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Bulletin Quotidien Europe N° 13392
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SOCIAL - EMPLOI / Social

Europe sociale et compétitivité européenne vont de pair, soulignent les participants de la Conférence de La Hulpe sur le futur agenda social européen

Réunis depuis le 15 avril à La Hulpe, la Présidence belge du Conseil de l’UE, la Commission européenne, le Parlement européen ainsi que les partenaires sociaux européens comme la Confédération européenne des syndicats, SGI, représentant les employeurs des services d’intérêt général ou SMEUnited, représentant les PME, ont signé, mardi 16 avril, la 'Déclaration de La Hulpe' dessinant l’agenda social de la prochaine législature.

La Déclaration, sans détailler de potentielles futures initiatives législatives, identifie les grands chantiers sociaux à mener, entre actions sur la gestion algorithmique du travail et ses effets néfastes, lutte contre les discriminations de genre sur le marché du travail ou encore renforcement du dialogue social et, si possible, du taux de couverture des travailleurs par la négociation collective.

Mais trois ‘absences’ ont quelque peu assombri cette conférence : la Suède, qui, dès le départ, n'a pas voulu rallier cette Déclaration, et l’Autriche, qui a annoncé elle aussi, en milieu de journée, ne pas pouvoir accepter le dernier texte. La Présidence belge n’a donc pu la signer qu’au nom de 25 États membres, comme l’a annoncé le vice-premier ministre belge, Pierre-Yves Dermagne, espérant encore toutefois convaincre Vienne en juin lors de l’adoption formelle de cette Déclaration.

S’agissant des partenaires sociaux européens, BusinessEurope, représentant les grandes entreprises européennes, n’a pas non plus voulu s’y associer, estimant, comme l’a expliqué son secrétaire général, Markus J. Beyrer, que la Déclaration ne permet pas, en l’état, de répondre aux préoccupations actuelles des entreprises européennes. Il a expliqué comme suit le décrochage économique par rapport aux concurrents mondiaux : coûts de l’énergie toujours trop élevés, régulation excessive dans l’UE et pénuries de main-d’œuvre et de compétences avec des lacunes dans la mobilité des travailleurs.

Interrogé par Agence Europe, le commissaire européen à l’Emploi et aux Droits sociaux, Nicolas Schmit, a dit sa déception et jugé qu'il s'agissait d'un mauvais signal envoyé, BusinessEurope ayant en effet récemment refusé de poursuivre les discussions avec les autres partenaires sociaux sur un accord relatif au télétravail.

Cette conférence donne malgré tout « un signal évident que, sous la prochaine législature, il faut continuer avec la dimension sociale » et envoie un « message important » pour inspirer le futur Agenda stratégique de l’UE.

Alors que sont également intervenus le 16 avril les Italiens Enrico Letta et Mario Draghi, auteurs de rapports sur l’avenir du marché intérieur et la compétitivité européenne, Nicolas Schmit a aussi souligné que compétitivité et progrès social ne s’opposent pas. 

Aucun de ces rapports ne dit « qu'il ne faut pas travailler à la fois sur la compétitivité économique et la dimension sociale, parce que, pour être compétitif, il vaut mieux aussi avoir les partenaires sociaux et le consensus social le plus large possible », a ajouté le commissaire.

Pour le vice-premier ministre belge, Frank Vandenbroucke, cette déception pourrait toutefois n’être que temporaire, la Présidence belge ayant en effet encore l’espoir que les deux pays ainsi que les patrons européens rejoindront la Déclaration d’ici au Conseil EPSCO de juin chargé de finaliser la procédure.

« Cela veut dire que ce ne sont pas que de belles paroles », a dit le ministre belge, et que cette Déclaration « a des conséquences », sinon « tout le monde la signerait ».

De son côté, le président de la commission 'Emploi et Affaires sociales' du PE, le Roumain Dragoș Pîslaru (Renew Europe), a également partagé sa déception, mais estimé que BusinessEurope a montré une ouverture et pourrait encore revenir sur sa décision. Il a aussi expliqué que, pour le PE, il n’existe pas « de tension » entre Europe sociale et impératif de compétitivité, les deux allant de pair.

Pendant deux jours, ministres du Travail et des Affaires sociales des États membres et représentants des partenaires sociaux se sont succédé pour parler d'une multitude de défis, entre pénuries de main-d’œuvre et de compétences et vieillissement de la population, conditions de travail justes dans un monde du travail en pleine évolution ou encore gestion des problèmes de santé mentale dans un monde du travail géré par les algorithmes.

Saluant le travail du commissaire Schmit sur les travailleurs des plateformes numériques, le ministre allemand, Hubertus Heil, a estimé qu’il convenait aussi d'appliquer ces nouvelles règles sur la transparence des algorithmes à d’autres secteurs que celui des plateformes.

Saluant la réforme en cours sur les comités d’entreprise européens, il a aussi appelé à créer des instances de conseil des travailleurs mobiles pour les informer sur leurs droits.

La ministre espagnole, Yolanda Diaz, quant à elle, a rappelé l’importance de la démocratie au travail et d’associer étroitement les travailleurs aux décisions des entreprises. Elle a également insisté sur la nécessité d'offrir de bons salaires aux travailleurs.

Cette conférence fleuve, conclue par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le Premier ministre belge, Alexander De Croo, et la Présidente du PE, Roberta Metsola, a en effet accordé une large place à la gouvernance économique et à la compétitivité européenne.

« Nous avons montré que la croissance économique et la croissance sociale ne peuvent qu'aller de pair. Et le progrès social ne peut être fondé que sur la réussite économique, si nous voulons qu'il soit durable », a jugé à cette occasion Mme von der Leyen en revenant sur les actions des dernières années. 

S'agissant de la compétitivité européenne, Mario Draghi, quant à lui, a appelé l’Europe à « un changement radical » pour rattraper ses concurrents mondiaux, Chine et États-Unis en tête, alors que l’ordre mondial et les règles établies jusqu’ici ne sont plus respectés et que l'Europe a été comme prise « par surprise ».

L’ancien Premier ministre italien a appelé, entre autres, à travailler avec un effet d'échelle contre la fragmentation du marché intérieur, à renforcer l’Union des marchés des capitaux et à mettre au point une nouvelle politique européenne pour sécuriser l’approvisionnement en matières critiques.

L'Europe n'a « pas le loisir d'attendre » et a besoin d'une nouvelle politique de coordination économique maintenant, a dit l'Italien, qui remettra son rapport aux dirigeants européens en juin.

Voir le discours de Mario Draghi: https://aeur.eu/f/bt3

Lien vers la Déclaration de La Hulpe: https://aeur.eu/f/bsm (Solenn Paulic)

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