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Bulletin Quotidien Europe N° 13847
INSTITUTIONNEL / Hongrie

Péter Magyar s’apprête à gouverner, une alternance qui engendre des implications européennes majeures

Au lendemain des élections législatives de dimanche 12 avril, que son parti a remportées obtenant 138 sièges sur 199 avec 53,07 % des voix, contre 55 sièges et 38,43 % au parti du Premier ministre sortant, Péter Magyar s’apprête à prendre la tête du gouvernement hongrois, mettant fin à seize années de domination politique de Viktor Orbán.

L’eurodéputé PPE, ancien membre du parti Fidesz du même Viktor Orbán, devenu dirigeant du parti de centre droit Respect et liberté (Tisza) et, par là, le principal visage de l’opposition, a promis - au cours d’une conférence de presse, ce lundi 13 avril, comme l’a rapporté l’AFP - de tout faire pour ouvrir « une nouvelle ère en Hongrie ». Et de considérer que les électeurs n’avaient pas choisi « un simple changement de gouvernement », mais « un changement de régime complet ».

Parce qu’il modifie un équilibre installé depuis plusieurs années entre Budapest et l’Union européenne, ce résultat ne constitue pas seulement une alternance, mais devrait se traduire en un changement radical de l'orientation politique du pays.

Fort d’une majorité des deux tiers au Parlement hongrois, Péter Magyar dispose des moyens nécessaires pour intervenir sur la Constitution et engager des réformes attendues de longue date par l'UE sur la justice, la corruption et le fonctionnement de l’État. 

Des fonds européens encore bloqués. Or, depuis plusieurs années, le contentieux entre Budapest et Bruxelles se cristallise autour des financements européens. Au 1er janvier 2026, environ 7,6 milliards d’euros de fonds de cohésion restaient bloqués pour la Hongrie. À cela s’ajoute le plan de relance post-Covid-19, doté de 10,4 milliards d’euros, dont seule une avance d’environ 920 millions d’euros a été versée au titre de REPowerEU (EUROPE 13845/2).

L’accès à ces fonds repose sur une série de réformes que le futur gouvernement devra entreprendre rapidement : les mesures attendues doivent être mises en œuvre entre la mi-mai et la fin juillet pour permettre des paiements avant la fin août 2026, date limite fixée pour la facilité de relance.

Ce lundi, lors de son compte-rendu de la réunion du Collège, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué un jour « à célébrer », avançant que les Hongrois avaient repris « une voie européenne » et annonçant un travail rapide avec les nouvelles autorités pour faire progresser les réformes et les fonds européens, « parce que le peuple hongrois le mérite ».

Aussi a-t-elle évoqué les leçons à tirer des blocages observés ces dernières années, en mentionnant la possibilité d’un recours plus large au vote à la majorité qualifiée en politique étrangère.

De même, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a félicité Péter Magyar sur le réseau social X, estimant que « la place de la Hongrie est au cœur de l’Europe ». Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour sa part, a salué une « approche constructive » et dit vouloir faire progresser la coopération avec Budapest.

Une possible fin des vetos hongrois. Au-delà de la question budgétaire, l’élection hongroise a eu lieu alors que des tensions répétées traversent l’Union européenne. Sous Viktor Orbán, la Hongrie s’était opposée à plusieurs décisions, notamment sur l’Ukraine.

À titre d’exemple, on rappellera ainsi que la Hongrie bloquait encore la finalisation d’un prêt européen à Kiev de 50 milliards d’euros pour 2026 et 2027 ainsi que le vingtième paquet de sanctions contre la Russie, finalisé depuis février.

Le résultat du 12 avril est perçu comme la possible fin de ces blocages répétés.

Pour autant, la position de Péter Magyar n’est pas une rupture totale.

Il a déjà exclu une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne tant que la guerre est en cours et a fait dépendre toute amélioration des relations bilatérales du règlement de la question de la minorité hongroise vivant en Ukraine, comme l’a noté l’AFP.

De plus, il n’était pas favorable à une adhésion accélérée de Kiev et refusait l’envoi d’armes hongroises, même si une abstention constructive de Budapest au niveau européen restait envisageable (EUROPE 13845/2).

Le politologue français et spécialiste de l’Europe centrale Jacques Rupnik a estimé, dans ce sens, qu’un gouvernement Magyar « ne mettra(it) pas de veto à l’aide à l’Ukraine », tout en restant prudent sur l’élargissement (EUROPE 13845/1).

Enfin, la portée de cette élection dépasse le seul cadre institutionnel. Viktor Orbán avait progressivement fait de la Hongrie un point d’appui pour plusieurs droites national-conservatrices en Europe et au-delà. Sa défaite affaiblit ces réseaux, relève l’AFP, en mentionnant notamment le camp MAGA du président américain, Donald Trump, qui l’avait soutenu (EUROPE 13843/12). Jacques Rupnik estimait lui aussi qu’un revers électoral fragiliserait l'ambition de Viktor Orbán de peser sur la recomposition des droites européennes (EUROPE 13843/12).

Toutefois, la problématique de la transformation du système mis en place au cours des seize dernières années se pose, car un changement politique ne suffirait pas à modifier des structures où se mêlent appareil d’État, intérêts économiques et médias. (Nithya Paquiry)

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