Porto, 16/05/2000 (Agence Europe) - Cette réunion sera la dernière réunion ministérielle du Conseil de l'Union de l'Europe Occidentale à se dérouler "dans cette forme"; et à l'avenir, le format sera "plus léger". Par cette simple phrase, prononcée devant la presse, le président du Conseil Jaime Gama a confirmé le sentiment suscité par la teneur des interventions de nombreuses délégations, lundi à Porto, d'une accélération du transfert de la plupart des fonctions de l'UEO à l'Union européenne. Je ne peux pas faire de "prévisions" sur le moment où l'UEO se transformera, mais si cela ne dépendait que de moi, "cela serait sur une période brève", a répondu Jaime Gama aux journalistes qui sollicitaient des indications sur des dates. En même temps, le ministre portugais des Affaires étrangères a reconnu que "en tant qu'institution, en tant que traité, oui", l'UEO aura encore des raisons d'exister, parce que les fonctions transférées à l'UE concernent exclusivement la gestion des crises, et non pas la défense collective (même si, a-t-il remarqué, la clause du traité de l'UEO en cette matière est "plus symbolique qu'effective", car dans un certain sens l'Union de l'Europe Occidentale a transféré cette fonction à l'Otan, puisqu'elle n'a pas créé de structure militaire intégrée propre). La prochaine présidence réorganisera certainement les sessions du Conseil de l'UEO, elle les rendra "plus légères", a répété M.Gama, en anticipant sur les intentions de la Présidence française. Nous sommes en train de travailler dans la bonne direction, en surveillant de près une transition qui devra nous conduire non pas à moins de sécurité, mais à davantage de sécurité, a-t-il dit, en signalant en particulier que le Conseil de l'UEO avait décidé, à Porto, de transférer à l'UE "des procédures et concepts de gestion de crises qui, dorénavant, appartiendront à l'Union en tant que telle". Sur le plan opérationnel, l'Audit réalisé pour l'UEO sur les capacités militaires européennes (et qui avait été discuté lors du Conseil de l'UEO de novembre 1999 à Luxembourg) "sera aussi transféré à l'UE", a dit M.Gama.
Interrogé par ailleurs sur l'implication des pays non membres de l'UE à ce processus, M.Gama a signalé que, à Porto, on n'en avait pas parlé de manière "très intense", ce qui signifie qu'un règlement de cette question est sur la bonne voie. L'environnement est plus positif qu'avant, les pays concernés sont mieux informés, ils voient que des mécanismes se mettent en place, a constaté M.Gama, en estimant que la situation de la Turquie est plus claire depuis qu'elle s'est vu attribuer le statut de pays candidat à adhérer à l'UE. Quant à la dimension transatlantique, il a indiqué que "le Canada veut adhérer" (aux activités de gestion des crises de l'UE), et que l'attitude des Etats-Unis est très positive: Javier Solana y a été il y a deux semaines, et j'aurai vendredi prochain à Washington des entretiens avec Madeleine Albright à ce sujet, a-t-il dit (en ajoutant que ces questions seront discutées aussi lors du sommet UE/Etats-Unis, en juin à Lisbonne).
Quant au ministre portugais de la Défense, Julio Castro Caldas, il a estimé que la Présidence portugaise du Conseil de l'UEO avait atteint ses objectifs, et s'est félicité en particulier des résultats de la réunion ministérielle du GAEO (voir EUROPE d'hier, p. 5). Le ministre a dit que "d'ici notre prochaine réunion" (probablement à Paris, a-t-il ajouté) les Directeurs nationaux des armements présenteront des suggestions concernant l'Agence européenne des armements; et, en répondant à des questions sur l'Agence, il a indiqué qu'il s'agissait de la "maintenir en vie".
Nous reviendrons sur les conclusions des travaux dans notre prochain numéro, et nous reproduirons intégralement la Déclaration de Lisbonne.
Le transfert de compétences et moyens de l'UEO se à l'UE fera de manière efficace, mais aussi de la manière la plus rapide possible, même si l'UEO garde pour l'instant ses fonctions, avec ses organes politiques, son Conseil, son Secrétariat général, son Assemblée (et aussi l'état-major, qui sera maintenu encore "pendant un moment"). C'est ce qu'a dit M.Gama lors de la conférence de presse finale, en soulignant que la transformation de l'UEO va de pair avec une transformation importante en cours au sein de l'Union européenne. Et le Secrétaire général de l'UEO, Javier Solana, interrogé sur l'Article V du Traité de Bruxelles révisé, a dit ne pas imaginer qu'il puisse être inscrit dans le Traité de l'UE "dans le proche avenir". Le transfert de "tous les moyens" de l'UEO vers l'UE se fera de manière « ordonnée », a-t-il dit, en notant que ce processus progressera sous présidence française. M.Gama, interrogé sur l'attitude des pays tiers face à ce processus, a constaté que la réunion de Porto avait marqué une différence importante par rapport au passé: les doutes et les réserves de ces pays se sont dissipés, ce qui est de bon augure aussi pour la réunion ministérielle de l'Otan, la semaine prochaine à Florence (les 24 et 25 mai). Quant au ministre portugais de la Défense, M.Castro Caldas, il a salué en particulier les résultats « encourageants » de l'exercice CMX/Crisex 2000, qui, a-t-il dit, nous montre que nous sommes sur la bonne voie en ce qui concerne la conduite de missions de deux types, en utilisant nos capacités doubles emplois.
Pour le futur président de l'UEO, Alain Richard, il faut maintenir le Traité de l'UEO, mais "placer l'UEO
dans sa nouvelle structure, celle d'un forum avec une assemblée parlementaire"
Le ministre français de la Défense Alain Richard a, en parlant à la presse, affirmé que la priorité de la future Présidence française sera de: -maintenir l'UEO sous une forme de « forum élargi de sécurité et de défense » ; - transférer efficacement les fonctions opérationnelles de l'UEO à l'UE (il a cité en particulier l'assistance au déminage en Croatie et l'opération de police civile en Albanie, et aussi l'état-major). Je pense, a-t-il dit, que « nous pouvons placer l'UEO, à la fin de l'an 2000, dans sa nouvelle structure, celle d'un forum avec une assemblée parlementaire », et qu'elle pourra ainsi « accompagner utilement la construction de l'Europe de la défense ». M.Richard imagine pour l'avenir une « réunion annuelle » du Conseil de l'UEO faisant rapport à l'Assemblée parlementaire. En répondant à des questions, il a souligné que le Parlement européen a, en matière de sécurité et de défense, un « pouvoir d'interrogation », mais pas de pouvoir de décision (ceci pourra être « un sujet pour le futur », mais l'agenda actuel est déjà assez « chargé », a-t-il remarqué); dans ce domaine, « le premier contrôle démocratique » est exercé par les Parlements nationaux (« et ils le font bien ») et aussi par l'Assemblée de l'UEO. Interrogé sur les propos de M.Gama selon lesquels la réunion de Porto serait la dernière de ce type, M.Richard a répondu qu'effectivement, à l'avenir, « nous pouvons faire tenir la réunion en une journée, avec des délégations plus concentrées » . La présidence envisage une réunion ministérielle d'une journée, en novembre, a-til ajouté (en principe le 16 novembre: NDR). En revanche, M.Richard n'a pas voulu faire de commentaire quant à la possibilité d'un sommet UEO juste avant le Conseil européen de Nice.
Le Traité de l'UEO doit être maintenu, a dit M.Richard en répondant à des questions, en particulier à cause de l'Article V sur l'assistance mutuelle: cet article, « c'est un engagement politique » et l'un des « principes fondateurs » de l'Europe de l'après-guerre, a-t-il estimé, en notant que les réflexions actuelles autour de la CIG « essayent de retrover l'élan des pères fondateurs ». Quant à une insertion de l'Article V dans le traité de l'UE, Alain Richard a dit: « Pourquoi ne pas imaginer qu'à une autre époque nos successeurs seront capables d'aller plus loin ? En attendant, le maintien de cet outil politique de concertation sur les questions de sécurité me semble une solution de bon sens ».
Par ailleurs, interrogé sur la consultation de pays non membres de l'UE sur la Pesd, M. Richard a indiqué que le papier franco-britannique présenté à ce sujet « commence à faire l'objet de consultations », et a précisé que la solution suggérée (qui ménage « l'intégrité de l'Union ») prévoit des consultations avec les membres européens de l'Otan non membres de l'Union européenne (les Six) et avec les pays candidats à adhérer (les Neuf), au rythme de deux réunions par semestre. Les six alliés européens de l'Otan seront consultés sur tous les sujets concernant l'emploi de la force chaque fois que ceci sera nécessaire, a-t-il ajouté.
Quant aux trois « scénarios » sélectionnés la semaine dernière (comme l'a signalé Javier Solana) par les organes militaires de l'UE pour apprécier les « besoins de forces », M.Richard a rappelé que l'UE a repris des scénarios qui avaient déjà fait l'objet d'un accord au sein de l'UEO, mais que cela n'empêche pas qu'elle en « prolonge » certains. Sans vouloir entrer dans le détail, il a indiqué qu'il s'agit essentiellement de scénarios correspondant à des opérations: - d'un type beaucoup plus limité que celle du Kosovo (plutôt du type de l'opération Alba, en 1996 en Albanie) ; - du type du Kosovo ; - d'une « forte intensité » comme celle du Kosovo, « mais plus éloignées sur le plan territorial ».
M.Solana a fait le point sur les travaux de l'UE pour mettre en place ses compétences
militaires et sur le rôle essentiel de l'UEO pour assurer la transition
Dans son intervention devant les ministres des Affaires étrangères, lundi après-midi, le Secrétaire général de l'UEO (et du Conseil de l'UE) Javier Solana avait souligné que les développements au sein de l'Union européenne sont "très rapides" et que "le travail sur l'objectif global commence", ce qui est "l'aspect le plus important". Et il a précisé:
"marche à suivre avant Feira": - l'UE finalisera prochainement les documents sur les relations UE/Otan et les pays tiers. Les modèles en discussion permettront une relation utile et fructueuse, fondée sur la transparence et la coopération ; - trois "scénarios illustratifs" approuvés la semaine dernière par les experts militaires du Conseil de l'UE (et fondés sur le travail considérable déjà accompli à l'UEO et à l'Otan) "pourront guider le travail ultérieur" sur l'objectif global, le "headline goal". M.Solana espère que ces travaux seront approuvés lors de la réunion conjointe des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l'UE, le mois prochain ;
"marche à suivre après Feira". La prochaine étape sera "l'élaboration détaillée des capacités en force et des groupements de forces couvrant l'ensemble de nos besoins (…) pour les travaux détaillés sur les modèles", l'UE devra faire appel aux ressources des Etats membres et de l'Otan.
M.Solana a estimé que dans ce contexte, l'UEO a "joué un rôle de transition à la fois complexe et exaltant", et, en particulier, que: (a) l'exercice conjoint CMX/Crisex a permis de tester les arrangements mis au point au cours des cinq dernières années pour permettre "un double usage des moyens européens de l'Otan", et a permis aussi aux responsables de l'UE "de constater de visu les défis que les pays européens et les états-majors politico-militaires auraient à relever en cas de crise complexe, accélérée et politiquement sensible". Les enseignements dégagés aideront l'UE à "gérer des crises réelles et à établir le futur programme d'exercices duquel elle devra se doter; (b) l'ensemble de "procédures politico-militaires et de documents d'orientation et conceptuels préparé pour l'Union" par l'UEO est "très riche et très exhaustif" et devrait permettre à l'Union de "prendre un excellent départ dans ce domaine, tout en la laissant parfaitement libre de décider où, quand et comment construire sur ces fondations". Pour rédiger ces documents, "il a fallu la culture politico-militaire" de l'UEO et "l'excellente collaboration entre civils et militaires"; (c) l'UEO a entretenu d'excellentes relations avec la Russie, l'Ukraine, ainsi qu'avec des partenaires méditerranéens "très divers" et des pays et institutions impliqués dans le maintien de la paix en Afrique. L'UE devra veiller à ce que "l'intégration dans ses compétences de la gestion militaire des crises enrichisse ses relations avec tous ces acteurs de premier plan".
En ce qui concerne l'avenir de l'UEO, M.Solana a précisé: - "sur le front opérationnel, aucun ralentissement n'est prévu à court terme" (il a cité les activités de l'Elément national de conseil en matière de police en Albanie "au moins jusqu'à la fin de l'année", et la Mission d'assistance au déminage en Croatie "au moins jusqu'en mai 2001", et a annoncé la préparation d'un autre grand exercice conjoint avec l'Otan"); - l'état-major militaire de l'UEO a "un important rôle de transition à jouer tandis que les structures militaires de l'Union se préparent à devenir pleinement opérationnelles"; toutefois, "l'importance relative des autres activités" de l'UEO "à l'appui des efforts de l'Union dans le domaine de la sécurité et de la défense se modifiera au cours du deuxième semestre 2000", et d'importants efforts seront nécessaires "afin de mener à bien les changements structurels et de préparer l'Union à assumer pleinement ses responsabilités dans le domaine des tâches du Petersberg". En particulier, il faudra aborder les questions de l'avenir de l'Institut d'Etudes Stratégiques et du Centre satellitaire de l'UEO, les développements concernant l'Assemblée de l'UEO et différents "groupes et fonctions" plus spécialisés de l'UEO, a dit M.Solana, en notant que "le moment n'est pas encore venu de prendre des décisions", mais que, lorsque les conditions seront réunies, les pays membres devront être prêts à rechercher rapidement des solutions "raisonnables, cohérentes et viables". Quant aux membres du personnel de l'UEO (voir plus loin), M.Solana a reconnu "les compétences et la loyauté dont il a fait preuve ces derniers mois pour assurer le succès des réformes institutionnelles qui, pourtant, menacent leur emploi".
L'UEO existera aussi longtemps qu'elle a un sens, affirme M.Scharping, qui se dit optimiste
quant aux suites de sa proposition sur la capacité de transport aérien stratégique européenne
En parlant à la presse après la rencontre ministérielle du Groupe Européen de l'Armement (GAEO), le ministre allemand de la défense Rudolf Scharping a jugé très positifs les développements depuis la dernière réunion du Groupe, en novembre 1999 à Luxembourg. L'on parle depuis longtemps de la création d'une Agence européenne de l'armement, mais depuis 1998, on peut constater des "progrès très clairement mesurables". J'ai fait l'année dernière des propositions concrètes concernant les capacités européennes en matière de transport aérien stratégique, a rappelé dans ce contexte M.Scharping qui, se voulant "optimiste", s'est dit "plutôt sûr" que, d'ici la fin de l'année, les "décisions de base" à ce sujet seront en place.
Interrogé sur les propos du porte-parole selon lesquels l'UEO devrait être éventuellement maintenue en vie jusqu'en 2003, M.Scharping a répliqué: l'UEO restera "aussi longtemps qu'elle a un sens; actuellement, elle a encore un sens".
Le personnel du Conseil des ministres de l'UEO s'inquiète de son avenir
et souligne l'intérêt qu'aurait l'UE à le recruter en bloc
En marge du Conseil de Porto, l'Association du personnel de l'UEO a diffusé une "lettre ouverte aux ministres" dans laquelle elle souligne le "contexte de grande incertitude" concernant le personnel du Conseil de l'UEO, et lance un appel aux ministres, et en particulier aux ministres de pays membres de l'Union européenne, afin qu'ils reconnaissent en particulier que les agents de l'UEO: - possèdent, à tous les niveaux, "une expérience et une expérience avérée" en matière de gestion des crises (l'exercice CMX/CRISEX 2000 en a été une démonstration) ; - détiennent une culture politico-militaire européenne qui fait défaut à l'UE et sera sûrement nécessaire pour la crédibilité de la Pesd ; - sont tous soumis à "l'habilitation de sécurité et peuvent revendiquer une solide expérience des relations avec l'Otan"; - ont tous été recrutés sur concours ouvert.
Dans ce contexte, "et à l'heure où l'Europe affirme plus que jamais sa dimension sociale", l'Association se demande pourquoi on parle de "licenciements" (particulièrement au sein du Secrétariat général ) "sans donner aucune assurance aux agents en exercice", et note que "reprendre à zéro la procédure de recrutement serait non seulement une perte de temps et d'argent pour l'UE, mais ne produirait pas nécessairement les résultats escomptés". Conclusion: l'Association estime que, pour faire face aux nouveaux besoins de l'UE, la solution la plus logique en termes de coût et d'efficacité serait d'"utiliser au mieux les ressources humaines UEO disponibles".