Un dialogue de haut niveau sur les engrais s’est tenu lundi 13 avril à Bruxelles, réunissant les principales parties prenantes, dont des représentants des agriculteurs, des dirigeants de l’industrie des engrais et d’autres acteurs. L’objectif était de préparer le futur plan d’action de la Commission européenne dans ce domaine (EUROPE 13845/5).
La Commission était représentée par les directeurs généraux des directions générales de l’agriculture (AGRI), du marché intérieur, de l’industrie et des entreprises (GROW) ainsi que de la fiscalité et des douanes (TAXUD).
La Commission souhaite publier son plan d’action sur les engrais d’ici début mai alors que celui-ci était initialement attendu pour juin.
Les participants ont débattu des moyens de soutenir la compétitivité des agriculteurs, de renforcer l’industrie européenne des engrais et de réduire les dépendances stratégiques de l’Union à l’égard des importations d’engrais et des matières premières essentielles, tout en préservant les ambitions climatiques et environnementales, explique une source européenne.
Les échanges se sont articulés autour de trois priorités :
- stimuler la production européenne d’engrais par l’investissement, la décarbonation et la maîtrise des coûts de l’énergie ;
- faciliter l’accès des agriculteurs à des engrais abordables et à faible empreinte carbone, tout en améliorant l’efficacité de l’utilisation des nutriments ;
- diversifier les chaînes d’approvisionnement, notamment par le développement des engrais biosourcés et du recyclage des nutriments ainsi que par des partenariats commerciaux alternatifs.
Les conclusions de ce dialogue alimenteront le plan d’action sur les engrais, dont l’adoption est prévue dans les prochaines semaines.
Ce plan d’action comprendra à la fois des mesures à court terme et des réformes structurelles à plus long terme. Il visera à améliorer la disponibilité et l’accessibilité financière des engrais pour les agriculteurs et la production alimentaire, à renforcer l’autonomie stratégique et la résilience de l’Europe en consolidant la production intérieure et en réduisant les dépendances, ainsi qu’à accélérer la transition vers des engrais décarbonés, à faible recours aux énergies fossiles et fondés sur des modèles circulaires.
Le plan s’appuiera sur une démarche fondée sur la transparence, le dialogue et des données probantes, couvrant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement des engrais.
De son côté, le groupe de réflexion Farm Europe estime que l’intégration des engrais dans le système ETS (EU Emissions Trading System) et dans le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) a entraîné une hausse durable des coûts pour les agriculteurs européens. Farm Europe plaide pour une modification des dispositifs ETS et CBAM, ainsi que pour la mise en place d’un nouveau mécanisme de financement de la transition. Le Carbon Removal Certification Framework de 2024 (règlement 2024/3012 établissant un cadre de certification de l’Union relatif aux absorptions permanentes de carbone) devrait, selon le think tank, devenir un pilier central du système, en permettant une valorisation plus juste du CO₂ sur l’ensemble de la chaîne engrais-céréales et en ouvrant aux agriculteurs l’accès à des marchés carbone réglementés et réellement rémunérateurs.
Enfin, Farm Europe appelle à une approche technologiquement neutre, à un soutien prioritaire aux solutions 'Made in EU', ainsi qu’à la levée des barrières réglementaires pesant sur les engrais organiques, tels que le fumier, les digestats et les nutriments recyclés. (Lionel Changeur)