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Bulletin Quotidien Europe N° 13456
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Commission europÉenne

Tour d'horizon des positions des groupes politiques sur la réélection d'Ursula von der Leyen à la tête de l'institution de l'UE

Une majorité pro-européenne composée de quatre groupes politiques - PPE, S&D, Renew Europe, Verts/ALE - du Parlement européen a réélu, jeudi 18 juillet à Strasbourg, à une majorité absolue de 401 voix, la chrétienne-démocrate allemande Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne jusqu'en 2029 (EUROPE 13456/1). Tour d'horizon de la position des différents groupes politiques qui se sont notamment exprimés après la présentation, par la candidate tête de liste du PPE, de ses orientations politiques pour la Commission 2024-2029. 

Mme von der Leyen incarne la stabilité politique, selon le groupe PPE

Le groupe chrétien-démocrate au Parlement européen a massivement soutenu la candidate tête de liste du Parti populaire européen lors de la campagne des élections européennes, à part quelques défections venues des délégations française et slovène.

Au nom du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber a appelé les eurodéputés pro-européens à voter en faveur de la candidate de son parti. « Si vous voulez défendre la démocratie, votez pour Mme von der Leyen ! (...) Les Européens veulent une Europe unie, pas divisée », a-t-il exhorté. Il a noté que les priorités de campagne du PPE se retrouvaient pleinement dans le discours programmatique de cette dernière, louant le fait que la compétitivité figure en première position des sujets abordés.

Récemment élu vice-président du groupe PPE, le Français François-Xavier Bellamy a confirmé que la délégation française avait voté contre Mme von der Leyen, tenue pour la candidate du président français, Emmanuel Macron, depuis 2019. Il défendait cette ligne depuis le Congrès de Bucarest du PPE (EUROPE 13366/1). Faisant état de « divergences majeures » avec la présidente élue de la Commission ayant éclos au cours du dernier mandat, comme sur le 'Pacte vert européen', il a promis de se battre pour réorienter le contenu des politiques européennes qui seront menées.

Le soutien du groupe S&D n'est « pas un chèque en blanc »

L'Espagnole Iratxe García Pérez a annoncé le soutien du groupe social-démocrate qu'elle préside à Mme von der Leyen, bien que des nuances aient persisté au sein de certaines délégations.

Les eurodéputés belges francophones se sont abstenus, reprochant un manque d’ambition sur les questions sociales. Les Irlandais, qui plaident pour un soutien plus affirmé à Gaza, ainsi que les Slovènes, ont voté contre la réélection de la chrétienne-démocrate allemande. Sur le réseau social X, l’élu slovène Matjaž Nemec a estimé que l'élection de Mme von der Leyen n’apporte « pas de message encourageant ».

D'après Mme García Pérez, le soutien du groupe S&D a été exprimé après un examen minutieux des orientations politiques de la candidate du PPE, qui répondent en grande partie à leurs principales exigences. Les échanges approfondis avec Mme von der Leyen, notamment lors de la réunion de mardi 9 juillet à Bruxelles (EUROPE 13449/15), et le débat en séance plénière ont été déterminants dans cette décision.

Mme García Pérez a toutefois prévenu que ce soutien n'est pas un chèque en blanc. Elle a insisté sur le fait que le groupe S&D veillera à ce que la Commission respecte ses engagements, notamment en matières sociale et environnementale. « Nous avons obtenu de la Commission des engagements politiques qui sont les plus sociaux et les plus écologiques jamais vus », a-t-elle déclaré.

Selon elle, les socialistes ont obtenu des engagements clairs sur la lutte contre la pauvreté, le changement climatique, une transition juste, ainsi qu'une stratégie européenne de lutte contre la pauvreté et la création d'un poste de commissaire chargé du logement.

Saluant la proposition de mettre en place un commissaire européen dédié au logement, Iratxe García Pérez a également annoncé l'intention de proposer la création d'une commission spéciale sur le logement au Parlement européen. Elle a réaffirmé l'engagement du groupe à promouvoir l'égalité des sexes, avec une nouvelle stratégie d'égalité des genres et l'inclusion de la violence de genre dans la liste des crimes de l'UE, et à lutter contre les inégalités sociales.

Du côté français, Raphaël Glucksmann a rappelé l'importance de maintenir un accord politique solide, pro-européen, pour éviter le chaos. Il a mis en garde contre une coalition entre la droite et l'extrême droite et appelé à des exigences claires, notamment en matière financière, lors des auditions des commissaires européens désignés à l'automne.

L’extrême droite vote contre la réélection de Mme von der Leyen

« J’appelle les eurodéputés de ce Parlement à faire que le mandat de Mme von der Leyen à la tête de la Commission reste unique », a conclu Jordan Bardella (PfE, français), au terme d’une prise de parole à sens unique, guidée par une opposition ferme à la politique menée par la Commission européenne ces cinq dernières années.

Plus que le discours d’Ursula von der Leyen, le président du groupe d'extrême droite Patriotes pour l’Europe a retenu que le scrutin des élections européennes avait renforcé les 'patriotes' sur tout le continent. De ces résultats électoraux, il en a déduit que les « peuples d’Europe ont fait entendre leur aspiration à la protection et à la défense de leur identité ».

L’immigration a été au cœur des réactions des groupes Patriotes pour l’Europe et Europe des Nations souveraines (ESN). Selon M. Bardella, les peuples d’Europe refusent l’immigration de masse et veulent « redevenir eux-mêmes ».

Plus vindicative, Ewa Zajaczkowska-Hernik (ESN, polonaise) a accusé Mme von der Leyen d’être « responsable de chaque viol, de chaque agression, de chaque tragédie causée par un migrant illégal ». Si « des millions de femmes et enfants vont se sentir menacés dans les rues », c’est à cause du ‘Pacte sur la migration et l’asile’ a-t-elle clamé, sans ambages. Et de trancher : « Nous votons pour ceux qui protègent les Européens, jamais pour ceux qui les exposent à l’immigration et à l’islamisation ».

Le groupe CRE majoritairement hostile à la réélection de Mme von der Leyen

La façon dont le groupe conservateur CRE allait se comporter lors du vote constituait l'une des inconnues majeures de l'élection, notamment l'attitude de la délégation italienne composée du parti Fratelli d'Italia de la Présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni.

Après le vote, les Italiens Nicola Procaccini et Carlo Fidanza ont assuré que les eurodéputés Fratelli d'Italia n'avaient pas soutenu Mme von der Leyen, conformément aux principes que ceux-ci défendent comme le respecte de la souveraineté nationale et le rejet de l'écologie punitive. Ils ont estimé que, malgré cette position, l'Italie devait bénéficier d'un portefeuille d'importance au sein de la Commission 'von der Leyen II'.

« Les choses vont de travers si les perdants des élections européennes sont la clé de votre réélection », avait lancé M. Procaccini à Mme von der Leyen dans l'hémicycle, en référence au soutien nécessaire des écologistes et des libéraux pour la réélection de cette dernière. Plus tard, devant la presse, il a estimé que la candidate chrétienne-démocrate avait été « sauvée par les écologistes ».

Plusieurs délégations nationales - comme les Tchèques du parti ODS du Premier ministre, Petr Fiala, ou les Belges du parti NVA - ont soutenu Mme von der Leyen. Assita Kanko (CRE, belge), qui a confirmé à Agence Europe le choix des trois élus NVA, a dit notamment ressentir les difficultés d'être une femme politique pour justifier son vote favorable à la dirigeante allemande. En politique, « le prix de l'imperfection est plus élevé si vous êtes une femme », a-t-elle considéré.

Le groupe Renew Europe sera un partenaire exigeant, mais fiable

Au nom du groupe de centre droit Renew Europe, la Française Valérie Hayer a assuré la candidate von der Leyen de la présence d’une forte majorité pro-européenne, dont les libéraux font partie. Elle a assuré que les élus de son groupe seraient des partenaires « exigeants », mais « fiables » pour garantir les intérêts des Européens dans les années à venir.

L’eurodéputée a fait de « la liberté » son maître mot, considérant celle-ci comme « le fondement de l'Europe » devant guider l’action de l’UE. Appelant à garantir les valeurs démocratiques et l'État de droit, elle a exhorté Mme von der Leyen à activer l'article 7 du traité sur l'UE contre les dirigeants européens ne respectant pas ces principes.

Mme Hayer a aussi demandé que soit inclus le droit à l'avortement dans la Charte européenne des droits fondamentaux. Cette demande a fortement fait réagir l’extrême droite. La Roumaine Diana Iovanovici Șoșoacă (NI) s’est même fait exclure de l’hémicycle. Cette requête des libéraux s’inscrit dans la lignée de la résolution du PE d'avril favorable à une telle intégration. Elle est soutenue par les groupes S&D et Verts/ALE.

Sur le plan économique, Mme Hayer a plaidé pour une simplification des processus administratifs, des investissements dans l'innovation et le soutien aux PME. Selon elle, une réflexion approfondie sera nécessaire pour créer un véritable marché européen de la défense.

Concernant les questions climatiques, Mme Hayer a demandé à Ursula von der Leyen de ne pas reculer sur le 'Pacte vert européen', appelant à la fin des combustibles fossiles et à un pacte d'adaptation climatique. Elle a insisté sur le soutien aux ménages et aux entreprises à travers des fonds de transition juste, sans oublier les agriculteurs touchés par les crises récentes.

Au sein du groupe Renew Europe, la délégation irlandaise s'est opposée à la réélection de Mme von der Leyen.

Les écologistes ont permis la réélection de Mme von der Leyen

Le groupe Verts/ALE a finalement annoncé, jeudi, juste avant le scrutin, son soutien formel à la candidature d’Ursula von der Leyen. Une position adoptée au terme de tractations informelles entre la Présidente de la Commission européenne et les 'Verts' qui avaient été pressenties « constructives » (EUROPE 13455/1).

Les écologistes ont toutefois tardé à se positionner officiellement. « Si vous me demandez s'il s'agit d'un programme 'vert' (...), je vous répondrai que non », a déclaré la coprésidente du groupe, l'Allemande Terry Reintke, lors du débat en séance plénière. Mais ce qui est crucial, selon elle, c'est la constitution d'une « majorité de groupes démocratiques pro-européens » soudée contre l'extrême droite.

Même son de cloche pour le Néerlandais Bas Eickhout : « Il s'agit d'un document d’une majorité quadripartite. Certains points manquent et nous utiliserons bien sûr notre travail parlementaire pour les mettre à l'ordre du jour. Mais nous voyons suffisamment de choses, dans ces lignes directrices politiques, sur la prise en compte du 'Green Deal' et son extension pour dire que c'est suffisant pour continuer ». Interrogé par Agence Europe, il a acquiescé à la question de savoir si Mme von der Leyen avait été sauvée par les écologistes.

De l'avis de l'Allemand Damian Boeselager, chef de file des cinq élus du parti paneuropéen Volt, faire partie de la coalition quadripartite pro-européenne permettra au groupe Verts/ALE de faire entendre sa position sur l'ensemble des futurs textes législatifs. « Pour moi, c'était crucial pour être en mesure de concrétiser les promesses formulées lors de notre campagne », a-t-il indiqué à Agence Europe.

Sur les 53 eurodéputés du groupe, 45 élus auraient approuvé la réélection de Mme von der Leyen. La délégation française a voté contre. « Il ne nous apparaissait pas possible (...) de figurer dans une majorité moins-disante sur la justice sociale et climatique et sur les droits humains que la précédente à laquelle nous avions refusé de participer », a expliqué David Cormand dans un communiqué.

La gauche radicale fustige les orientations néolibérales de Mme von der Leyen

Le groupe La Gauche a critiqué les orientations politiques de Mme von der Leyen, axées sur le renforcement de l’industrie et de la compétitivité de l’UE, dans la lignée de la position qu'il a toujours défendue (EUROPE 13454/3).

« Votre discours illustre le mépris que vous avez pour les gens dans la galère. Vous n’avez pas mentionné une seule fois le mot pauvreté, chômage, mais on en a eu pour la compétitivité, la prospérité, pour cajoler les entreprises », a lancé la Française Manon Aubry, coprésidente du groupe, à la présidente élue de la Commission. 

Jeudi midi, le groupe La Gauche avait une proposition d’ajournement du scrutin sur la candidature de Mme von der Leyen, proposition qui a été rejetée lors d'un vote. (Nithya Paquiry, Mathieu Bion, Florent Servia et Bernard Denuit)

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