Bruxelles, 08/06/2000 (Agence Europe) - Le Mouvement européen organise un séminaire à Porto, les 17 et 18 juin (avant le Conseil européen), au cours duquel il poursuivra sa réflexion sur cinq grands sujets: - la Charte des droits fondamentaux; - la Conférence intergouvernementale (CIG); - le futur institutionnel de l'UE et le discours de M. Fischer; - la Politique étrangère et de sécurité commune; - l'élargissement. Des projets de rapports seront examinés et de premières propositions concernant la politique étrangère, le "gouvernement économique" et la future Charte pourraient sortir de cette réunion.
Lors d'une rencontre avec la presse, le président José Maria Gil-Robles est longuement revenu sur les idées du ministre allemand des Affaires étrangères. "Face à la vision du président Clinton qui propose une grande Europe avec des liens distendus, les propositions de Joschka Fischer veulent éviter la dilution de l'Union européenne", a dit M. Gil-Robles, en estimant que les coopérations renforcées ne sont pas "la solution idéale" mais constituent la seule possibilité actuelle pour avancer sur la voie de l'intégration. En notant qu'elles ne devraient pas entraîner de discrimination à l'égard des pays candidats, M. Gil-Robles a indiqué deux conditions essentielles qui doivent impérativement être remplies: (1) les coopérations renforcées ne doivent pas créer des sous-ensembles multiples dans une sorte d'Europe à la carte mais réunir dans un même noyau ceux qui veulent avancer ensemble; (2) la participation du Parlement européen doit être assurée: le PE devrait, selon lui, disposer d'un droit d'avis conforme afin que le système ne contribue pas à renforcer le déficit démocratique.
Interrogé sur les réticences de certains Etats membres, M. Gil-Robles il a dit que "le gouvernement espagnol évolue vers une position plus souple" et que "traditionnellement, le Royaume-Uni ne peut pas arrêter seul les développements de l'Union". En outre, les récents développements montrent que le couple franco-allemand a compris que la CIG doit être plus ambitieuse et ne pas se limiter aux seuls reliquats d'Amsterdam, a dit M. Gil-Robles, en ajoutant: "L'axe franco-allemand est irremplaçable parce qu'il est au centre de la construction européenne. Un axe hispano-britannique ne peut fonctionner que s'il propose d'avancer et non pas s'il constitue un frein au développement de l'Union. C'est bien qu'il s'occupe de sujets aussi importants que la lutte contre le terrorisme, les nouvelles technologies et la coopération judiciaire, mais ce n'est pas suffisant pour faire avancer l'Europe".
Le président du Mouvement européen s'est déclaré opposé à une éventuelle "dissolution automatique" du Parlement européen en cas de censure de la Commission, mais n'exclut cependant pas l'introduction d'un mécanisme qui permettrait au Conseil, avec une majorité suffisante, de dissoudre le Parlement. Il a par ailleurs estimé qu'une "Commission qui n'assure pas de leadership et se contente de suivre la ligne du Conseil risque une nouvelle censure d'ici deux ans". En ce qui concerne l'ajout d'une nouvelle chambre parlementaire européenne (suggéré par M. Fischer), M. Gil-Robles relève que les procédures communautaires sont déjà trop complexes pour qu'on leur ajoute encore des rouages. "Avec le Conseil, il y a déjà deux chambres", constate-t-il, en estimant qu'une autre formule ne marcherait pas. Et de proposer un renforcement de la coopération entre le Parlement européen et les parlements nationaux: selon lui, cela pourrait passer par l'attribution de fonctions précises à la Cosac et par la voie d'une Convention du même type que celle qui rédige actuellement le projet de Charte des droits fondamentaux, qui serait réunie pour discuter des grands chantiers. La formule des assises des Parlements de l'Union pourrait aussi être utilisée, mais plutôt pour donner de grandes impulsions politiques et à condition d'avoir été bien préparée: de telles assises pourraient être utiles à l'automne, sur la CIG? s'est-il demandé.
M. Gil-Robles a aussi indiqué qu'il a l'intention de proposer au Mouvement européen de demander aux chefs d'Etat et de gouvernement d'avancer l'introduction de l'euro, ne serait-ce que de trois mois. Il s'agit pour lui de donner ainsi un signal politique fort et de réduire le risque d'une nouvelle crise; selon lui, le risque de crise sera automatiquement atténué si "les gens ont l'argent en poche" et si la monnaie unique n'apparaît plus comme "un jeu de banquiers".