UE.
Pendant toute la journée de vendredi, environ 150 jeunes avaient répondu à un questionnaire sur un certain nombre de grandes options préparé par Alain Lamassoure, lors de travaux en commission auxquels M.Lamassoure a participé. Un orateur pour et un orateur contre se sont exprimés au sujet de chacune de ces options. Environ 300 étudiants ont participé au vote de samedi en plénière, et une quarantaine sont intervenus dans le débat- en particulier des Italiens, Allemands, Anglais, Néerlandais, Espagnols, Portugais, Grecs, des Français étudiants dans des universités étrangères et aussi des Slovènes, Polonais, Tchèques, Bulgares, Serbes. Voici le résultat du vote sur un certain nombre de questions clés:
référendum sur une Constitution européenne. Pour 41% des votants, les votes à l'issue d'une telle consultation devraient être additionnés dans l'ensemble de l'Union, une majorité globale des deux tiers entraînant l'application de la Constitution dans tous les pays, y compris ceux où le vote aurait été minoritaire. Pour 28% des votants, les votes doivent être recensés pays par pays, et la Constitution s'appliquerait seulement dans les pays où elle a obtenu la majorité. Pour 17% seulement, les votes doivent être recensés pays par pays, et le résultat négatif dans l'un d'eux bloquerait l'application dans tous les autres (comme ce fut le cas du Traité de Maastricht, après le "non" des Danois).
citoyenneté européenne (qui s'ajoute actuellement à la citoyenneté nationale et ne la remplace pas). A la question "considérez-vous que la citoyenneté pourrait être un attribut exclusif de l'Europe, chaque citoyen conservant sa nationalité d'origine" (exemple: citoyen européen de nationalité italienne), 81% des votants ont répondu oui et seulement 12% non, ce qui montre que ces jeunes ont un sentiment d'appartenance à une communauté européenne, sans avoir l'impression de renier leur patrie d'origine.
appellation pour l'Europe politique de demain: 66% des votants étaient pour les termes "Union européenne", comme aujourd'hui (ils plaisent particulièrement aux jeunes venus d'Europe de l'Est), 10% seulement pour l'appellation de "Communauté européenne", et également 10% pour celles d'"Etats-Unis d'Europe" et de "Fédération européenne".
reconnaissance officielle par l'Europe, si les Etats membres concernés le souhaitent, des régions (Länder, autonomies, etc.), qui régleraient directement leurs dossiers avec elle. 58% des votants étaient contre, 42% pour (deux Espagnols, un Madrilène et un Catalan, qui a défendu la position régionaliste, ont mené le débat sur cette question, qui jouera un rôle dans le débat sur la répartition des compétences: NDLR).
frontières de l'Europe. A la question de savoir si, "pour conserver une certaine homogénéité", l'Europe politique doit préciser quelles seront ses frontières géographiques ultimes , 67% des votants ont dit oui (un Grec est celui qui s'est montré le plus convaincant en faveur de cette thèse), alors que 33% ont estimé qu'il faut laisser ouverte la possibilité à des candidatures de pays d'Asie mineure, du Caucase, du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.
Europe sociale: 53% des votants ont estimé que les "grandes règles du travail doivent rester fixées au niveau national", 47% étaient pour une harmonisation (c'est la question qui a divisé le plus).
compétences sur des questions qu'on peut appeler "éthiques" (fécondation in vitro, avortement, euthanasie, recherche génétique, OGM, etc.). Pour 63% des votants, ces questions doivent être traitées au niveau de chaque Etat, pour 37% au niveau européen.
droit civil. En particulier, 51% de votants ont estimé que l'UE devrait offrir un "droit optionnel" à un "mariage européen", qui pourrait être choisi de préférence à un régime national.
langues de travail: pour 56% des votants, l'UE doit les limiter à une demi-douzaine, pour 30% il faut maintenir le régime actuel (toutes les langues nationales officielles doivent être des langues de travail), pour 14% il faudrait une langue de travail unique.
Selon Alain Lamassoure, ces résultats "confirment ce que disent les sondages "Eurobaromètres" depuis quelque temps. L'Europe souhaitée par l'opinion n'est plus la machinerie diplomatico-bureaucratique qui se complique à chaque nouveau traité. Les attentes des citoyens sont à la fois plus fortes et plus simples. S'il est correctement conduit, le grand débat public décidé à Nice peut révolutionner l'approche de la construction européenne en la faisant repartir sur des bases authentiquement populaires".