Estelle Ceulemans (S&D, belge) est coordinatrice de la commission 'Emploi et Affaires sociales' (EMPL) du Parlement européen. Présente, au nom d'EMPL, au Forum social de Porto, elle réitère les demandes de la commission en faveur de nouvelles directives pour renforcer la protection des travailleurs européens. (Propos recueillis par Solenn Paulic)
Agence Europe - La commission 'Emploi' du PE est bien représentée à Porto, malgré certains cafouillages ces derniers jours. Quel a été votre message sur ces deux jours ?
Estelle Ceulemans – Je dois dire que j’apprécie vraiment le sujet du Forum dédié aux emplois de qualité. C’est essentiel de mettre les feux sur cette thématique avant la 'Feuille de route' de la Commission. Mon rôle ici à Porto est de porter les demandes d'EMPL. Nous voulons des directives sur l’intelligence artificielle au travail, la transition juste, les risques psychosociaux, mais aussi le droit à la déconnexion. Il faut aussi travailler sur l’équilibre vie professionnelle/vie privée.
Pour la transition juste, il y aura des mutations dans l'emploi, des travailleurs qui vont perdre leur emploi, qui doivent muter. On doit s'assurer qu'ils soient accompagnés, qu'on limite le nombre de licenciements, qu'on leur garantisse aussi pendant une phase de transition des formations et un revenu équitable.
Et quand on parle d’emplois de qualité, c’est tout ce qui est lié aux conditions de travail, évidemment : le problème de la santé mentale explose ; il faut travailler sur comment lutter contre le stress, le burn-out. Et, bien sûr, nous voulons un vrai droit à la formation pour tous les travailleurs. Le futur Acte devra reprendre toute une série de directives bien échafaudées sur ces différents aspects.
Sur les chaînes de sous-traitance aussi. Nous voulons les limiter à deux niveaux : dans les secteurs à risque comme la construction ou l'alimentation, mais dans d'autres secteurs également.
Les 'patrons' européens, eux, veulent moins de législation...
Nous ne sommes pas les partenaires sociaux et notre responsabilité en tant qu’élus au suffrage universel est de mettre des outils sur la table.
Chacun tient son rôle, mais les employeurs nous ont déjà envoyé un courrier pour limiter l'encadrement de l'intelligence artificielle au travail, qu’ils jugent inutile et mauvais pour la compétitivité. Nous aurons toujours cette réponse !
Or, limiter les chaînes de sous-traitance, ce sera justement bon pour éviter la compétitivité déloyale et s'attaquer à la question des risques psychosociaux, c'est essentiel pour la compétitivité.
Qui voudrait être licencié par un algorithme ? Ce type de décision doit toujours relever d’une décision humaine. On a introduit ce principe dans la directive 'plateformes' ; nous voulons maintenant a minima la même chose pour tous les autres travailleurs.
Et s’agissant des risques psychosociaux, c'est devenu une urgence, et cela dans des secteurs aussi essentiels que la santé ou l'éducation, avec des travailleurs en train de décrocher à cause des conditions de travail. Si, demain, nous n’avons plus personne pour prendre soin de nous ni personne qui souhaite s’engager dans l'enseignement, comment acquerra-t-on les fameuses compétences de demain ?
Concernant la mobilité équitable, que demandez-vous ?
Nous avons un peu de temps avant ce paquet, mais nous ne souhaitons déjà pas que l’on touche à la directive sur le détachement et nous voudrions enfin voir un résultat sur le règlement 883/2004 sur la coordination des régimes de sécurité sociale ! C’est tout de même la base des règles sur la mobilité. Sur le détachement, nous venons déjà d’approuver un outil sur la déclaration électronique pour simplifier les choses et les sécuriser. Il y aura le renforcement de l'Autorité européenne du travail. Nous serons vigilants quant à toute réouverture de cette directive.