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Bulletin Quotidien Europe N° 7882
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Le scénario de l'après-Nice se précise, dans le sens souhaitable - Idées du Premier ministre finlandais sur la méthodologie

Profiter au maximum de la relance du "grand débat". Le scénario de l'après-Nice se précise dans le sens souhaitable. Schématisons rapidement l'attitude prise dans cette rubrique après le Sommet: la réforme institutionnelle de Nice est minable (nulle pour la Commission européenne future, un pas en arrière pour le fonctionnement du Conseil), mais les résultats de Nice dans leur ensemble rendent politiquement possible la relance des négociations d'adhésion et comportent de nombreux éléments positifs dans les domaines autres que la pseudo-réforme institutionnelle. La tactique à suivre devrait donc comporter deux éléments essentiels: a) acceptation résignée des conclusions de Nice, pour éviter une crise grave et le blocage des nouvelles adhésions; b) action rapide, efficace, je dirais presque obsédante, pour concrétiser l'après Nice, en se fondant pour démarrer sur les procédures dont le Sommet lui-même a décidé. Profitons au maximum du fait que le débat sur les objectifs de l'intégration européenne est maintenant officiellement relancé, après des années de silence, de refus même d'en discuter!

Eviter le débat sur les mots creux ou qui prêtent à équivoque. Cette orientation avait déjà été esquissée par le président de la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen, Giorgio Napolitano (voir notre bulletin du 10 janvier, p.4). Pendant le week-end, le PPE s'est orienté clairement dans le même sens (voir EUROPE d'hier, p.3 et suivantes) et la présidente du Parlement a annoncé la création d'une plate-forme permanente du Parlement pour la réflexion sur l'après-Nice. Le Parlement européen devrait donc, dans sa prise de position de mars, mettre en lumière les lacunes des textes de Nice et les erreurs d'orientation de la plupart des chefs de gouvernement (qui ont créé des contradictions artificielles entre intérêts nationaux et intérêt européen), sans inviter les Parlements nationaux des Etats membres à rejeter ce Traité mais en les incitant à s'impliquer activement dans la préparation de l'après-Nice. Et, dans ce contexte, les questions de fond doivent être posées; pas tellement, à notre avis, à propos des mots souvent creux et sources de malentendus tels que "fédéralisme" et "constitution", mais à propos des contenus: un continent vraiment uni, régi par la "méthode communautaire" et non par des directoires, en mesure d'agir, de faire entendre sa voix dans le monde, et de défendre ses valeurs.

En Europe du Nord, il n'y a pas que les eurosceptiques. Ce n'est pas par hasard que nous avons ressorti le discours du Premier ministre belge qui datait de septembre dernier, mais parce que Guy Verhofstadt préparera dans le second semestre de l'année le "grand débat" et présidera en décembre le Sommet de Laeken qui en organisera les travaux. Il était donc important de connaître sa "vision de l'Europe" (voir notre bulletin d'hier, pp.16/17). Elle a sans doute fait sursauter un certain nombre de responsables politiques dans pas mal de capitales (à Copenhague, à Stockholm et à Londres, mais aussi ailleurs, n'est-ce pas?) tant elle opte sans ambages en faveur d'une Europe solidement intégrée, "ayant son mot à dire et pouvant le faire valoir", ayant sa politique étrangère et de défense et suivant l'approche communautaire. Mais, dans d'autres capitales, on se réjouira sans doute des nouvelles perspectives ouvertes; et non seulement chez quelques "anciens" de la CEE. Dans l'Europe du Nord, il n'y a pas que les eurosceptiques; il y aussi la Finlande, dont le Premier ministre M. Paavo Lipponen avait exposé lui aussi sa "vision de l'Europe" pas plus tard que le 20 novembre dernier (devant le Collège d'Europe à Bruges).

Tout en se félicitant de la relance du débat sur l'avenir de l'Europe, M. Lipponen avait exprimé l'intention de sortir ce débat des abstractions et de lui donner "une tonalité plus réaliste", en indiquant ses vues sur les "changements radicaux" qu'il faudra introduire dans la manière de gérer l'Europe. Il a pris explicitement position pour: la "méthode communautaire", qui implique une Commission européenne "forte et indépendante", un Conseil "efficace", un Parlement "responsable". La méthode communautaire devrait "être à la base de toutes les actions futures de l'Union", car la méthode intergouvernementale "est souvent inefficace, manque de transparence et donne une position dominante à certains Etats membres". M.Lipponen estime que le Conseil européen peut valablement s'insérer dans cette orientation, en rappelant le rôle qu'il a joué dans la naissance de l'euro et pour le passage de "notre vieux continent dans la nouvelle économie" (programme de Lisbonne). Lorsqu'il s'exprimait, M. Lipponen ne pouvait pas deviner comment se serait déroulé le Sommet de Nice; mais il misait sur "un certain nombre de chefs déterminés à s'engager systématiquement pour promouvoir une intégration européenne à la fois équilibrée et ambitieuse".

L'apport le plus original. L'apport le plus original de M.Lipponen à la réflexion en cours réside toutefois dans les suggestions visant la participation des opinions publiques aux nouveaux développements de l'intégration européenne, ce qui implique de modifier les méthodes de travail, en dépassant la formule de la CIG classique, idée désormais largement partagée et que le Premier ministre a précisée (voir infra ce que M. Lipponen a dit à ce sujet).

On attend maintenant de connaître ce que dira le Parlement en mars prochain, en se prononçant sur le Traité de Nice et sur l'après-Nice, et ce que dira la Commission dans son document sur la "gouvernance" et ensuite, de manière plus spécifique, sur la préparation du "large débat" à laquelle les chefs de gouvernement l'ont associée. (F.R.)

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