Bruxelles/Lisbonne/Rome, 04/01/2001 (Agence Europe) - Les élus européens de la Liste Bonino ont posé au Haut Représentant pour la Pesc Javier Solana le problème de la mort par leucémie ou cancer de plusieurs militaires européens qui ont servi en ex-Yougoslavie au cours des dernières années, décès qui auraient pu être provoqués par l'utilisation d'armements contenant de l'uranium appauvri dans les opérations menées par l'Otan dans les Balkans.
Le ministre belge de la Défense André Flahaut avait demandé déjà à la fin de l'année dernière à son homologue suédois d'aborder ce problème, qui touche en particulier des militaires belges, italiens et néerlandais, et qui a déclenché ces dernières semaines une série de contrôles plus stricts auprès des militaires allemands, espagnols et portugais (voir EUROPE du 30 décembre, p.4). Mardi soir, le ministre portugais de la Défense, Julio Castro Caldas, a indiqué qu'il avait proposé une réunion entre pays de l'Otan pour échanger des informations sur cette affaire et mercredi, lors d'une conférence de presse commune à Lisbonne, les ministres des Affaires étrangères belge Louis Michel et portugais Jaime Gama ont appuyé l'initiative. Le premier ministre italien Giuliano Amato, dans une interview à La Repubblica, a indiqué pour sa part qu'il avait invité le ministre des Affaires étrangères Lamberto Dini à demander à l'Otan de procéder à toutes les "vérifications" nécessaires, et le même jour, dans la soirée, la Farnesina annonçait que le Comité politique de l'Otan aborderait le problème dès la semaine prochaine, le mardi 9 janvier, et le Conseil de l'Atlantique Nord le mercredi 10 janvier. A l'Otan, les autorités militaires de l'Alliance affirmaient que les risques pour la santé entraînés par la présence d'uranium dans les armements utilisés dans ses opérations étaient pratiquement nuls.
Les radicaux italiens du PE, "sans vouloir nullement mettre en question la nécessité de l'intervention au Kosovo", demandent à Javier Solana s'il peut donner des explications "sur les raisons qui ont incité des forces armées de pays membres de l'Union à recourir à des armements contenant de l'uranium appauvri". Le Conseil de l'UE et le Haut Représentant pour la Politique étrangère et de sécurité commune n'estiment-ils pas, disent les députés européens, qu'il faudrait au contraire lancer immédiatement un moratoire sur l'utilisation d'armements contenant de l'uranium appauvri, face à "un si fort soupçon sur un lien de cause à effet entre la diffusion des maladies citées et le recours à de tels armements ?" (Cette question pourrait être ajoutée à l'ordre du jour de la session du PE du 15 janvier).
La Commission européenne partage les préoccupations des Etats membres concernés et est en contact avec eux, a dit jeudi le porte-parole de la Commission en répondant aux questions de la presse. La Commission examine les moyens dont elle dispose pour contribuer à éclaircir le plus rapidement possible cette affaire, a-t-il ajouté, en notant qu'un instrument pour le faire pourrait être la directive Euratom sur les normes fondamentales de protection contre les radiations (le problème se pose cependant de l'application de la directive sur un territoire extérieur à l'UE- en l'occurrence, la Bosnie et le Kosovo).
L'agence Ansa indique par ailleurs que Romano Prodi a dit, lors de l'émission à la radio "radioanch'io", que, comme président de la Commission, il allait proposer de prendre immédiatement contact avec les gouvernements de Bosnie et de Serbie "afin de parler avec eux de la pollution et des problèmes liés à l'uranium appauvri". La responsabilité envers les Balkans "est la nôtre, elle est européenne", et non pas celle des Etats-Unis, a-t-il ajouté. Et il a estimé que "s'il y a un risque, même moindre, de telles armes doivent être abolies".