La réunion informelle des ministres européens de l’Énergie, lundi 15 et mardi 16 avril à Bruxelles, était consacrée exclusivement au développement et à l’intégration du réseau électrique européen, annonçant une nouvelle phase de planification et de réflexion sur la « résilience » du système énergétique européen deux ans après le début de la guerre en Ukraine.
C’est en tout cas ainsi que la Présidence belge du Conseil de l’UE a pensé sa réunion informelle qui débouchera sur des conclusions du Conseil pour poursuivre le travail sur les réseaux électriques (EUROPE 13391/5).
« Nous nous sommes réunis tellement de fois entre ministres de l’Énergie en format de crise. (…) Pendant toutes ces réunions que nous avons eues ces deux dernières années, nous avons aussi mentionné qu’il fallait avoir une vision tournée vers l’avenir, plus de résilience, et qu’il fallait reprendre le contrôle de notre énergie. (…) Qu'y a-t-il donc de plus tourné vers l’avenir que les réseaux ? », a interrogé la ministre belge de l’Énergie, Tinne van der Straeten, devant la presse.
Planification et financement
Les ministres se sont ainsi accordés sur la nécessité d'une meilleure intégration et planification du réseau et des interconnexions transfrontalières au niveau européen tout en prenant en compte les particularités régionales au sein de l’UE et avec les pays tiers.
Ils se sont également penchés, en présence de l’Agence européenne de coopération des régulateurs de l'énergie (ACER) et de la Banque européenne d'investissement (BEI), sur la question des investissements anticipés, l’utilisation des programmes européens existants, tels que la ‘Connecting Europe Facility’, pour financer le réseau, mais également le budget général de l’UE et des mécanismes de financement innovants.
Sécurité des infrastructures énergétiques
Les ministres n’ont pas non plus esquivé le sujet de la sécurité des infrastructures énergétiques physiques et de la cybersécurité. Ils ont discuté de leur collaboration avec l’OTAN sur le plan énergétique ainsi que des besoins financiers et matériels pressants de l’Ukraine.
Le ministre ukrainien de l’Énergie, German Galushchenko, est ainsi venu faire l’état des lieux des destructions subies à la suite d’attaques récentes de l’armée russe sur des infrastructures énergétiques ukrainiennes.
« Nous avons calculé que nous avons perdu jusqu’à 7 GW dans notre système. Il s’agit d’une capacité de production considérable », a-t-il déclaré à la presse.
La commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, a également annoncé qu’elle convoquerait une réunion des G7+ avec l’Ukraine afin d’envisager les meilleures façons de soutenir le pays suite à ces attaques.
Électrification massive
La deuxième journée de réunion était principalement dédiée à la mise en œuvre, la normalisation, l’octroi de permis et l’accélération des projets d’infrastructures énergétiques, en présence du vice-président exécutif de la Commission européenne, Maroš Šefčovič.
Ce dernier a expliqué que près de 600 milliards d’euros d’investissements seront nécessaires lors de cette décennie pour moderniser les réseaux et a également invité à regarder au-delà de 2030.
« Nous aurons besoin d'un réseau moderne et numérisé qui transportera 3 à 3,5 fois plus d'électricité qu'aujourd'hui, car nous allons presque tout électrifier. La discussion d'aujourd'hui revêt donc une importance stratégique cruciale pour l'avenir de l'économie européenne », a-t-il déclaré.
Priorité aux réseaux électriques
La réunion s’est exclusivement concentrée sur les réseaux électriques et non pas sur les réseaux d’hydrogène. Mme Van der Straeten l’a justifié ainsi : « Sans électricité, il n’y a pas d’hydrogène. Il faut que nos priorités soient claires ».
« Nous disposons d'une grande capacité de production et d'un grand potentiel dans nos différents bassins maritimes au sein de l'Union européenne, qui peuvent en effet être utilisés pour la production d'hydrogène. (...) Mais si nous ne développons pas la production d'électricité, si nous ne développons pas l'infrastructure de réseau, l'hydrogène ne sera pas disponible », a-t-elle précisé.
Elle a toutefois expliqué que l'hydrogène n'avait pas été complètement exclu des discussions sur la planification et l’intégration du réseau, mais que le débat s'était concentré en priorité sur les besoins en électrification. « Je suis convaincue que l’hydrogène suivra. Choisir n’est pas renoncer, dans ce cas-ci », a conclu la ministre. (Pauline Denys)