Alors que les autorités suédoises ont annoncé, vendredi 21 février, mener une enquête après la découverte d’un nouveau câble endommagé en mer Baltique, la Commission européenne et la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, ont présenté un plan d’action commun pour protéger les câbles sous-marins et renforcer la résilience de ces infrastructures critiques.
Les câbles de communication relient plusieurs États membres entre eux, relient les îles au continent européen et connectent l'UE au reste du monde, acheminant 99% du trafic Internet intercontinental, rappellent les deux institutions. Les câbles électriques sous-marins, notamment les interconnexions, permettent encore d'intégrer les marchés de l'électricité des États membres, de renforcer leur sécurité d'approvisionnement et d'acheminer les énergies renouvelables offshore jusqu'à la côte.
Présenté à Helsinki, à l’occasion de la Journée de l'indépendance énergétique de la Baltique, par la vice-présidente exécutive Henna Virkkunen, chargée de la Souveraineté technologique, de la Sécurité et de la Démocratie, le commissaire à la Défense et à l’Espace, Andrius Kubilius, et le commissaire à la Sécurité intérieure et à la Migration, Magnus Brunner, le plan d’action s’articule autour de quatre volets : - la prévention ; - la détection ; - la réaction et la restauration des câbles endommagés ; - la dissuasion.
La Commission et le Service européen d’action extérieure soulignent que « même si les câbles sous-marins peuvent être endommagés involontairement, la tendance observée ces derniers mois, en particulier dans la mer Baltique, suggère que cette infrastructure critique est de plus en plus la cible d'actes hostiles délibérés ». En novembre, des soupçons avaient été attribués à un navire chinois. Vendredi, la commissaire Virkkunen a également mis ces actes au même niveau que les tentatives d'instrumentalisation de la migration attribuées à la Russie et la Biélorussie.
Alors que la Commission et le SEAE se sont concentrés vendredi sur la mer Baltique, ce plan pourra aussi être reproduit dans d’autres zones maritimes. Concernant le volet prévention, les deux institutions insistent d’abord sur l’urgence de la transposition par les États membres des directives sur la résilience des infrastructures critiques et la sécurité des réseaux, adoptées sous la législature précédente.
Tous les opérateurs devront être couverts. Des tests de résistance des câbles seront aussi lancés avec un financement de 30 millions d’euros jusqu'à 2027. Il faudra aussi investir dans de nouvelles technologies. S'agissant des investissements, le programme Connecting Europe Facility (CEF) peut déjà soutenir 51 projets d'une valeur de 420 millions d'euros. Et pour 2025-2027, 540 millions d'euros supplémentaires seront investis au titre du CEF dans les infrastructures numériques, y compris les câbles sous-marins de transmission de données.
S’agissant du volet 'détection', la Commission et le SEAE vont proposer d'appuyer le développement et le déploiement, sur base volontaire des États membres, d'un « mécanisme intégré de surveillance pour les câbles sous-marins par bassin maritime » pour aider les États membres « qui le souhaitent à relier et à fusionner - au niveau d'un bassin maritime régional fiable - les données provenant de plusieurs sources, que ce soit de l'AESM (Agence européenne pour la sécurité maritime), des États membres, des opérateurs privés, de l'industrie du transport maritime ou des canaux de défense ».
Ce mécanisme pourrait aussi servir à renforcer la sécurité d'autres infrastructures maritimes essentielles, telles que les pipelines ou les champs d'éoliennes en mer. « Lorsque les États membres participants en conviennent, il devrait être possible d'intégrer des systèmes et des données de surveillance militaire ».
Le plan encourage aussi des services de surveillance spatiale améliorés surveillant étroitement l'activité des navires d'intérêt par l'intermédiaire du programme Copernicus et prévoit « un programme dédié aux drones de surveillance (aériens, de surface et sous-marins) pour stimuler le développement et le déploiement de ces capacités ».
Sur le volet 'réaction et restauration des câbles endommagés', la Commission et le SEAE appellent à renforcer la coopération et les synergies avec l'OTAN, qui patrouille déjà en Baltique. Ils prévoient une flotte de réserve de navires câbliers de l'UE capables d'intervenir rapidement pour réparer le câble endommagé, car « leur nombre et leur capacité actuels ne seraient pas suffisants pour intervenir en temps voulu en cas d'attaques systémiques et simultanées contre des câbles essentiels dans différentes zones maritimes de l'Union ». Le plan d'action évoque des financements de l'UE et des appels à financements volontaires de la part des États membres, sans avancer de montant.
Enfin, pour la dissuasion, l’UE compte sur une « diplomatie proactive en matière de câbles afin d'atteindre les partenaires stratégiques et de limiter l'impact de la 'flotte fantôme' ou des acteurs malveillants, par exemple en utilisant au mieux les régimes de sanctions existants ».
Selon l’Union internationale des télécommunications de l’Organisation des Nations unies, citée par l'AFP, 80% des dommages sont attribués à la pêche et au mouillage.
Lien vers la communication conjointe : https://aeur.eu/f/fln (Solenn Paulic)