Séoul, 19/10/2000 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères européens et asiatiques ont mis la dernière main mercredi à Séoul aux trois textes qui seront soumis pour adoption au troisième sommet Asem de ces 20 et 21 octobre: les conclusions de la Présidence, une déclaration sur le rapprochement des deux Corée et un "cadre de coopération" pour le futur. Ils ont également précisé quels seront les 16 projets adoptés par les chefs d'Etat (voir EUROPE du 18 octobre, pages 11 et 12, pour la présentation du sommet).
Quatre points, essentiellement, faisaient encore l'objet de divergences, et ils ont été clarifiés par les ministres:
- l'élargissement de l'Asem à de nouveaux pays. L'UE aurait souhaité un texte assez large pour ne pas exclure l'adhésion de nouveaux pays asiatiques, notamment de l'Inde, au dialogue Asem, et pour permettre l'inclusion automatique des pays d'Europe de l'Est après leur adhésion à l'UE. L'"Asem n'est pas la somme totale de nos relations avec l'Asie. Il y a des pays importants, avec des démocraties et des économies florissantes - je pense à l'Inde surtout- qui ne font pas partie du dialogue", avait déclaré le commissaire européen aux relations extérieures Chris Patten, lors d'une conférence à Hong-Kong mardi. "Nous espérons que le processus Asem restera un processus ouvert et évolutif, afin que de nouveaux partenaires puissent encore monter à bord", avait-il ajouté. Sur l'insistance de la Malaisie surtout, qui ne souhaite pas l'adhésion de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande (elle ne les considère pas comme des pays "asiatiques"), la déclaration finale et le programme cadre de coopération se borneront à réitérer le système de double clef définie lors du sommet Asem II de Londres en 1998: les deux groupes décideront chacun de leur côté les candidats admissibles pour leur région, avant de les proposer pour approbation par l'ensemble des pays Asem.
- les références aux droits de l'homme. Après avoir marqué de fortes réticences vis-à-vis de telles références, la Chine a accepté un compromis, sans doute pour éviter un blocage lors de sa présidence des réunions Asem en 2001, note un diplomate européen. La déclaration finale devrait donc stipuler que "les chefs d'Etat se sont engagés à promouvoir et protéger les droits de l'homme, y compris le droit au développement, et les droits fondamentaux, en gardant à l'esprit leur caractère universel, indivisible et interdépendant, tel qu'il l'a été affirmé lors de la Conférence mondiale de Vienne sur les droits de l'homme". La question des droits de l'homme "est débattue de manière beaucoup plus libre maintenant qu'aux débuts de nos relations", a noté devant la presse le commissaire Patten. "L'intention de l'UE n'est pas de prêcher la bonne parole, comme si elle avait le monopole de la vertu. L'histoire des siècles passés et du XXième siècle montre le contraire. Mais nous pensons que les droits de l'homme sont universels", a-t-il précisé. En outre, "si nous voulons une relation plus poussée comme le demandent les pays d'Asie, nous ne pouvons exclure aucun sujet de dialogue, qu'il s'agisse des droits de l'homme, de la démocratie ou de la bonne gouvernance".
Le texte tel qu'il va être approuvé par le sommet n'est pas suffisant, mais il a le mérite d'exister, alors qu'auparavant on ne pouvait même pas en parler, a observé un diplomate.
- l'engagement en faveur du lancement rapide d'un nouveau round à l'Organisation mondiale du commerce. Pour la première fois depuis que l'Asem existe, les Européens ont obtenu que les chefs d'Etat s'engagent à "intensifier leurs efforts avec les autres membres de l'OMC pour lancer un nouveau round le plutôt possible" et pour qu'ils reconnaissent que des résultats plus équilibrés seraient obtenus dans les domaines du "built-in-agenda" si les négociations étaient conduites dans le cadre d'un nouveau round global. En revanche, la déclaration finale ne comportera pas l'engagement de lancer ce round "cette année". "Un tel objectif n'aurait pas été réaliste", a estimé le président de la réunion des représentants de haut niveau, chargé de la coordination de l'Asem, Choi Young-Jing. "Le compromis est satisfaisant", a indiqué un diplomate.
- la référence aux armes nucléaires dans la déclaration sur la Corée. L'Union européenne et le Japon auraient souhaité que la "déclaration de Séoul" sur la Corée réaffirme la volonté des chefs d'Etat Asem de contribuer à la "réduction de la menace que constitue la prolifération des armes de destruction massive". La Déclaration, en revanche, devrait se borner à signaler la volonté des membres de l'Asem de contribuer à l'adoption de mesures de confiance et à "la promotion de la paix et de la sécurité dans la péninsule coréenne et dans la région". "Il est plus facile d'enlever les armes de destruction massive d'une déclaration que de leur bunker. Ce qui compte pour l'UE, c'est de les enlever de leur bunker et de promouvoir la stabilité", a remarqué le commissaire Patten devant la presse.
"Pour quelle raison les chefs d'Etat européens se déplacent-ils en Asie alors qu'ils ont d'autres préoccupations à leur porte ?", a lancé le commissaire Patten en parlant à la presse. "Du point de vue politique, ils le font parce que nous avons des préoccupations communes: l'immigration illégale, le crime organisé, le blanchiment d'argent, le trafic de femmes et d'enfants. Nous avons également la volonté d'intervenir lors de crises humanitaires, comme au Timor", a-t-il précisé. Et il a ajouté: "Du point de vue économique, en 1998, l'Asie représentait, 24 % du commerce extérieur européen, davantage que les pays méditerranéens, latino-américains, africains et de l'ancienne Union soviétique mis ensemble. Et, malgré la crise asiatique, l'investissement européen en Asie a continué de progresser: 7,8 milliards ont été investis en 1998 dans les pays de l'Asem, soit une croissance de 13 %." Pour Chris Patten, c'est là la preuve que l'UE a tenu sa promesse de ne pas fermer ses frontières commerciales, promesse faite lors du sommet Asem II à Londres. "Nous avons joué notre rôle dans la reprise économique en Asie. Le retour du dynamisme économique de l'Asie est bienvenu, même s'il reste encore beaucoup à faire", a-t-il dit.
"Lorsque le processus Asem a commencé, personne ne pensait que nous pourrions rivaliser avec les relations Asie/Etats-Unis. Aujourd'hui, le sommet Asem III montre la richesse de nos relations ", a remarqué Chris Patten. "Notre agenda inclut notamment la possibilité de discussions sur l'OMC, l'information et la globalisation, la prévention des crises, l'approvisionnement stable en énergie, la coopération dans le domaine des affaires, les sciences et technologies", avait souligné le commissaire lors de son passage à Hong-Kong.
M. Patten a indiqué en outre que les Européens devraient confirmer lors du Sommet leur volonté de renflouer l'Asem Trust Fund mis en place en 1998 sous l'égide de la Banque mondiale pour soutenir les réformes des services financiers et des systèmes sociaux. "La Commission est prête et désireuse d'apporter une contribution substantielle et nous espérons que les autres donateurs en feront autant", a-t-il indiqué. Les ministres Asem devraient, lorsqu'ils se réuniront au début de 2001 à Tokyo, préciser les engagements des membres Asem à l'égard de ce Fonds. Rappelons que le premier Asem Trust Fund disposait de 40 millions d'euros, dont 15 apportés par la Commission européenne.