Les ministres de la Défense, puis leurs homologues des Affaires étrangères, se retrouvent à Wicklow (Irlande) cette semaine pour discuter, une nouvelle fois, du soutien à apporter à l’Ukraine et de la situation au Moyen-Orient.
Ukraine. Mardi 1er septembre, les ministres de la Défense aborderont les derniers développements concernant l’aide de l’UE à l’Ukraine en matière de défense alors que Kiev a besoin, plus que jamais, de défense antiaérienne (EUROPE 13922/1).
La réunion portera notamment sur la coopération industrielle entre l’UE et l’Ukraine, le prêt de soutien à l’Ukraine, dont 60 milliards d’euros sont consacrés au domaine militaire, et la 'Facilité européenne pour la paix'. Si la Hongrie a levé son blocage sur les 6,6 milliards d’euros de la Facilité, les États membres doivent toujours se mettre d’accord sur l’utilisation de ces fonds. La Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, a proposé qu’ils soient utilisés pour rembourser les États membres des livraisons d'armes effectuées par le passé, financer de nouveaux achats communs et maintenir les opérations de la mission d’assistance militaire EUMAM en Ukraine. Un échange aura également lieu sur l’avenir de cette mission en vue de son examen stratégique.
La protection des infrastructures critiques pourrait en outre être abordée, tout comme la lutte contre la 'flotte fantôme'. Lundi 31 août, Kaja Kallas a annoncé l’arraisonnement, la veille en Méditerranée, par l’opération EUNAVFORMed Irini, du pétrolier MV SUN, « soupçonné de naviguer sous faux pavillon en violation du droit maritime international ». Selon Mme Kallas, il s’agit du sixième navire soupçonné d’appartenir à la 'flotte fantôme' à être arraisonné dans le cadre des opérations de l’UE ces derniers mois.
Mercredi, ce sera au tour des ministres des Affaires étrangères de discuter de l’Ukraine. Jeudi 27 août, la Suède, la Pologne, les Pays-Bas et l’Espagne ont demandé que la discussion sur l’utilisation des avoirs immobilisés russes au profit de Kiev soit reprise (EUROPE 13925/5). Mais samedi 29 août, le ministre belge de la Défense, Theo Francken, a prévenu, au cours de l’émission Terzake, que l’utilisation des avoirs immobilisés en Belgique était « non négociable » et qu’il n’était « pas raisonnable » que des États membres « continuent d’évoquer ce sujet et nous mettent au pied du mur ».
Les chefs de la diplomatie pourraient en outre évoquer le soutien à apporter à l’Ukraine concernant ses infrastructures énergétiques, alors que l’hiver approche.
Selon le ministère finlandais des Affaires étrangères, les ministres de l’Islande, du Royaume-Uni, du Canada, de la Norvège, de la Suisse et de l’Ukraine ont été invités à participer à l’échange sur l’Ukraine.
Moyen-Orient. Les ministres de la Défense, puis leurs homologues des Affaires étrangères, débattront aussi du Moyen-Orient.
Mardi, le déjeuner de la réunion informelle ‘Défense’ portera sur la situation dans la région, en particulier au Liban et en termes de sécurité maritime, alors que les attaques se poursuivent dans le détroit d’Ormuz.
Depuis son lancement, en février 2024, et en date du 24 août, l'opération EUNAVFOR ASPIDES avait apporté son soutien, en mer Rouge, à plus de 2 390 navires marchands et assuré une protection rapprochée à plus de 720 navires.
Les ministres devraient discuter du soutien de l’UE aux forces armées libanaises après la fin de la mission de l’ONU UNIFIL à la fin de l’année, qui pourrait prendre la forme d’une mission PSDC dans le pays.
Mercredi, la discussion du 'Gymnich' pourrait porter sur le conflit entre l’Iran et les États-Unis, alors que les frappes ont repris entre les deux pays.
Dans une déclaration publiée lundi 31 août en amont des réunions des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales du G20 les 31 août et 1er septembre à Asheville (États-Unis), la Commission européenne a rappelé que la poursuite des efforts diplomatiques était nécessaire pour parvenir à un règlement pacifique, rétablir la stabilité régionale et garantir la pleine liberté de navigation et la sécurité du transit dans le détroit d’Ormuz.
Selon elle, l'UE est prête à prendre de nouvelles mesures contre l’Iran, « si nécessaire », pour préserver sa sécurité et ses intérêts. « L’UE continuera à travailler en étroite collaboration avec les États-Unis et d’autres partenaires du G7 et de la communauté internationale afin de maintenir la pression sur l’Iran et de contribuer à la désescalade et à la stabilité régionale », a prévenu la Commission.
Les ministres pourraient revenir sur les mesures à prendre concernant les produits issus des colonies israéliennes en Cisjordanie. Pendant l'été, les violences des colons se sont poursuivies et le gouvernement israélien a annoncé de nouveaux logements dans la zone E1 (EUROPE 13922/5). Avant la trêve estivale, les États membres étaient très divisés sur le sujet, que ce soit sur les mesures en elles-mêmes ou sur le mode de prise de décision (EUROPE 13914/3).
Le résultat du référendum islandais de samedi 29 août sur la reprise des négociations d’adhésion à l’UE pourrait en outre être abordé. Les Islandais ont voté à 52,8% contre la reprise des discussions avec l’UE (EUROPE 13927/2). Une discussion plus générale sur l’élargissement est prévue lors de la réunion informelle des ministres des Affaires européennes vendredi à Dublin.
Espace. Mardi, les ministres de la Défense se pencheront également sur le rôle de l’espace dans la sécurité et la défense.
« L'espace est au cœur de la sécurité et de la préparation de l'Europe en matière de défense », comme le montrent les conflits récents, et « l'espace lui-même est devenu un milieu plus contesté, nécessitant ainsi une protection contre un large éventail de menaces », souligne un document de travail préparatoire du Conseil, dont Agence Europe a eu copie.
Le document stipule que si « l'Europe veut demeurer une puissance spatiale crédible, elle doit être capable non seulement d'utiliser l'espace, mais aussi d'en garantir l'accès, de protéger ses actifs et ses services ainsi que de préserver sa liberté d'action, tant en temps normal qu'en situation de crise ». Et d’ajouter : « L'ampleur des menaces, le rythme de la compétition mondiale et le risque de fragmentation exigent une réponse européenne plus cohérente ».
Ainsi, l'Europe présente encore des lacunes critiques en matière de capacités spatiales de défense et y remédier par une approche européenne concertée, dans le cadre de la stratégie européenne de préparation à la défense à l'horizon 2030, « profitera à tous les États membres » et permettra d'atteindre le niveau (scale) nécessaire.
Dans le document de travail, les ministres sont interrogés sur la manière de garantir que l’Europe demeure une puissance spatiale de premier plan, « disposant d’une autonomie et d’une liberté suffisantes pour accéder à l’espace et y opérer, y compris pour soutenir la sécurité et la défense ». « De quels outils avons-nous besoin pour dissuader, détecter et contrer de manière crédible les menaces dans l’espace et en provenance de l’espace ? », interroge le document.
Il interroge aussi sur la manière dont l’UE peut soutenir davantage la mutualisation et le partage des capacités spatiales, y compris les actifs spatiaux militaires, sur les nouvelles capacités spatiales au service de la défense qui pourraient être soutenues à l’échelle européenne et sur le renforcement du Centre satellitaire de l’UE, SatCen.
Par ailleurs, les ministres discuteront du rôle que l’UE peut jouer pour soutenir les États membres - en complémentarité de l’OTAN, l’Agence spatiale européenne et ses partenaires - afin d’assurer les fonctions spatiales nécessaires, y compris en temps de crise.
SEAE. Enfin, les chefs de la diplomatie européens se pencheront mercredi sur le fonctionnement du Service européen pour l’action extérieure (EUROPE 13909/10), qui a fait l’objet de critiques.
Selon un responsable européen cité par Politico, la Haute Représentante a interrogé, dans un bref questionnaire, les États membres sur cinq points : - comment l'UE peut-elle s'affirmer davantage comme acteur mondial doté d'une stratégie plus précise ; - comment le SEAE peut-il mieux tirer parti de ses 145 délégations ; - comment peut-il remplir son mandat ; - comment l’organisation institutionnelle peut-elle être rationalisée en coordination avec la Commission européenne et le Conseil ; - comment le SEAE peut-il contribuer plus efficacement aux discussions des dirigeants. (Camille-Cerise Gessant)