Strasbourg, 20/01/2000 (Agence Europe) - Comme il a été indiqué dans EUROPE d'hier, le président du Conseil Jaime Gama et le Commissaire Chris Patten ont fait le point mercredi, devant le Parlement européen, sur le processus de paix au Proche-Orient. M.Gama s'est rendu en Syrie, en Israël, dans les Territoires palestiniens, ainsi qu'en Jordanie, Egypte et Liban, et a rencontré le secrétaire général de la Ligue arabe. Yasser Arafat se rendra à Bruxelles en marge du Conseil Affaires générales du lundi 24 janvier, et M. Gama, M. Patten et M. Solana participeront à la réunion du groupe multilatéral de négociation qui se tiendra à Moscou début février. Pour le Conseil, il est important de réactiver le processus multilatéral, et même si l'Union n'est pas partie prenante dans ce processus, a affirmé M. Gama, elle est le principal partenaire commercial de la région, et les pays qui en font partie en sont parfaitement conscients. A moyen et long terme, l'Union aura un rôle "incomparable" pour la consolidation de la paix au Moyen-Orient, a estimé M. Gama, en se disant convaincu de la nécessité d'une collaboration permanente entre Conseil et Commission dans ce domaine, ainsi que entre ces deux institutions et le Parlement européen.
M. Patten a indiqué ce que l'UE peut faire si on lui donne les moyens financiers appropriés
Tous, y compris les Etats-Unis, ont reconnu le rôle que l'Union doit jouer dans le processus de paix, a affirmé le Commissaire Chris Patten, pour qui ce rôle ne doit pas être seulement celui d'un "banquier", mais viser à la consolidation de la paix. L'Union n'est pas à la traîne, puisqu'elle est le donateur le plus important pour les Palestiniens et a offert un soutien substantiel à Jordanie, Liban, Syrie et Egypte et a établi une coopération plus étroite avec Israël dans des secteurs qui intéressent ce pays, a-t-il dit. Et il a rappelé que les 600 millions d 'euros accordés par l'UE de l994 à l998 ont aidé l'Autorité palestinienne à reconstruire les infrastructures, et que le sort des réfugiés palestiniens a été facilité par les 50 millions payés annuellement par l'UE à l'Agence de l'Onu pour les réfugiés. De son côté, l'Autorité palestinienne a essayé d'améliorer la transparence budgétaire, et M. Arafat doit être, lundi prochain, encouragé à progresser dans l'amélioration de l'administration et l'affirmation de l'état de droit. En outre, 20 millions d'euros ont été engagés en l999 pour des projets de coopération régionale entre Israéliens et Arabes. Le soutien communautaire pourrait utilement se diriger vers d'autres objectifs au cours de la prochaine phase du processus de paix, a-t-il indiqué, en citant: - contribution à la consolidation d'un règlement au Golan (contribution aux arrangements de sécurité et reconstruction des communautés dans les Hauteurs du Golan); - aide à l'économie syrienne pour faciliter le passage d'une économie de guerre à une économie de paix; - reconstruction du Liban du Sud et soutien à la réforme économique et sociale dans l'ensemble du pays; - solution du problème des réfugiés palestiniens; - amélioration de la fourniture, la distribution et la gestion des ressources en eau; - encouragement à la coopération régionale dans plusieurs secteurs. Les ressources financières actuelles ne sont pas, selon M. Patten, à la hauteur de cet effort: il faudra donc un "changement de vitesse", tout comme il faut accepter que ce processus sera difficile, semé de difficultés et de déceptions.
Tous les parlementaires intervenus dans le débat ont plaidé pour un rôle important de l'Union dans le processus de paix, en allant de M. Galeote-Quecedo, du Partido popular, qui reconnaît le coût de la paix, au socialiste suédois Schori, qui insiste sur le rôle de la Syrie, et au libéral belge De Clercq, qui voit dans un véritable effort de la part d'Israël et de la Syrie pour régler leurs différends une clé du succès du processus de paix. Le problème de la disponibilité et de la distribution des ressources hydriques inquiète de nombreux parlementaires, notamment le Vert suédois Gahrton, qui estime que la responsabilité des retards incombe surtout aux forces d'occupation israéliennes, avis partagé par le communiste grec Alavanos. Mme Morgantini (Gauche unitaire, présidente de la délégation PE/Conseil législatif palestinien) estime que la paix n'est possible que si les Palestiniens pourront bouger librement: l'Union ne doit pas entrer en collision avec les Etats-Unis pour avoir un plus grand rôle dans la région, estime par ailleurs Mme Morgantini. Pour Mme Napoletano (Democratici di sinistra), Conseil et Commission doivent comprendre la grande préoccupation de l'aire méditerranéenne: que l'élargissement à l'Est ne fasse pas oublier à l'UE l'importance de cette région.
L'engagement financier de l'UE doit avoir comme corollaire
une présence claire sur la scène politique
Dans la résolution qu'il a votée jeudi matin, le Parlement européen affirme que l'engagement financier de l'Union dans la région doit avoir comme corollaire une présence claire sur la scène politique, sans que, précise-t-il, cela nuise à l'action "discrète et efficace" de l'Envoyé spécial de l'UE pour le Moyen-Orient, M. Moratinos. L'Union européenne devrait être associée à toutes les négociations du processus de paix, estime donc le Parlement, qui se félicite de l'impulsion majeure donnée récemment à une paix qui devrait garantir la réalisation des légitimes aspirations de tous les pays de la région, en particulier d'Israël, affirme le Parlement, en ajoutant que, pour assurer totalement la sécurité d'Israël, tout futur Etat palestinien doit être viable. Le PE s'engage quant à lui à tout mettre en oeuvre pour soutenir les deux parties dans leurs efforts de paix, et se félicite en particulier des efforts faits par Israël et par la Syrie pour résoudre leurs différends, en souhaitant que le gouvernement libanais se joigne aux négociations et que toutes les forces non libanaises se retirent du Liban, de manière à garantir la stabilité nationale (sur ce dernier point, le PE, en adoptant un amendement du groupe libéral, a modifié le texte original, qui demandait qu'Israël se retire du Liban). Le PE, enfin, invite tous les pays de la région à soutenir le processus de paix et à combattre violence et terrorisme et se félicite de la réunion du comité directeur multilatéral du processus de paix, le 1er février à Moscou.