Traduire Sénèque (suite et fin). La traduction de la maxime de Sénèque "ignoranti quem portum petat, nullus ventus suus est" continue à passionner un certain nombre de lecteurs. M.Gérard Bokanowski, directeur dans la direction générale de la traduction et des services généraux du Parlement européen, suggère: "pour qui ne sait quel port gagner, point de vent favorable" , en soulignant qu'ainsi le texte français n'a que onze mots (face aux huit du latin). C'est remarquable. Et M. Ramón Puig de la Bellacasa a même établi en espagnol un projet ayant le même nombre de mots que le latin: "Ningún viento aprovecha a quien ignora su rumbo". Mais dans un cas comme dans l'autre, une fois de plus, une nuance se perd: dans le texte de Sénèque, il n'est pas seulement question d'ignorer où l'on va, mais aussi de refuser de se donner un objectif. A la lettre: pour celui qui ignore quel port il recherche …(petat).
Je réaffirme donc la solution qui a ma préférence: bien comprendre la signification de la maxime, mot à mot, et ensuite…revenir au texte latin, qui en tout état de cause sera toujours le meilleur.
La phrase du jour. " G… dit si souvent le contraire de ce qu'il pense que cela lui fait attraper de jolies choses." (Rivarol, "Carnets")