En Islande, le ‘non’ à la réouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne l’a emporté avec près de 52,8% des voix et au terme d’un scrutin longtemps indécis. Plus de 225 000 Islandais se sont rendus aux urnes, samedi 29 août, portant la participation à 82,5%, un taux record pour un référendum dans le pays (EUROPE 13925/2).
« Nous avons rempli cette promesse et je suis fière que nous l’ayons fait de manière aussi réussie. Nous savions que le résultat serait serré (...). Nous respectons ce résultat et le fait qu’il y ait autant de participation renforce notre mandat », a déclaré la Première ministre sociale-démocrate, Kristrún Frostadóttir, dimanche, lors d’une conférence de presse aux côtés des représentantes des deux autres formations de la coalition gouvernementale.
Au coude-à-coude dans les sondages, le ‘non’ a déjoué les pronostics. L’une des clés de son succès réside dans le vote des jeunes, longtemps considérés comme l’un des réservoirs du camp du ‘oui’. « En l’espace d’un mois, les 18-29 ans sont passés de 60% en faveur du ‘oui’ à 60% opposés à la réouverture des négociations », a souligné Kristinn Hróbjartsson, chercheur du think tank Vörða.
L’entrée tardive en campagne des leaders du ‘já’ et leur incapacité à imposer un récit mobilisateur ont joué en leur défaveur. Le ‘nei’ a misé sur un registre émotionnel, agitant le risque d’une perte de contrôle sur le secteur de la pêche.
À l’inverse, le camp du ‘oui’ a présenté ce scrutin « comme une simple étape de procédure », a expliqué Ragnar Hjalmarsson, chercheur et analyste politique. « L’appel à la défense de la souveraineté est une force de mobilisation puissante bien davantage que de rassurer la population sur un jalon technique », a-t-il ajouté.
La Première ministre s’est engagée à ne plus aborder ce dossier jusqu’à la fin de son mandat, en 2028. « Il faudrait qu'un événement majeur se produise dans les 24 prochains mois pour que ce sujet redevienne prioritaire à l'ordre du jour », a-t-elle souligné. « Je ne vais pas anticiper ce qui se passera dans deux ou trois ans », a indiqué Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir, la ministre des Affaires étrangères.
Le choix contraint d’un statu quo renforcé. À Bruxelles, la défaite du ‘já’ laisse un goût amer. Les dirigeants des institutions de l’UE ont réagi avec retenue. Le président du Conseil européen, António Costa, s’est entretenu dimanche avec la Première ministre, faisant savoir que l’UE « respecte pleinement le choix démocratique du peuple islandais ». Ursula von der Leyen, elle, est restée en retrait. « La Commission prend acte du résultat », s’est borné à indiquer l’un de ses porte-paroles.
Il ne faut pas s'attendre à ce que la Commission européenne communique ouvertement sur le fait que les relations UE/Islande seront optimales à travers l’Espace économique européen, en vertu duquel l’Islande participe au marché intérieur de l'UE sans en élaborer les règles.
L’UE voyait dans une possible adhésion de l’Islande une prise symbolique avec un candidat parfait, l’occasion d’étendre son influence vers le Grand Nord et, peut-être, d’avoir un effet attractif vis-à-vis de la Norvège, autre pays nordique toujours resté aux portes de l’Union.
« Je suis très déçu parce qu’il s’agissait seulement d’ouvrir un dialogue », a regretté l’eurodéputé Sandro Gozi, du groupe Renew Europe, qui s’était rendu sur l’île fin juin. « Désormais, nous devons concentrer nos efforts sur les autres pays candidats, notamment ceux des Balkans occidentaux et l’Ukraine », a-t-il estimé.
Une position partagée par la Première ministre islandaise, mais aussi par le camp vainqueur, pour qui le ‘nei’ ne constitue pas un rejet de l’Europe.
« Le résultat du vote ne change rien au fait que l’Europe demeure le principal marché de l’industrie islandaise et que l’accord sur l’EEE reste l’accord commercial le plus important pour le pays », a affirmé Sigurður Hannesson, qui préside la Confédération des industries islandaises, auprès du quotidien Morgunblaðið. Celui-ci réclame une participation accrue des entreprises insulaires « aux programmes de coopération ».
Pour les souverainistes du continent, le ‘non’ islandais offre l’occasion de réclamer à l’UE une autocritique sur sa politique d’élargissement. « Si un pays européen prospère, démocratique et ouvert sur le monde reste peu convaincu que la reprise des discussions (...) puisse constituer la bonne voie, l’UE doit se demander comment mieux respecter la souveraineté et la subsidiarité », a indiqué le Polonais, Patryk Jaki, coprésident du groupe conservateur CRE au Parlement européen.
En France, la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen a vu dans le résultat un message « limpide », signe qu’« une autre Europe est possible, une Europe des nations libres, souveraines et coopérant volontairement sur les sujets d’intérêt commun ». (Louis Dubar et Victor di Bartolo)