Bruxelles, 07/02/2001 (Agence Europe) - La Commission européenne a adopté le 7 février son rapport de synthèse "Réaliser le potentiel de l'Union européenne: consolider et élargir la stratégie de Lisbonne", qui constitue sa contribution au Conseil européen de Stockholm des 23 et 24 mars. En le présentant à la presse, le président Romano Prodi a souligné que la Commission entend continuer à jouer dans ce processus un "rôle d'entraînement", comme depuis le sommet qui, a-t-il dit, nous a donné "une méthode de travail et la vision finale", et qui "est en train de changer notre économie et notre agenda social". En un an, depuis Lisbonne, la Commission a présenté 40 initiatives politiques et législatives, a dit M. Prodi, qui a relevé les succès obtenus notamment dans la libéralisation des télécommunications, le commerce électronique, le statut de la société européenne (après trente ans!), la stratégie contre l'exclusion sociale et pour l'égalité des chances. Mais nous avons eu aussi une série de déceptions, car certains pays ont "freiné ou fait de l'obstruction" sur certains points spécifiques, a-t-il reconnu, et, "sans vouloir accuser" personne, il a cité la libéralisation des marchés du gaz et de l'électricité, les services postaux, les marchés publics, le brevet communautaire (d'une "importance dramatique"), le système de navigation satellitaire Galileo. La force économique de l'Europe ne doit pas nous "faire reposer sur nos lauriers", a dit M. Prodi. Et il a ainsi synthétisé dix domaines où, selon la Commission, le Conseil européen de Stockholm devrait prendre des décisions:
1. - emploi. Le sommet de Stockholm, a dit M. Prodi, doit viser: (a) davantage d'emplois, et de meilleurs emplois. M. Prodi a noté qu'en trois ans ont été crées dans l'UE 2,5 millions de nouveaux emplois (alors qu'il y a toujours 14 millions de chômeurs) et que l'objectif du plein emploi en 2010 "peut très bien être tenu": "il n'est plus une utopie", et il pourrait même être atteint avant, si le rythme actuel se maintient, a-t-il estimé. Autre objectif, pour 2005, un taux d'emploi global de 65% et de 57% pour les femmes; (b) de nouveaux marchés européens de l'emploi, ouverts à tous, femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, ce qui exigera (et "c'est un bout de grande révolution") en particulier la pleine reconnaissance des qualifications et la "transférabilité" ou "portabilité" des retraites. Cela signifie-t-il qu'il y aura un numéro uniformisé de sécurité sociale dans toute l'UE? Soyez tranquilles, il n'y aura rien de cela, il s'agit simplement de "por-ta-bi-li-té", a scandé M. Prodi.
2. - les réformes économiques et, en particulier: (a) des réformes en matière de biens et services, ce qui signifie qu'il faudra fixer une série de priorités claires et des échanges précises. M. Prodi a cité la libéralisation de l'électricité en 2003, du gaz en 2004, le Ciel unique en 2003, Galileo (plus tard dans la décennie, dit le rapport de la Commission); (b) des marchés financiers intégrés, d'autant plus nécessaires avec l'arrivée de l'euro. Les propositions du Groupe des sages dirigé par M. Lamfalussy doivent être approuvées, a dit M. Prodi. Et, interrogé sur les difficultés que pose au Parlement européen le rapport qu'Alexandre Lamfalussy doit adresser au Conseil européen de Stockholm, M. Prodi a affirmé que c'est le "devoir de la Commission de défendre ce rapport, qu'il a "beaucoup admiré " pour sa "nature concrète, mais aussi pour sa "prudence" et son "bon sens"; (c) le bon environnement réglementaire (le rapport de synthèse de la Commission indique que celle-ci présentera d'ici la fin de l'année une stratégie coordonnée pour simplifier cet environnement).
3. - la recherche et l'innovation dans la société de la connaissance. Là M. Prodi a évoqué en particulier: (a) le plan d'action "eEurope "à réaliser en 2002; (b) la nécessité de dépasser l'écart des qualifications technologiques en matière d'informatique par rapport aux Etats-Unis. Dans ce contexte, M. Prodi a évoqué la nécessité, en particulier, de l'immigration de main-d'oeuvre qualifiée. Nous avons besoin, selon des estimations pas trop affinées, d'environ 1,6 million de spécialistes de niveau élevé", a-t-il dit, tout en notant que ce type d'immigration ne devrait pas créer des problèmes économiques et sociaux dans l'UE (il a cité l'expérience de la green card accordée l'année dernière en Allemagne); (c) la recherche, en rappelant en particulier que le 6ème Programme de R&D sera prêt à la fin du mois, ou au plus tard début mars; (d) la nouvelle vague technologique (le rapport de la Commission évoque en particulier la biotechnologie).
Le rapport cite aussi une protection sociale efficace pour une population vieillissante, que M. Prodi n'a pas évoquée dans sa conférence de presse.
En répondant à des questions sur l'élargissement, M. Prodi a dit en particulier que les pays candidats devront rejoindre le processus de Lisbonne, mais que ceci ne signifie nullement leur poser de nouvelles conditions. Quant à la possibilité d'un important afflux de travailleurs des pays candidats dans l'UE, il a noté que la tendance à émigrer tend à baisser lorsqu'un pays moins prospère entre dans un "processus d'espoir collectif" comme celui offert par l'adhésion à l'UE.