Plus d'un milliard d'euros de déficit commercial par jour : c'est l'ampleur des déséquilibres constatés entre l'Union européenne et la Chine l'an passé.
Réunis à Bruxelles lors d'un Conseil européen, les 18 et 19 juin, les chefs d'État ou de gouvernement de l'UE consacreront leur dîner de travail de jeudi aux 'déséquilibres macroéconomiques mondiaux'. Malgré une formulation assez large, le débat portera presque exclusivement sur la Chine, car les dirigeants européens semblent désormais s'accorder sur l'existence de déséquilibres économiques avec Pékin.
En 2025, pour la première fois, l'ensemble des États membres de l'UE présentaient un déficit commercial avec la Chine. « L'Union européenne a accusé [l'année dernière] son plus important déficit commercial jamais enregistré, à hauteur de 360 milliards d'euros. Cette situation n'est bien sûr pas tenable », a déclaré lundi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d'une réunion du G7 à Évian-les-Bains.
Si le principe d'une réduction des risques ('de-risking') et d'un rééquilibrage de la relation devraient faire l'objet d'un large consensus parmi les dirigeants, l'utilisation des instruments de défense commerciale et la création éventuelle de nouveaux outils - notamment dédiés aux surcapacités - restent en suspens.
Un constat unanime. Quelques années auparavant, les États membres abordaient la relation économique avec la Chine avec des sensibilités différentes, certains privilégiant l'accès au marché chinois, d'autres alertant déjà sur les risques liés aux dépendances stratégiques.
Jeudi, les dirigeants devraient fournir une lecture plus convergente de la situation, même si des nuances perdurent.
La Chine demeure un partenaire économique incontournable pour l'UE, notamment pour l'approvisionnement en matières premières critiques et dans plusieurs chaînes de valeur industrielles, comme les véhicules électriques. Pour les Européens, pas question, donc, de mettre en péril leurs relations commerciales avec la deuxième économie mondiale. D'autant que la Chine a récemment menacé l'UE de 'contre-mesures', en réponse aux dispositions sur le 'Made in Europe' du futur règlement sur l'Accélérateur industriel (EUROPE 13857/16).
Cette dernière reste toutefois dépendante de l'UE pour ses exportations. Dans une analyse publiée mardi, le Mercator Institute for China Studies (MERICS) a souligné que Pékin continue de soutenir massivement son industrie et peine à stimuler suffisamment sa demande intérieure. Cette combinaison alimente une croissance tirée par les exportations et contribue directement aux déséquilibres observés avec ses partenaires commerciaux, notamment l'Union européenne, a commenté l'institut.
Lors du Conseil européen, les Vingt-sept devraient donc à la fois s'accorder sur la nécessité de rééquilibrer les relations commerciales, et plancher sur de nouveaux canaux de communication avec la Chine. C'est dans cet esprit que s'inscrit une déclaration des dirigeants du G7 sur les questions géopolitiques, publiée mercredi, dans laquelle ils ont salué le sommet organisé jeudi dernier (EUROPE 13886/18) et affirmé leur volonté de convergence « sur les causes des déséquilibres mondiaux [...] et la nécessité d'y remédier ».
Des instruments existants. Une fois ce diagnostic établi, reste à savoir quelle approche les Européens adopteront. Les conclusions du Conseil européen ne devraient pas résoudre cette question pour le moment. Les Vingt-sept devraient s'interroger sur un nouvel instrument dédié aux surcapacités, et sur la manière dont la coopération avec l'industrie peut être renforcée.
L'idée d'un instrument 'anti-dépendance' serait en préparation, mais aucune proposition concrète n'a émergé. Selon nos informations, les États membres préfèrent d'abord évaluer l'efficacité des outils existants avant d'en évoquer de nouveaux.
Jeudi, les dirigeants devraient passer en revue les options à leur disposition, et comment les activer tout en maintenant le dialogue avec Pékin. Ils évoqueront également des pistes pour améliorer l'efficacité et la rapidité des procédures antidumping.
Diversification et compétitivité. Plusieurs capitales considèrent que la réponse européenne ne peut se limiter aux instruments défensifs. Réduire les risques liés à la Chine implique également de renforcer la résilience économique européenne. Les chefs d'État ou de gouvernement devraient ainsi réaffirmer leur soutien à la diversification des partenariats commerciaux, notamment à travers la conclusion et la mise en œuvre d'accords de libre-échange.
La question de la compétitivité européenne occupera aussi une place importante dans les discussions. Le renforcement du marché intérieur, la réduction des obstacles réglementaires et l'accélération des investissements seront abordés dans le cadre de la 'feuille de route' 'Une Europe, un marché', présentée en février dernier à Alden Biesen (EUROPE 13807/1).
Les orientations arrêtées en fin de semaine devraient ensuite nourrir les discussions entre le commissaire européen chargé du Commerce, Maroš Šefčovič, et ses homologues chinois, prévues fin juin.
Voir le projet de conclusions du Conseil européen daté du 16 juin : https://aeur.eu/f/mdt (Juliette Verdes, avec la rédaction)