La Commission européenne a ouvert, jeudi 31 octobre, une enquête contre la plateforme de vente en ligne chinoise Temu, accusée de contrevenir aux règles du règlement sur les services numériques (DSA).
Dans la ligne de mire de l'UE depuis juin dernier, date à laquelle la Commission avait sommé la plateforme de lui transmettre certaines informations (EUROPE 13442/6), Temu est aujourd'hui soupçonnée d'agir insuffisamment contre la vente de produits illégaux, potentiellement dangereux pour les consommateurs européens.
La Commission évoque également plusieurs autres griefs à l'encontre de la plateforme : le manque d'atténuation des risques liés à la conception addictive du service, y compris les programmes de récompenses similaires à des jeux, la gestion du système interne de recommandations et le respect de l'obligation de donner aux chercheurs l'accès aux données publiques.
La plateforme enregistre aujourd'hui 92 millions d'utilisateurs dans l'UE, soit presque 20 millions de plus qu'en avril, date à laquelle la Commission l'avait désignée comme 'très grande plateforme en ligne' ('VLOP'), dans le cadre du DSA (EUROPE 13421/8).
Elle propose un choix large de produits, allant des vêtements aux jouets, en passant par l'outillage ou le high-tech. « C'est une plateforme qui a immédiatement attiré l'attention, tant que niveau des douanes que chez les associations de protection des consommateurs ou de l'exécutif européen », affirme un haut fonctionnaire de l'UE.
Depuis plusieurs semaines, de nombreuses voix s'élèvent pour alerter sur la dangerosité de certains produits vendus, dont la provenance n'est pas vérifiée et qui ne respectent pas les normes européennes (EUROPE 13507/15).
L'enquête de la Commission intervient après plusieurs mises en garde et des questions écrites adressées à la plateforme (EUROPE 13502/9), dont la dernière date du 10 octobre dernier.
Fin septembre, six pays de l'Union européenne, dont la France et l'Allemagne, avaient demandé à la Commission de serrer la vis contre Temu et les plateformes similaires (EUROPE 13491/3).
Selon un haut fonctionnaire européen, la rapidité avec laquelle l'UE a décidé d'ouvrir une enquête tient de l'expansion sans précédent de la plateforme : « Les réponses apportées à nos préoccupations n'étaient pas vraiment satisfaisantes, et Temu se développe très très rapidement. Il était donc temps de mettre en place des systèmes de surveillance ».
En France, la poste a récemment affirmé que près de 22% des colis qu'elle traite proviennent de Temu ou de Shein. (Isalia Stieffatre)