Bruxelles, 17/03/2000 (Agence Europe) - Douze compagnies aériennes européennes ont annoncé ce vendredi qu'elles déposent plainte devant la Commission européenne contre le décret italien qui répartit les vols entre les aéroports milanais de Malpensa et de Linate. Le "décret Bersani" doit entrer en vigueur le 20 avril prochain. "La plainte n'est pas suspensive", a rappelé le porte-parole aux transports de la Commission européenne. Le gouvernement italien sera informé de cette contestation et sera invité à répondre d'ici une quinzaine de jours. La Commission "cherchera ensuite à se prononcer aussitôt que possible", a-t-il précisé. C'est le quatrième décret que la Commission doit étudier depuis 1996 pour le lancement de l'aéroport Malpensa 2000, financé entre autres à grand renfort de prêts de la BEI.
Les douze compagnies aériennes estiment que les modalités de répartition des vols sont contraires aux règles de non-discrimination et de proportionnalité fixées par le règlement européen 2408/92 concernant l'accès des transporteurs aériens communautaires aux liaisons intracommunautaires. A leur avis, le décret Bersani a été "taillé sur mesure" pour la compagnie italienne Alitalia: le seuil de 2,8 millions de passagers par an minimum fixé pour conserver un vol à Linate aurait été établi parce que la seule route qui correspond à ce critère est celle de Milan-Rome. De plus, l'Italie autorise certains vols vers des zones "objectif 1" de la politique régionale européenne à rester à Linate, ce qui en pratique ne servirait que les liaisons de Linate vers Lisbonne et le sud de l'Italie. Or, pour les compagnies, l'aéroport de Linate, à 20 minutes de Milan, est beaucoup plus attractif que celui de Malpensa, considérablement plus éloigné. Les compagnies estiment en outre que Malpensa a déjà atteint les limites de ses capacités et que les mesures environnementales destinées à réduire les nuisances sonores vont empirer la situation. En se fondant sur un "rapport d'experts" du contrôle aérien, elles craignent que les capacités de 70 mouvements par heure prévues pour Malpensa soient remises en cause.
Selon les données livrées lors d'une conférence de presse, l'application du décret permettra à Alitalia de conserver un nombre illimité de vols vers son "hub" (sa plate-forme de correspondance) de Rome et elle pourra conserver une soixantaine de liaisons sur Linate, alors que: a) British Airways, pourra assurer trois liaisons par jour vers Heathrow, contre une douzaine de liaisons auparavant; b) Air France: deux liaisons par jour vers Paris, contre sept auparavant, c) Iberia, Lufthansa, Olympic Airways, Sabena: une connexion par jour vers leurs hubs respectifs, contre 5 à 15 auparavant (dans le cas de Lufthansa); d) la TAP Air Portugal: une liaison par jour vers Lisbonne. En outre, Aer Lingus, SAS (4 liaisons autrefois), Finnair, Maersk Air, Austrian Airlines (3 liaisons autrefois) ne pourront plus opérer à Linate vers leurs "hubs". Pour le représentant de SAS, Hans Ollongren, "nous avons été littéralement jetés hors de Linate. Avec un seul vol par jour autorisé sur cet aéroport, nous ne pouvons pas assurer les aller-retour dans la journée pour notre clientèle d'affaires qui représente l'essentiel des passagers sur Milan. Il faudrait au moins 3 vols par jour".