Les députés européens ont exprimé, mardi 8 juillet, leur soutien aux priorités de la Présidence danoise du Conseil de l’Union européenne – « Une Europe forte dans un monde en changement » -, lors d’un débat avec la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, à Strasbourg.
« L'Europe est confrontée aux plus grands défis depuis les années 1940. La guerre brutale de la Russie contre l'Ukraine, la pression migratoire sur les frontières extérieures de l'Europe, les conflits au Moyen-Orient, le risque de guerre commerciale et de hausse des droits de douane, la concurrence croissante autour de l'avenir des technologies stratégiques et, par-dessus tout, les crises du climat et de la biodiversité. Notre sécurité, nos valeurs, nos économies et notre mode de vie sont sous pression. Nous devons relever ces défis de front. Ensemble », a résumé la Première ministre devant un hémicycle quasi vide.
Bien qu’elle appartienne à la famille politique des sociaux-démocrates, Mme Frederiksen a reçu un fort soutien du groupe PPE en la personne de Jeroen Lenaers (néerlandais), qui a estimé qu’il fallait investir dans les capacités de défense, la coopération avec les Alliés pour soutenir l’Ukraine et la compétitivité. « L'Europe risque d'étouffer sous sa propre réglementation. Nous devons faciliter les affaires, l'innovation, la croissance et la compétitivité, en particulier pour nos PME et nos entreprises familiales », a-t-il souligné.
Selon Billy Kelleher (Renew Europe, irlandais), il faut appliquer le rapport 'Draghi' « en termes de compétitivité, de 'Pacte vert', d’approfondissement du marché unique, de gestion des coûts de l’énergie ».
« Nous soutenons la priorité donnée par cette Présidence à une Europe sûre, compétitive et verte. Car nous concevons la compétitivité non pas comme une course accroissant les inégalités, mais comme la capacité à bâtir des économies qui innovent sans exclusion, qui dirigent sans polluer, qui protègent l'emploi sans sacrifier la justice sociale », a ajouté Iratxe García Pérez (S&D, espagnole).
Cette dernière et Billy Kelleher ont estimé que le droit au logement devrait également être une priorité de la Présidence.
Selon Kira Marie Peter-Hansen (Verts/ALE, danoise), « c’est une bonne chose d’utiliser cette Présidence pour accélérer la transition verte ». « Le Danemark est la preuve que cela peut être fait, qu’une sécurité climatique, une économie forte et une société de bien-être peuvent aller de pair », a-t-elle expliqué, appelant le Danemark à trouver un accord sur les objectifs climatiques pour 2040 (voir autre nouvelle).
Le soutien à l’Ukraine « par tous les moyens possibles, aussi longtemps qu'il le faudra », priorité de la Présidence danoise, a été salué par les eurodéputés. Plusieurs d'entre eux ont cependant espéré qu’au-delà de l’Ukraine, la Présidence se penche sur la situation au Proche-Orient.
Iratxe García Pérez a salué le programme et la personnalité de Mme Frederiksen, tout en omettant de mentionner le sujet de discorde entre cette dernière et ses partenaires sociaux-démocrates : la migration.
La Première ministre danoise est en effet sur une ligne ferme. La migration « est un défi pour l'Europe. Cela affecte la vie des gens et la cohésion de nos sociétés. (…) Les citoyens européens ont le droit de se sentir en sécurité dans leur propre pays », a souligné Mette Frederiksen. Ainsi, selon elle, « nous devons renforcer nos frontières extérieures, réduire l'afflux de migrants en Europe, contribuer à la stabilisation des pays voisins de l'UE et rendre les procédures de retour plus faciles et, bien sûr, plus efficaces ».
Une position qui a ravi le PPE. Mon groupe « réclame depuis longtemps un système juste, ferme et efficace », a résumé Jeroen Lenaers.
Si Mme Frederiksen a plaidé pour un budget post-2027 de l'UE restructuré, plus flexible pour gérer les imprévus, simplifié, avec davantage de capitaux privés et recentré sur les priorités politiques, Iratxe García Pérez a préconisé « un budget européen à la hauteur des défis, juste, avec des ressources propres et un 'Fonds social européen+' renforcé autonome et portant sur les individus » et qui n’oppose pas la cohésion sociale et territoriale aux nouveaux défis.
Au nom du groupe La Gauche, le Danois Per Clausen a critiqué le programme de son pays. « Mais où sont les véritables ambitions pour lutter contre la crise climatique? Où sont les efforts ciblés contre le dumping social transfrontalier? Et en faveur des plus faibles et des plus vulnérables en Europe? (…) Pourquoi devrions-nous continuer à dépendre des États-Unis? Et pourquoi le respect du droit international n'est-il pas au cœur de la Présidence? », s’est-il interrogé.
De même, Kristoffer Storm (CRE, danois) a estimé que le programme danois est « superficiel » et ne présente pas de « solutions concrètes ». La Présidence danoise a désormais six mois pour le convaincre du contraire.
Voir le programme de la Présidence danoise: https://aeur.eu/f/HFO (Camille-Cerise Gessant)