Dans l'histoire de l'humanité… M. Yves Lecocq, secrétaire général de la Fédération des associations de chasse et conservation de la faune sauvage de l'UE, n'est pas content. Il n'est pas content parce que j'ai inclus la chasse parmi les "formes de violence" qui ont accompagné l'histoire de l'humanité (voir cette rubrique dans notre bulletin du 20 avril). Or, je crois qu'il s'agit d'une équivoque. Au cours des millénaires, la chasse a longtemps été indispensable aussi bien pour des raisons alimentaires que pour la protection des regroupements humains, et elle impliquait une certaine forme d'agressivité à l'égard de plusieurs espèces animales. Toutefois, la chasse a été la première des différentes manifestations de l'agressivité humaine à laquelle la civilisation a imposé des règles rigoureuses de comportement, en introduisant le principe d'une compétition loyale avec les animaux poursuivis, et en s'efforçant d'éliminer toute forme de cruauté. J'en parle en profane, mais je n'ignore pas que beaucoup de chasseurs, loin d'être des brutes assoiffées de sang, entretiennent souvent avec les animaux des liens de respect et parfois d'affection, et en général aiment et protègent la nature.
L'homme n'a pas à être fier. La chasse n'était pas mon sujet ce jour où il était question de la nécessité que, dans une Europe sans guerres, l'agressivité contre l'ennemi -imposée aux jeunes au cours de l'histoire de la civilisation, mais souvent réglementée au cours des siècles, l'art en témoigne, à partir d'Homère jusqu'à "La grande illusion" de Jean Renoir, en passant par Arioste, Cervantès et bien d'autres- soit canalisée et sublimée grâce au sport. Si on voulait élargir le discours aux relations entre l'homme et l'animal, il y en aurait, des choses à dire, et pas toutes honorables pour l'humanité, loin de là. Certaines formes d'élevage et d'abattage, certains transports d'animaux vivants ou pratiques de vivisection et d'expérimentation animale sont incomparablement plus cruels que n'importe quel type de chasse, toujours réglementée et soumise à des règles sévères. La vue, ces dernières semaines, des montagnes de carcasses d'animaux détruits dans le contexte de la lutte contre l'ESB et contre l'épizootie de fièvre aphteuse soulevait bien des questions, par exemple sur la validité des raisons (purement économiques) qui ont amené les autorités européennes à écarter, depuis plusieurs années, la formule de la vaccination. Pourquoi, en définitive, cette rubrique s'est-elle tue à propos de ces carnages? Pour une raison très simple: les animaux en question étaient de toute manière destinés en bonne partie à la grande tuerie, soit à être abattus, soit à être égorgés (pour les consommateurs musulmans). Notre civilisation protège à juste titre les espèces sauvages, mais dès que le nombre d'individus d'une espèce dépasse un niveau donné, les autorités sont obligées d'autoriser l'élimination du surplus. Dans la nature elle-même, pour chaque espèce animale, au-delà d'une certaine densité, se posent des problèmes d'habitat, de nourriture disponible et de santé. Même les pigeons de nos places et de nos villes doivent être maintenus en dessous d'un certain nombre. La nature a toujours connu des mécanismes de régulation, cruels parfois. Aujourd'hui, il faut bien reconnaître que la rupture de l'équilibre écologique est provoquée essentiellement par l'homme.
Le moment est peut-être venu pour une réflexion objective sur les relations à établir entre l'homme et l'animal, en dépassant l'ignorance et la démagogie, ainsi que les réactions émotives et donc superficielles qui caractérisent trop souvent les prises de position que nous connaissons actuellement. C'est une tâche difficile et délicate, car l'homme devrait prendre conscience du fait que la spécificité de son évolution au cours des millénaires, par rapport aux autres représentants du règne animal, ne lui donne pas tous les droits. (F.R.)