Dans un contexte géopolitique marqué par des « turbulences », « l'Europe est l'endroit par excellence pour étudier et faire de la recherche ».
Par ces mots, le vice-ministre polonais des Sciences et de l'Enseignement supérieur, Andrzej Szeptycki, a exposé l’ambition portée par la recommandation et la résolution parallèle adoptées lors de la réunion en Conseil des ministres européens de l'Éducation, qui s’est tenue lundi 12 mai.
Ces textes, qui constituent, selon Andrzej Szeptycki, « une vision européenne pour avancer dans l’enseignement supérieur », ont posé les bases de la mise en œuvre d'un label européen commun pour un diplôme et ont défini les prochaines étapes vers l'introduction éventuelle d'un tel label.
Sa mise en œuvre prendra en compte, comme l’a souligné le ministre, la préservation de l’autonomie des institutions et des traditions éducatives nationales.
La résolution constitue une 'feuille de route' vers 2029 et détaille les trois phases à réaliser d’ici là.
La recommandation du Conseil relative à un système européen d'assurance qualité et de reconnaissance dans l'enseignement supérieur établit les critères sur la base desquels le label sera octroyé.
Comme le précise le Conseil de l’UE dans un communiqué, il s’agit de garantir que les processus d'assurance qualité soient « agiles, internationalisés et adaptés à leurs objectifs », afin de permettre aux universités de répondre et de contribuer aux transformations sociétales dynamiques qui les affectent.
En outre, cela permettra de soutenir la mise en œuvre de la reconnaissance mutuelle automatique des qualifications entre les États membres.
Si, pour la vice-présidente de la Commission chargée de l’Emploi et des Droits sociaux, Roxana Mînzatu, « ce jour est à marquer d’une pierre blanche », c’est que cette approbation intervient au terme d’un « débat difficile ».
Et tandis que le secrétaire d'État espagnol à l'Éducation, Abelardo de la Rosa, a salué un « texte qui respecte les sensibilités, mais aussi les règles nationales » et que son homologue française, la ministre Élisabeth Borne, s’est réjouie d’une opportunité de « bâtir une Europe compétitive et souveraine », la ministre estonienne, Kristina Kallas, a fait part d’une adhésion mitigée, arguant que la force de l’Europe n'est pas seulement dans l’unité, mais aussi dans la diversité linguistique et culturelle.
Par ailleurs, elle a jugé qu’un nouveau cadre institutionnel pour l’assurance qualité n’apporterait pas de réelle valeur ajoutée, craignant une complexification et un fardeau administratif supplémentaire. Toutefois, la ministre s'est dite favorable à une étude de faisabilité, à condition qu’elle tienne compte du diplôme européen commun et d’autres pistes permettant d’améliorer la reconnaissance des qualifications.
Le ministre hongrois, Balázs Hankó, s’est aligné sur cette position, rappelant par ailleurs les « longs débats » (EUROPE 13636/32) autour du label 'diplôme européen'. L’État membre, confronté à une exclusion partielle de ses universités du programme Erasmus+, a évoqué les 200 000 étudiants affectés. Et de défendre son propre programme de mobilité, Pannonia.
On rappellera que, depuis fin 2022, la Hongrie fait l’objet d’une suspension partielle de fonds européens, dont Erasmus+ et Horizon Europe, en raison de préoccupations liées à l’État de droit et à la gouvernance de certaines universités.
Le ministre a dénoncé un risque de politisation de l’accès au futur label de diplôme européen, pour défendre le fait que toutes les universités, « quel que soit leur mode de fonctionnement ou de financement », devraient pouvoir y participer.
En ce sens, la Hongrie demande un rôle plus important des États membres dans le laboratoire politique ainsi que le respect de l’autonomie des universités et des compétences nationales.
En effet, la commissaire Mînzatu a annoncé que, cet automne, sera mis en place un laboratoire de politiques pour la collaboration des experts de tous les pays pour opérationnaliser le label. Aussi, au second semestre de cette année, un appel à proposition Erasmus+ sera lancé pour aider au déploiement du label d’ici 2026.
La recommandation : https://aeur.eu/f/grz
La résolution : https://aeur.eu/f/gs0 (Nithya Paquiry)