Bruxelles, 10/10/2000 (Agence Europe) - L'Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE a consacré sa matinée de mardi à l'examen du rapport de M. Abednego Seisa Nqojane (Lesotho) sur le partenariat ACP-UE et les défis de la mondialisation. Ce rapport, qui sera soumis au vote de l'Assemblée ce mercredi soir, affirme notamment que l'échec de la conférence de Seattle constitue un signal fort incitant à mettre fin aux négociations relatives à la libéralisation des échanges et à entamer une réforme en profondeur des règles de l'OMC, afin d'assurer une plus grande équité entre partenaires inégaux et de tenir compte des incidences potentielles sur les groupes vulnérables". Le rapport "rejette toute tentative d'ignorer la mobilisation publique et de reprendre le cours habituel des choses".
Présentant son rapport, M. Nqojane a souligné le caractère déséquilibré du processus de mondialisation qui, offre certes dans quelques cas la possibilité à des pays de rattraper certains retards grâce au développement rapide de l'utilisation des nouvelles technologies de l'information, mais risque le plus souvent d'accroître encore un peu plus la marginalisation des pays en voie de développement. Dans ce contexte, il a notamment souligné l'existence d'une sorte d'apartheid technologique par le biais duquel les pays développés accaparent le savoir-faire technologique et les connaissances scientifiques. Il a plaidé pour une réduction des écarts mondiaux par le renforcement de la solidarité internationale et des alliances locales.
Le conservateur suédois Anders Wijkman s'est refusé à tout manichéisme. Même s'il reconnaît qu'il peut y avoir des problèmes, notamment en ce qui concerne les transferts de technologies, il estime que la globalisation offre de nombreuses possibilités. Il s'est prononcé pour la libéralisation des marchés et un renforcement de la coopération entre les Etats. Le député de la République du Congo, Jacques Bombete, a exprimé son scepticisme face à la mise en oeuvre l'Accord de Cotonou et la réponse qu'elle peut apporter aux défis de la mondialisation. Affirmant que "la coopération sous-régionale est freinée par l'attitude de certains pays du Nord qui attisent les conflits, arment et financent les rébellions", il a demandé à l'UE de soutenir l'intégration régionale des pays ACP et d'orienter son aide au développement notamment vers le soutien aux infrastructures, le développement des capacités scientifiques et technologiques ainsi que vers la constitution d'un cadre macro-économique stable. La travailliste britannique Glenys Kinnock a dit que "la libéralisation ne peut pas être une fin en soi" et que "la mondialisation doit se fonder sur la justice sociale" et "ne pas exclure la moitié de l'humanité". Soulignant qu'un agriculteur américain touche 20 000 dollars de subventions par an alors qu'un agriculteur africain doit vivre avec un revenu qui n'excède pas 200 dollars par an, elle a souhaité des modifications des accords de l'OMC pour permettre une aide aux secteurs agricoles des pays ACP. Elle a aussi insisté pour que des mesures soient prises afin de leur garantir un meilleur accès aux médicaments. Le député du Ghana, Emmanuel Baah-Danquah, a souligné les grandes difficultés de la plupart des pays ACP pour accéder aux avancées technologiques. Le libéral néerlandais Bob van den Bos a plaidé pour l'allègement de la dette, la libéralisation du marché agricole et la suppression des subventions communautaires pour les exportations agricoles ainsi que pour une meilleure implication des pays en voie de développement dans le fonctionnement de l'OMC. Le député sud-africain M. Davies a dit que le rapport de M. Nqojane est l'un des meilleurs qui lui ait été donné de lire. Soulignant que l'île de Manhattan compte plus de lignes téléphoniques que tout le continent africain, il a insisté sur la nécessité d'accroître rapidement les transferts de technologies et de capitaux si l'on ne veut pas que la mondialisation ne creuse encore plus le fossé entre les plus riches et les plus pauvres. Le conservateur britannique Bashir Khanbhai a dit que sans transfert de technologies et sans investissements étrangers directs dans l'industrie de transformation, les pays ACP n'ont aucune chance de développer leurs exportations. Rappelant les mesures prises en son temps pour l'adhésion de l'Espagne et du Portugal ou actuellement pour préparer les nouveaux pays candidats, il a souhaité que l'UE adopte une stratégie identique pour les pays ACP afin de leur permettre réellement de faire partie un jour du marché mondial. Le député de Madagascar, Auguste Paraina, a dit que si la mondialisation transforme la planète en village, elle devrait aussi garantir la libre circulation des personnes. Or les pays riches ne veulent pas ouvrir leurs frontières aux êtres humains. "S'ils sont si réticents, c'est parce qu'ils ne croient pas eux-mêmes au bonheur pour tous qu'ils prétendent assurer avec la mondialisation", a-t-il affirmé en rappelant que c'est d'abord le fossé qui sépare les pays pauvres des pays riches qui suscite l'immigration.
"Je partage certaines de vos préoccupations mais pas les conclusions" qui se trouvent dans votre rapport, a dit le commissaire Pascal Lamy avant de plaider pour la mondialisation et la reprise des négociations à l'OMC, y compris sur les nouveaux sujets liés à l'environnement, la santé et la réglementation sociale, même s'il subsiste des "malentendus". Evoquant une "libéralisation bénéfique", il a dit que les pays en voie de développement doivent ouvrir leurs marchés. Les droits de douanes sont d'abord un impôt pesant sur les consommateurs; en outre, un "impôt très élevé crée de la fraude et de la corruption". A son avis, une aide des institutions financières internationales doit pouvoir être envisagée pour compenser une éventuelle perte effective de recettes budgétaires provoquée par la réduction des droits de douane. M. Lamy a rappelé que la Commission a proposé un libre accès au marché communautaire pour tous les produits des 48 pays les moins avancés en espérant que cette initiative sera suivie par d'autres pays développés. Il a reconnu la nécessité d'introduire une certaine flexibilité en matière de propriété intellectuelle, pour favoriser l'accès des pays en développement aux médicaments. Il a rappelé que la Commission réfléchit actuellement à une initiative ("e-développement") permettant de réduire "la fracture numérique" et d'éviter une nouvelle marginalisation des pays les plus pauvres. M. Lamy a aussi reconnu la nécessité de réorienter une partie de l'aide communautaire pour apporter une assistance technique à l'exportation. "L'intégration économique régionale est indispensable" pour assurer à l'avenir des marchés de l'ordre d'au moins 100 millions de consommateurs, a déclaré M. Lamy en estimant que l'UE pourra favoriser cette intégration régionale par le système de règles d'origine. Le Commissaire a aussi défendu la nouvelle proposition de la Commission concernant le système d'importation de bananes, fondé sur la règle du "premier arrivé, premier servi" et le remplacement en 2006 des contingents par un système exclusivement tarifaire. Il s'est félicité que le Conseil ait accueilli favorablement cette proposition et donné mandat à la Commission pour la négociation tarifaire (voir autre nouvelle en p.8). Il a estimé que la nouvelle protection de 300 euros offerte aux bananes ACP garantit l'accès au marché communautaire pour les bananes de la Caraïbe, malgré leur prix plus élevé par rapport à celles d'Amérique latine.